Culture et mémoire républicaine

 

Recherche

A propos du site

22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 22:02


Appel du Réseau Education Sans Frontières

Pétition nationale : NOUS LES PRENONS SOUS NOTRE PROTECTION !

Pour des milliers d’enfants et de jeunes majeurs, le 30 juin 2006 ne marquera pas le début des vacances d’été, mais bien le commencement d’un calvaire. En effet, à cette date, le sursis que M. Sarkozy avait dû accorder aux jeunes majeurs sans papiers scolarisés et aux parents d’enfants scolarisés tombera. Suspendues parce que les mobilisations d’écoles et de lycées se multipliaient, les expulsions reprendront.

Ainsi, en guise de vacances, des milliers de jeunes et d’enfants joueront aux fugitifs, en vrai, avec ou sans leurs parents, guettant les bruits de pas à l’heure du laitier, tremblant à la vue d’un uniforme et vivant dans la hantise de perdre à jamais leur école, leurs enseignants, leurs copains. S’ils sont arrêtés, le grand jeu de leur été sera un petit rôle dans un film policier sordide : l’interpellation, seul ou en famille, les parents rudoyés, 48 heures de garde à vue dans une cellule de commissariat puis deux ou quatre semaines en rétention, crasse, bruit, violence et promiscuité assurés, et, pour finir, un aller-simple vers un pays qu’ils ne connaissent pas ou plus, dont certains ne parlent pas (ou plus) la langue, papa-maman menottés, entravés comme des bêtes et attachés à leurs sièges.

A l’arrivée, ce sera pour la plupart l’extrême misère : pas de logement ou le bidonville, pas de travail et pas d’espoir d’en trouver. Des persécutions, parfois les plus atroces, contre ceux que la France a débouté du droit d’asile. Ils paieront pour les raisons pour lesquelles ils avaient fui et certains pour avoir dénoncé leurs tortionnaires à l’étranger. Pour les enfants, pas d’école, dans des pays où la scolarisation est un luxe. C’est ce gâchis qui se cache derrière les chiffres records d’expulsions annoncés avec satisfaction par le ministre de l’Intérieur : des milliers de vies propulsées dans l’indigence et parfois achevées sous la torture !

Nous ne laisserons pas détruire la vie de ces enfants, de ces adolescents et de leurs parents. Ils sont nos élèves, les copains de nos élèves ou de nos enfants. Ils ont commencé d’étudier dans ce pays, ils en parlent la langue, ils ont les mêmes joies et, hélas, des soucis bien plus grands que les camarades de leur âge. S’ils décident (ou, pour les plus jeunes, si leurs parents décident) d’échapper à une expulsion honteuse, nous les y aiderons comme nous avons aidé Rachel et Jonathan à Sens, Samuel à Pau, Ming et Wei-Ying à Evreux. Nous sommes solidaires de ceux qui les accueilleraient. S’ils demandent asile, nous ne fermerons pas notre porte.

Cela contrevient aux lois en vigueur. Mais l’enseignement que nous avons à dispenser à nos élèves ou l’éducation que nous devons à nos enfants ne peut pas être l’exemple de la soumission à un ordre injuste. Chacun a en mémoire les épisodes où face à des persécutions insupportables, chacun a dû faire des choix. Et où ne pas choisir était choisir de laisser faire. Et pas seulement dans les périodes de dictature. Rosa Parks, emprisonnée à Atlanta en 1955 pour avoir enfreint les lois ségrégationnistes aurait-elle dû se soumettre au prétexte que ces lois avaient été « démocratiquement » prises ? Le général Paris de la Bollardière, mis aux arrêts pour avoir dénoncé les tortures de l’armée française en Algérie, aurait-il dû se taire parce que la France était une démocratie ?

Nous ne laisserons pas se commettre des infamies en notre nom.


Signer la pétition

 

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans Actions & Soutiens
commenter cet article
21 juin 2006 3 21 /06 /juin /2006 23:41













En ce 22 juin, jour anniversaire honteux de l'armistice de 1940 signé par le Maréchal Pétain avec l'Allemagne nazie, je vous reproduis ce très intéressant article de Marianne, qui s'intéresse à l'histoire des courants de la droite d'aujourd'hui, des similitudes et des héritages, dont celui du pétainisme est le plus intéressant et aussi le plus effarant:


C'était la débâcle. En quelques semaines, la France avait été submergée... Des millions de prisonniers, des millions de réfugiés sur les routes. Un effondrement des volontés. Une vaste démission civique.

