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13 juillet 2006 4 13 /07 /juillet /2006 13:49
Une étude menée auprès de la population dans six pays à travers le monde montre qu’en moyenne 30 p. cent des personnes interrogées ont été victimes de la criminalité armée ou connaissent quelqu’un qui en a été victime au cours des cinq dernières années. Ce pourcentage atteint plus de 50 p. cent en Afrique du Sud, au Brésil et au Guatémala.

Les études menées en Afrique du Sud, au Brésil, au Canada, en Grande-Bretagne, au Guatémala et en Inde montrent que dans le monde de nombreuses personnes vivent dans la crainte quotidienne de la violence armée. Presque deux personnes sur trois (62 p. cent) dans les six pays étudiés disent avoir « peur d’être victime de la violence armée », et cette proportion atteint les chiffres vertigineux de 94 p. cent au Brésil, 88 p. cent au Guatémala et 72 p. cent en Afrique du Sud. Même au Canada et en Grande-Bretagne plus d’une personne sur trois (39 et 36 p. cent respectivement) disent craindre d’être victimes de la violence armée.

L’étude, qui a été menée le mois dernier, montre également que la prolifération non réglementée des armes à feu est à l’origine de l’insécurité pour la plupart des gens. En moyenne, 62 p. cent de l’ensemble des personnes interrogées disent qu’il est « trop facile de se procurer une arme à feu » dans leur pays, et 63 p. cent précisent que c’est principalement en raison de la facilité avec laquelle on peut obtenir une arme à feu qu’elles se sentent en danger.

L’étude menée par la campagne Contrôlez les armes indique qu’à travers le monde le public est quasi-unanimement en faveur d’un renforcement des contrôles internationaux sur les armes et ce, une semaine seulement avant que les gouvernements ne se réunissent pour la conférence mondiale des Nations unies sur les armes légères, qui débutera le lundi 26 Juin à New York. La campagne Contrôlez les armes demande aux gouvernements l’adoption de principes réglementant au niveau mondial les transferts d’armes pour empêcher qu’elles ne tombent entre les mains d’auteurs d’atteintes aux droits humains. Alors que près de 14 milliards de balles sont produites chaque année, il n’existe actuellement pas de normes mondiales de portée générale sur la réglementation par les gouvernements des exportations d’armes.

« À moins que les gouvernements ne prennent des mesures pour mettre fin à la prolifération des armes, les armes meurtrières vont continuer à alimenter des conflits violents, la répression gouvernementale, la criminalité et la violence domestique, a déclaré Jeremy Hobbs, directeur d’Oxfam International. Alors que près de 14 milliards de balles sont fabriquées chaque année, ce qui est suffisant pour tuer deux fois tous les habitants de la terre, n’est-il pas temps que les gouvernements se concertent pour réglementer les exportations d’armes ? »

En moyenne, 87 p. cent de toutes les personnes interrogées veulent « des contrôles internationaux stricts sur les destinations vers lesquelles les armes peuvent être exportées », soit 93 p. cent des personnes interrogées au Brésil, 91 p. cent au Guatémala, 90 p. cent au Canada et en Inde, 86 p. cent en Grande-Bretagne et 73 p. cent en Afrique du Sud.

« Notre étude montre que la prolifération non contrôlée des armes sévit dans toutes les régions du monde, avec des millions de personnes qui vivent chaque jour dans la peur d’être victime de la violence armée, a indiqué Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. Les gouvernements qui se réuniront à New York la semaine prochaine doivent tenir compte de cet appel quasi unanime lancé par la population pour un renforcement des contrôles sur les armes et des interventions. »

L’étude fait également apparaître un très fort soutien (89 p. cent des personnes interrogées) en faveur d’un « renforcement des contrôles sur les armes rentrant dans [son propre] pays ». Les résultats ont été les suivants pour les pays soutenant cette proposition : Brésil : 96 p. cent des personnes interrogées ; Guatémala : 94 p. cent ; Inde : 93 p. cent ; Canada : 92 p. cent ; Grande-Bretagne : 85 p. cent et Afrique du Sud : 73 p. cent.

Près d’un tiers des Guatémaltèques et des Sud-Africains qui ont répondu à l’enquête ont indiqué que leur famille avait été touchée par la criminalité armée (30 p. cent et 28 p. cent respectivement). Au Canada et en Grande-Bretagne, six personnes sur dix estiment qu’il est trop facile de se procurer une arme à feu dans leur pays, et c’est également ce que pensent plus de cinq Sud-Africains sur dix.

