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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 22:24

De la période qui sépare la Fronde jusqu’à la révolution de 1789, l’historien Jean Nicolas a étudié des centaines d’émeutes populaires. Ce qu’elles peuvent nous enseigner sur la crise économique et sociale actuelle est que la rébellion est une vraie exception française. La rentrée sera chaude ?


Il suffisait de lire les archives de justice comme l’historien Jean Nicolas durant une quarantaine d’années. Elles regorgent de micro-émeutes débordant la réalité, débouchant sur des modes de protestation de plus en plus construits. Jean Nicolas en a étudié mille huit cent entre 1661 et 1789, mais il estime en avoir laissé de côté un bon millier. « Ces archives, d’une richesse incroyable, mais très mal classées, proviennent de la police, de la maréchaussée, de la justice ou encore des recours des procureurs et des mémoires défensifs des avocats », explicite le spécialiste à IDEE A JOUR.

« La rébellion n’est pas contre le pouvoir, elle est une protestation contre un pouvoir qui franchit ses limites, précise t-il. Ensuite, elle peut changer de nature, d’affectivité et déboucher vers une remise en cause radicale de ce pouvoir, c’est-à-dire la révolution. La France rébellionnaire est une réalité vivante et profonde, elle constitue même un mode collectif qui a fait du heurt et de la rupture le principe même du changement dans ce pays. » Une exception française en somme dont on peut fixer l’extrait de naissance vers les années 1660, entre la Fronde et la révolution de 1789. Auparavant, existaient les jacqueries, les croquants, les va-nu-pieds, fort nombreux, fort actifs. Mais ils constituaient autant de mouvements « conservateurs », pré-libertariens, tournés contre cette autorité monarchique en train de se consolider et qui empiétait notamment fiscalement sur leurs droits traditionnels. Après la Fronde, la rébellion change sensiblement de nature.

Des historiens allemands, comparant cette période, se sont dit surpris par l’intensité et de la multiplication des mouvements rébellionnaires à la française. « C’est une époque sous tension. Le régime monarchique est le règne de l’intranquillité par excellence, contrairement à ce que l’on imagine aujourd’hui, décrit Jean Nicolas. Les gens vivent dans une forme permanente d’anxiété. Ils ont le souci de survivre. La mendicité et l’errance s’étendent. Les peurs de l’époque sont celles de la précarisation, de l’échec des ambitions individuelles, notamment des petits clercs qui n’est pas sans rappeler la crise actuelle de l’université. Les salariés non qualifiés, cette armée des hommes de peine, suscitent également beaucoup d’inquiétude. »

« J’avoue que j’ai tremblé toutes les fois que j’ai vu la portion basse de ce peuple en émotion ! » écrira en 1788, le chroniqueur Restif de la Bretonne.

Les élites de 2009 se comportent comme les élites de 1789

Les ancêtres des « Conti » et autres licenciés protestataires qui ont défrayé la chronique sociale du premier semestre 2009 se croisent dans des conflits pour le pain, la grève à la fabrique, le refus de droits seigneuriaux, les taxes sur le sel et le tabac. Eclatant un peu partout par dizaines, mais encore de basse intensité, « ces mouvements cellulaires » auront fini par cristalliser en phénomène politique.

Par exemple, cette affaire locale élémentaire. Des paysans, protestant contre les droits seigneuriaux abusifs, arrachent les insignes du seigneur de son ban à l’église. Traînés en justice, ils vont alors quérir les services d’un célèbre avocat. Ce ténor de Grenoble lui va se référer à Montesquieu et aux Lumières devant les juges.
Ce phénomène de protestation devient politique, ce que refusent de voir la majorité des grandes élites.


« L’ADN de la Grande rébellion historique qui a revêtu un caractère historique fabuleux a été la Grande Peur », marque t-il. L’attaque et le brûlage des châteaux dûs à la panique et à la rumeur d’un complot aristocratique auront constitué dans leur désorganisation, l’événement clé débouchant sur l’abolition des privilèges et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (juillet-août 1789).