Alors, de nouveau - en ces mois de mai, juin 1940 -, la droite française se cassa en deux. D'un côté, provisoirement minoritaires, ceux qui refusaient à la fois de désespérer de la République et de capituler devant l'ennemi, qui entendaient sauver à la fois la France et son modèle, qui n'envisageaient pas un instant d'instrumentaliser la défaite pour justifier un grand retour en arrière et tirer un trait sur les acquis sociaux. Ceux-là s'appelaient Georges Mandel, Henri de Kerillis, Paul Raynaud. Certains venaient de la droite nationale, d'autres du centrisme démocrate-chrétien, et la plupart d'entre eux répondirent à l'appel du général de Gaulle, l'homme qui, refusant le masochisme antinational qui déferlait sur le pays, opposa la France de demain, fière d'elle-même, malgré tout, et de son passé anticipateur, à tous ceux qui préconisaient la « rupture » avec la France d'hier pour revenir à celle d'avant-hier.

Nouvel ordre mondial inique

En face, nettement majoritaire au début, ceux pour qui cet effondrement était vécu comme la bonne surprise qui allait permettre de liquider les acquis sociaux du Front populaire, de jeter par-dessus bord le modèle social républicain français, d'en finir avec les lois laïques, de se replier sur un certain régionalisme communautariste, de se débarrasser de la « racaille » interlope et métèque, de mettre au pas les « profs » rationalistes, de purger la fonction publique et de s'intégrer à un grand marché dominé par la puissance hégémonique du moment.

Les premiers incitaient les Français à ne pas se haïr eux-mêmes, à ne pas renoncer à ce qui avait longtemps fait et leur exception et leur grandeur. Les seconds, au contraire, les invitaient à battre leur coulpe, à ressasser l'évidence de leur échec, de leur petitesse, de leur nullité. Les premiers les appelaient à refuser un nouvel ordre mondial inique et oppresseur, les seconds leur expliquaient qu'à fallait s'y résoudre, au nom de la « modernité » , s'y intégrer et en accepter les incontournables lois.

Refuser ou s'adapter

Nous sommes vaincus, répétaient les seconds, nous serons vainqueurs, scandaient les premiers. D'un côté, acceptons ce fait que l'Europe est allemande. De l'autre, faisons d'une France résistante le fer de lance d'une nouvelle Europe libre. « Refuser » , disaient les premiers, « s'adapter » , reprenaient les seconds. « Soyons éternels » , chantaient les premiers, et « trouvons en nous-mêmes le chemin de notre libération » , « soyons modernes » , corrigeaient les seconds, et « imitons les méthodes de ceux qui ont gagné la guerre » .

Si les premiers s'identifièrent à la voix d'un général deux étoiles, chantre de la continuité française, les seconds, au nom de la nécessaire rupture, s'abandonnèrent à celle d'un maréchal glorieux qui s'offrait à eux comme sauveur suprême ! On l'oublie, aujourd'hui, mais si, très vite, des gens de rien, des marginaux et des boiteux, des hurluberlus et des illuminés, des fantassins et des deuxième classe, des écrivassiers et des poètes quasi inconnus qui s'appelaient Jean Prévost, Vercors, Pierre Seghers, Pierre Emmanuel, Jean Cavaillès se rallièrent à l'homme qui osa dire non, l'immense, l'écrasante majorité de l'intelligentsia médiatique de l'époque, y compris Paul Valéry, Paul Claudel, Giono, André Gide (fût-ce de loin), sans parler des Pierre Benoit et Henry Bordeaux, se rangèrent derrière le Maréchal. La droite « réactionnaire » , comme un seul homme, la droite conservatrice dans son immense majorité, le grand patronat, la hiérarchie ecclésiastique, les technocrates modernisto-libéraux, la plupart des journalistes accueillirent avec enthousiasme le régime de Vichy. Mais pas seulement : toute une fraction de la nomenklatura de gauche, écoeurée par l'ignominieuse dégénérescence du régime communiste soviétique (les procès de Moscou) ou par les trahisons en chaîne de la socialo-démocratie, mais, aussi, et plus encore, par opportunisme ou par lâcheté, bascula dans le camp pétainiste.