« Cette étude menée auprès de personnes ordinaires apporte la preuve que dans les pays développés comme dans les pays en développement, les gens veulent que les contrôles sur les armes soient beaucoup plus stricts afin que la population soit protégée dans leur pays comme à l’étranger, a déclaré Rebecca Peters, directrice du RAIAL. Deux personnes sur trois redoutent d’être victimes de la violence armée : il s’agit clairement d’un appel à l’action. Les gouvernements qui se réuniront la semaine prochaine aux Nations unies devront décider de renforcer les contrôles sur les armes afin d’empêcher qu’elles ne continuent de tomber entre de mauvaises mains. »

Cette étude révèle que 91 p. cent des personnes interrogées au Brésil pensent qu’il est trop facile de se procurer une arme à feu, et le même pourcentage estime que la prolifération des armes à feu est une des principales causes de la peur dans le pays. Au Guatémala, 77 p. cent des personnes interrogées pensent qu’il est trop facile de se procurer une arme à feu et 87 p. cent ont indiqué que cela représentait une des principales raisons pour lesquelles elles se sentent en danger.

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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 23:12
Le 12 juillet 1906 prenait fin l'affaire Dreyfus, qui troubla profondément la vie politique française pendant plusieurs décennies. Cette affaire est aussi considérée comme l'un des épisodes fondateurs par ses conséquences de la politique française contemporaine et de l'idéologie républicaine dominante encore aujourd'hui. Elle porte le nom de son principal protagoniste, le capitaine Alfred Dreyfus, condamné sans preuves tangibles, puis gracié, relaxé et finalement réhabilité.

Elle débute comme une banale affaire d'espionnage militaire par la découverte d'un bordereau adressé par un officier français à l'attaché militaire de l'ambassade allemande, le major Schwartzkoppen. Confondu par un examen graphologique, Alfred Dreyfus, capitaine au deuxième bureau de l'état-major, est accusé par le général Mercier, ministre de la Guerre, d'en être l'auteur. Il est arrêté le 15 octobre 1894 et condamné au bagne. Dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour des Invalides, il part ensuite pour l'île du Diable, en Guyane.

Tout se corse en mars 1896. Le lieutenant-colonel Georges Picquart, qui dirige le deuxième bureau (le service de renseignements), reçoit un pneumatique (un «petit bleu» qui révèle une correspondance entre Schwartzkoppen et un officier français d'origine hongroise, le commandant Charles Esterhazy, joueur et passablement débauché. Il découvre que le procès de Dreyfus s'est fondé sur un dossier secret contenant des pièces trafiquées et sans valeur. Ayant fait part de ses doutes au général de Boisdeffre, chef de l'état-major, il est réduit au silence par un limogeage en Tunisie.

Entre-temps, la famille du capitaine Dreyfus, qui appartient à la bourgeoisie alsacienne d'origine israélite, fait appel au journaliste Bernard-Lazare pour chercher des motifs de réviser le procès. Bernard-Lazare (31 ans), de son vrai nom Lazare Bernard, est un critique littéraire de confession israélite connu pour ses articles acerbes et ses convictions anarchistes. Il publie en novembre 1896 une brochure sur l'Affaire, sans rencontrer guère d'écho, sauf auprès du vieux sénateur de Strasbourg, Auguste Scheurer-Kestner.

Le 14 novembre 1897, l'honorable sénateur, convaincu par l'argumentaire de Bernard-Lazare, publie dans Le Temps  une lettre où il annonces des faits nouveaux et assure de l'innocence de Dreyfus.Le lendemain, Mathieu Dreyfus ne s'embarrasse pas de précautions et dénonce Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau.

L'Affaire commence. Le frère du condamné, Mathieu Dreyfus, le vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, et le député Joseph Reinach obtiennent enfin qu'Esterhazy soit traduit en conseil de guerre. Le 10 janvier 1898, Esterhazy, qui a lui-même demandé à être jugé, est triomphalement acquitté par un conseil de guerre malgré les graves présomptions qui pèsent sur lui.