« Sans gauchir la réalité, nous sommes avec ces rébellions, au vif du sujet. Il ne s’agissait plus de pain, plus d’octroi et de barrières douanières, mais au cœur du problème, la contestation du privilège. » En 2009, cette question égalitaire devant les situations revient sur le devant de la scène française et dans les débats, mais elle ne l’avait jamais vraiment quitté selon Jean Nicolas. « 

L’historien qui a étudié le grand aveuglement des élites de 1789 ne peut s’empêcher tout de même « de faire un rapprochement avec le comportement de nos élites financières et bancaires contemporaines en temps de crise ».


http://www.idee-jour.fr/


Repères :

La rébellion française (1661-1789), de Jean Nicolas, Folio histoire, 1064 pages, 12,10 €.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 10:36


Par David Desgouilles


Ainsi le Front National se retrouve une nouvelle fois en position de bouleverser l’ordonnancement électoral des partis de gouvernement. En plaçant Steeve Briois et Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection municipale partielle de leur ville, les électeurs de la commune de Hénin-Beaumont nous envoient un message et il est vital de le comprendre.


On aurait tort de croire que les problèmes judiciaires de l’ancien maire sont seuls à l’origine de la déconfiture des grands partis. A Perpignan, Jean-Paul Alduy a été réélu presque triomphalement bien que la tricherie aux élections de 2008 ait été confirmée par le Conseil Constitutionnel. Le suicide de son collègue et ami Jacques Bouille, soupçonné ainsi que tous son équipe de la mise en place d’un système de corruption à Saint-Cyprien, a plutôt favorisé une mobilisation en sa faveur. Question de nord et de sud, me rétorquerez-vous ? Ce serait oublier le précédent Jacques Mellick dans une Béthune, qui n’a rien de méditérranéenne, où les habitants réélirent leur maire malgré toutes les marmites qu’on voyait traîner derrière lui.


Donc, il y a autre chose. Et cette autre chose, on la comprend en faisant un peu de géographie et d’économie locale mêlées. Hénin-Beaumont est une ville où on a  commencé à licencier à tour-de-bras bien avant le déclenchement de la crise des subprimes. Hénin-Beaumont, et surtout ses habitants, sont victimes du libre-échange intégral, d’une construction européenne qui en fut le cheval de Troie et avec la complicité des partis qui se sont succédés au gouvernement français lesquels entonnaient en chœur le refrain d’Alain Minc :”Ah que la mondialisation est heureuse” !


Et c’est naturellement qu’ils ont fini par se tourner vers un parti qui a fait du concept de “frontière” l’alpha et l’omega de toutes ses positions politiques depuis son émergence en 1984. La frontière qu’on a ouverte aux travailleurs étrangers, la frontière qu’on a ensuite ouverte aux produits fabriqués à l’autre bout du monde par des travailleurs payés à un tarif défiant toute concurrence, cette frontière avait disparu et le Parti socialiste avait contribué à la faire tomber. Ajoutons effectivement la goutte de la malhonnêteté dans ce vase social déjà bien rempli, et on se retrouve avec les résultats de dimanche soir.


Tant que le Parti Socialiste n’aura pas recouvré l’objectif de protéger les classes populaires de ce libre-échange dévastateur, il s’exposera à ce genre de déconvenue. Tant que Nicolas Sarkozy tiendra le discours de la protection tout en faisant l’inverse et en croyant que les électeurs sont dupes, il sera lui aussi en danger de voir remonter sur sa droite un parti dont il croyait avoir eu la peau (1). Je ne serais pas étonné qu’un bon nombre des électeurs de Marine Le Pen dimanche ne se soit pas déplacé trois semaines plus tôt à l’occasion des élections européennes. Nul doute qu’il saurait se mobiliser pour une élection présidentielle.


Si Marie-Noëlle Lienemann avait accepté de mener la bataille, il est fort possible que le ballotage eût été moins favorable au Front National. Elle a toujours été de la marge du PS qui alertait ses amis sur l’ardente nécessité de revenir aux fondamentaux de la Gauche : protéger la classe ouvrière. Et elle est connue comme telle. Il est possible qu’elle soit bien épuisée à envoyer de tels signaux depuis tant d’années sans qu’ils soient remarqués. Elle abandonne ses mandats les uns après les autres. Elle peut aussi avoir des raisons davantage personnelles, ce qu’il convient de respecter.


Une chose est certaine : si le Front National s’installe à la mairie de Hénin-Beaumont lundi prochain, cela aura au moins un effet bénéfique : celui d’envoyer aux partis qui nous gouvernent depuis trente ans le message suivant :”Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles”. Mais sont-ils encore capable d’entendre un tel message ? 

 

Antidote

 

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(1) Notons au passage que l’UMP n’a réuni que 5,42 % des voix dimanche dernier, ce qui devrait interpeller ses dirigeants

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