C'est presque unanimement que les élites et classes dirigeantes craquèrent. Et, parfois, trahirent. Et c'est à la base, au sein de la jeunesse et du peuple, comme le général de Gaulle en fit le constat, autour de quelques minoritaires socialistes ou radicaux (Pierre Mendès France, Daniel Mayer, Gaston Defferre), de nationalistes de droite, de patriotes sans parti, de nationaux- et sociaux-républicains, de centristes, de chrétiens-sociaux (Georges Bidault, Claudius Petit), de libéraux de progrès, bientôt massivement rejoints par des militants communistes, que la résistance républicaine, démocratique et nationale prit corps.

Cette cassure de la droite française en trois tronçons - droite pétainiste, droite gaulliste et droite centriste - a durement marqué l'après-guerre, la droite pétainiste intégrant à son combat nostalgique (contre de Gaulle) la défense du colonialisme en général et de l'Algérie française en particulier, l'attentisme proaméricain et le rejet du « modèle économique et social » hérité du programme de la Résistance et des mesures prises à la Libération.

C'est cette droite néopétainiste qui, dans les années 60, multiplia les tentatives de complots et d'assassinats contre le Général, vota Mitterrand au deuxième tour des élections de 1965, se rallia un temps à Poher contre Pompidou, puis à Giscard contre Chaban-Delmas et, aujourd'hui, enfin décomplexée, fait de Nicolas Sarkozy, à son corps défendant peut-être, son nouvel homme fort face aussi bien à Dominique de Villepin qu'à François Bayrou. Au point même de renouer avec ce qui fut son péché mignon originel : le culte de la personnalité, exacerbé parle narcissisme du chef, l'instrumentalisation des médias et l'abus de propagande.

Or, cette division de la droite en trois factions nous vient de loin : de 1789... Ce fut, au lendemain de la Révolution, la naissance de trois courants : droite légitimiste réactionnaire qui rêvait d'un retour en arrière et d'une remise en cause des acquis ; droite orléaniste, conservatrice mais qui acceptait l'héritage de la Révolution et qui finit par se rallier au modèle républicain ; droite bonapartiste, patriote, à la fois plus sociale et plus autoritaire... En 1940, la droite légitimiste se fondit dans le pétainisme, la droite orléaniste se divisa et se réfugia longtemps dans l'attentisme, la droite bonapartiste, pour l'essentiel, se dissolut dans le gaullisme.

En quoi ce triptyque redevient-il furieusement d'actualité ?

En cela que ce que disent, ce que déclament ensemble les ténors actuels du sarkozysme le plus militant revient à relooker, en le modernisant et en l'actualisant, un logiciel qui a fait ses preuves. Tout y est structuré autour de cinq propositions.

Il faut relever notre pays qui ne cesse de s'enfoncer, de se déliter, de s'effondrer (depuis 1789, depuis 1875, depuis 1936, depuis 1944, depuis 1981).

Le modèle républicain- ou social-français est une aberration devenue obsolète dont il convient de déposer le bilan.

Toute mesure qui tend à démanteler ce modèle et à faire sauter le verrou des « acquis » qui en protège la sclérose, fût-ce pour réactualiser le système économico-social qui avait cours avant guerre, s'appelle une « réforme » .

Ces réformes doivent s'inspirer de celles qu'ont adoptées les grandes puissances dominantes du moment-puisqu'il est prouvé que ça marche.

En conséquence, il ne faut pas craindre de prendre des mesures « impopulaires » destinées à « libérer » les forces productives des règles et règlements qui les brident.

Or, ce schéma que la droite sarkozyste la moins modérée veut promouvoir s'est déjà imposé, on l'a dit, et avec quelle force, il y a soixante-cinq ans, à la suite d'un désastre.