La France se divise alors en deux camps (dreyfusards et antidreyfusards) et l'affaire prend un tour politique sur fond de polémique militaire, judiciaire et aussi nationaliste, antisémite et religieuse. Les antidreyfusards, nationalistes catholiques (soutenues par l'Eglise), défendirent l'ordre, l'autorité, le respect absolue de l'armée et de ses chefs et en prirent prétexte pour fomenter la haine des juifs.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore sous le titre  "J'accuse". Dans ce texte virulent qui occupe la première page du quotidien, le célèbre écrivain dénonce les manigances qui entourent le procès du capitaine Alfred Dreyfus, accusé à tort d'espionnage, et l'acquittement par le conseil de guerre, trois jours plus tôt, du capitaine Esterhazy, le vrai coupable.

Ce faisant, Zola prend sciemment le risque de se faire arrêter et condamner pour diffamation publique. Il reçoit le soutien empressé de Georges Clemenceau, qui tient une chronique dans ce quotidien depuis que le scandale de Panama l'a exclu de la vie parlementaire. Sincèrement indigné, le «tombeur de ministères» saisit l'occasion de faire sa rentrée politique en s'en prenant selon son habitude au gouvernement en place.

Le 23 février 1898, Émile Zola est traduit en cour d'assises et condamné à un an de prison. Mais l'affaire prend de l'ampleur.

En août, coup de théâtre ! Le colonel Henry met au jour un nouveau document, le billet «Alexandrine», qui aurait été adressé par l'attaché Panizzardi à son collègue Schwarzkoppen et accable Dreyfus. Mais un examen minutieux révèle des anomalies, notamment deux teintes différentes dans les quadrillés du billet qui attestent qu'il s'agit de deux lettres distinctes. Le 30 août, le colonel est convoqué par le ministre de la guerre, Godefroy Cavaignac, auquel il avoue avoir «arrangé les choses». Emprisonné au Mont-Valérien, le faussaire se suicide le lendemain dans sa cellule... grâce à la bienveillance de ses gardiens qui, contrairement aux usages, lui ont laissé de quoi se tuer (un rasoir). 

Devant le scandale, le ministre est contraint à la démission et son remplaçant, Dupuy, consent à la révision du procès de Dreyfus qui rentre enfin du bagne.

Un procès houleux se tient à Rennes. Le 9 septembre 1899, Dreyfus est à nouveau condamné pour haute trahison, mais seulement à dix ans de réclusion en raison de «circonstances atténuantes» ( !).

Le président de la République grâcie aussitôt Dreyfus mais ses défenseurs réclament un acquittement complet.

L'émotion provoquée par l'Affaire concourt à la formation d'un bloc républicain et relance le principe d'une laïcisation complète de l'État, en latence depuis l'époque de Jules Ferry, vingt ans plus tôt.

Georges Clemenceau, chef du mouvement radical, à l'extrême-gauche de l'échiquier politique, a été remis en selle par l'Affaire après ses compromissions dans le scandale de Panama. Il en profite pour fonder le premier parti politique français, le parti républicain radical, au congrès de Paris des 21-23 juin 1901 (auparavant, les élus se regroupaient par affinités mais ne s'appuyaient sur aucune structure solide).

La loi de séparation des Eglises et de l'Etat est votée après d'ardents débats le 5 décembre 1905 et le 12 juillet 1906, sous le gouvernement de Georges Clemenceau, le jugement du 9 septembre 1899 est enfin cassé. Dreyfus est définitivement innocenté. À titre de réparation, ce héros malgré lui est réintégré dans l'armée avec le grade de chef d'escadron.

Quant à Picquart, véritable héros de l'Affaire selon Clemenceau, car il a risqué sa carrière au nom de la justice et de l'honneur, il est nommé au grade de général et devient tout bonnement ministre de la Guerre dans le gouvernement du «Tigre» (surnom de Clemenceau).

La République, de la liberté et de la justice, en sortit vainqueur et mis au pas l'armée et l'Eglise, deux institutions traditionnelles qui tenaient encore jusque là l'Etat et la société entre leurs mains. Le 16 juillet 1906, Jaurès écrivit dans l'Humanité : "Le mal subsistera tant que l'armée ne sera pas toute entière, par l'esprit et par le coeur, par toutes les habitudes de la vie et de la pensée, confondue avec la nation ".

Le 4 juin 1908 aura lieu le transfert des cendres de Zola au Panthéon. À cette occasion, il se trouvera un illuminé pour tirer sur Dreyfus et le blesser au bras.

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