Masochisme antinational

La bien-pensance « de gauche » se complaît, on le sait, à traquer le néopétainisme derrière n'importe quelle référence à la famille ou à la patrie (même Raymond Barre y eut droit). Mais, comme l'historien américain Robert O. Paxton l'a fort bien montré, le pétainisme ne saurait se réduire aux relents archaïques d'un monarchisme contre-révolutionnaire et fascisant. Au-delà du slogan appelant au « retour à la terre » , cette idéologie se donna comme « modernité » , voire comme extrême « modernité » , en opposition au « ringardisme » d'une France républicaine qui venait de s'écrouler sous les coups de boutoir hitlériens. Aux côtés des réacs maurrassiens et des admirateurs de Franco et de Mussolini, beaucoup d'ex-démocrates furent séduits par le pétainisme, un temps majoritaire, de 1940. Qui ? Une solide cohorte de technocrates, experts, hauts fonctionnaires, économistes, banquiers, industriels, rentiers, intellectuels désabusés et politiciens libéraux, renforcés de quelques ex-socialistes ou même ex-gauchistes qui se retrouvèrent autour de quelques constats et propositions dont l'écho, aujourd'hui, submerge de nouveau notre espace politique :

La France paye le prix de son inéluctable décadence.

Le modèle républicain et social français (aggravé par les lois du Front populaire) en est la cause et doit être radicalement remis en question.

Il faut bâtir un « nouveau modèle » qui s'inspirerait, mais en l'adaptant à nos traditions, de ce quia si bien réussi dans des pays comme l'Allemagne du IIIe Reich, l'Italie de Mussolini ou le Portugal de Salazar.

Ce modèle implique la mise en oeuvre de « réformes » radicales qui permettront de « libérer le travail » , de faire sauter les verrous des situations et des avantages acquis (les 40 heures, par exemple, ou les congés payés), les blocages syndicaux ou les résistances idéologiques.

Ces mesures, potentiellement impopulaires mais nécessaires, exigent que la ferme orientation politique du pays ne soit pas soumise aux aléas des sautes d'humeur de l'opinion, aux pressions démagogiques de la rue.

C'est ce vichysme ou pétainisme-là, qui n'était ni foncièrement fasciste ni antipatriote en dépit de sa fascination pour les modèles étrangers et dont les représentants estimaient réellement oeuvrer au relèvement de la France, qui parvint à convaincre tout un pan du personnel républicain. Et c'est cette idéologie que l'on peut opportunément et raisonnablement comparer, aujourd'hui, au courant redevenu dominant au sein des élites. On retrouve, d'ailleurs, dans les deux mouvances, la demande d'autorité, voire d'autoritarisme, l'aspiration sécuritaire, la hantise de la « racaille » , en particulier d'origine étrangère, le masochisme antinational (ou haine de soi) exacerbé par la défaite ou par la crise, l'invitation à se plier, par réalisme, au pragmatisme, au nouvel ordre du monde - quitte à justifier l'invasion et l'occupation d'un pays tiers -, la hantise du rôle néfaste des fonctionnaires et des profs, la stigmatisation de la réduction du temps de travail, travail dont on dénonce, en outre, le coût trop élevé, l'exécration du laxisme « social » entretenu par une syndicratie grévistophile, le culte exacerbé de la personnalité du chef, le communautarisme antijacobin, la référence aux valeurs, et la réticence à l'égard de la laïcité. Ce parallèle ne signifiant d'ailleurs pas que tout soit faux, ou scandaleux, dans cette rhétorique qui, aujourd'hui comme hier, mobilise parfois en sa faveur des gens de qualité et de valeur.

Il y a aussi, évidemment, un certain nombre de différences : le sarkozysme, en particulier, est moins intrinsèquement français, terrien et nostalgique que le vichysme ; et non seulement il n'est absolument pas raciste ou antisémite, mais, en outre, la grande bourgeoisie juive lui est très majoritairement acquise.

En revanche, entre les deux mouvances, il existe un important tronc commun : toutes les deux usent et abusent du mythe « décliniste » de la « France qui tombe » , et cela alors même que le pays est -et était-en train de se réveiller. La déprime contre-révolutionnaire de 1940 dissimule toujours la révolution de 1941 !


Par Jean-Christian Harvet,Marianne, numéro 453-453

 

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans HISTOIRE
commenter cet article