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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 18:21

Le conflit qui oppose le monde universitaire au gouvernement entre maintenant dans sa dixième semaine. Sourde à toute revendication, Valérie Pécresse a lâché du lest sur d’infimes éléments du projet de loi pour paraître plus ouverte au dialogue et mettre la balle du côté des enseignants-chercheurs. Mais plus qu’une simple réforme des universités, l’acharnement de la ministre de l’enseignement supérieur en dit long sur les dessous de ce projet. Cette nouvelle réforme n’est qu’une étape supplémentaire dans la stratégie générale qui vise à développer la commercialisation de l’enseignement.

Les prémices d’une destruction


C’est au cours des années 90 que l’enseignement supérieur a subi ses premières attaques. En intégrant l’éducation dans les services ouverts à la libéralisation, l’O.M.C. (Organisation Mondiale du Commerce) a conduit l’ensemble des systèmes éducatifs des pays membres dans la voie à la déréglementation. Actuellement, l’O.M.C. régit les échanges de marchandises (A.G.T.D.C.(1)), de services (A.G.C.S.) et la propriété intellectuelle (A.D.P.I.C.(2)). L’A.G.C.S. (Accord Général sur le Commerce des Services) qui vise à commercialiser, privatiser et mettre en concurrence l’ensemble des services à l’échelle de la planète en se débarrassant des règlementations en vigueurs dans chaque pays, a été mis en place sur demande de la Commission Européenne. La Commission, soutenue par plusieurs groupes de pression d’industriels européens a également œuvré activement pour introduire l’éducation dans cet accord. L’enseignement, la recherche et le savoir sont ainsi devenus des biens économiques. Ce tournant idéologique historique a marqué le début des grandes réformes universitaires.

Le processus de Bologne

Afin d’organiser la mise en concurrence mondiale et la libéralisation de l’enseignement supérieur, la Commission Européenne et plusieurs organisations en Europe ont repris en 2001 le processus de Bologne, projet initialement préparé par quatre ministres de l’éducation (France, Allemagne Italie, Royaume-Uni). Officiellement, l’objectif du processus de Bologne est d’harmoniser les systèmes de recherches nationaux au niveau européen pour permettre une plus grande mobilité des étudiants et des enseignants-chercheurs et faciliter les échanges inter-culturels. Mais derrière ces grandes phrases et ces beaux discours volontairement utilisés pour donner une dimension humaniste et universelle au processus, se cache en réalité un projet bien plus sombre puisque loin de l’harmonisation annoncée, le processus dicte un certain nombre d’objectifs économiques et financiers et ouvre l’enseignement supérieur à la globalisation.

La stratégie de Lisbonne

Toujours dans le même contexte, la stratégie de Lisbonne mise en place en 2000 par le Conseil Européen est censée répondre aux inquiétudes concernant la productivité économique en Europe. Fortement concurrencée par le dynamisme de l’économie américaine, l’Union Européenne se donne alors pour objectif de mettre en place « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Les dirigeants européens réaffirment ainsi leur volonté de transformer le savoir et la connaissance en bien économique et de mettre les universités au service des grandes entreprises disqualifiant ainsi la recherche non rentable. La propriété intellectuelle sera également visée par la stratégie de Lisbonne à travers la réforme des brevets européens(3).

Liberté et Responsabilité des Universités


La loi L.R.U est la suite logique des effets du processus de Bologne et de la stratégie de Lisbonne puisqu’elle vise à libéraliser les universités françaises en leur donnant une entière autonomie budgétaire et la libre gestion de leur personnel. Les universités pourront également amplifier la collecte de ressources financières par l’intermédiaire de partenaires extérieurs (entreprises, fondations…). Il est évident que cette pseudo autonomie engendrera une dépendance financière mais également une dépendance en matière de recherche puisqu’une entreprise privée qui financera à coup de milliers d’euros une université exigera inévitablement un retour sur investissement. Lorsque chaque université aura sa multinationale de référence, nous pourrons définitivement oublier ce à quoi était destiné le service public de l’enseignement supérieur. A la suite des socialistes qui ont initié ce projet destructeur il y a dix ans, Valérie Pécresse poursuit la liquidation de l’université et la recherche fondamentale dans notre pays. Il est loin le temps où nos dirigeants gouvernaient au service de la France et des citoyens français dans le respect des valeurs de notre République. La nouvelle élite au pouvoir est bien décidée à imposer sa « modernité » en se libérant d’un Etat « contraignant » et « réglementaire » pour passer à une globalisation et une uniformatisation aliénante. Si elle est appliquée, cette réforme enterrera définitivement la mission essentielle de l’Etat qui est de préserver l’héritage culturel de notre pays et l’indépendance de la recherche.



VB, Debout les Jeunes - Haute-Normandie


________

(1) A.G.T.D.C. Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce
(2) A.D.P.I.C. Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce
(3) Le Protocole de Londres sur la réforme linguistique des brevets européens. Sources : - AGCS et processus de Bologne. Des modalités différentes d’un même projet de commercialisation de l’enseignement supérieur ; Sarah Croché - Jean-Émile Charlier. Publié dans Distances et savoirs, Volume 6 n°1/2008, pp.13-41 - Du processus de Bologne à la L.R.U, une catastrophe annoncée, Conférence donnée par Geneviève Azam, Enseignante-Chercheure, Université de Toulouse 2 le Mirail - 23 mars 2009. - L'AGCS : Quand les Etats abdiquent face aux multinationales par Raoul Marc Jennar et Laurence Kalafatides - 14 juin 2007
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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 15:14

Alain Duhamel a encore fait très fort dans sa chronique ce matin sur RTL.
Evoquant l'incident de Durban, qui a vu l'ambassadeur de France quitter la séance pour protester contre un discours du président iranien, l'indéboulonnable journaliste a réussi par un tour de passe-passe assez incroyable à mettre sur le même plan la "tentation" du protectionnisme, avec celle du racisme et de la xénophobie (ses propos sont exactement les suivants : "on sait qu'on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie").

Pourquoi Alain Duhamel a-t-il choisi d'établir un lien implicite entre protectionnisme et racisme ? Quel rapport entre les deux ? Nous avons d'un côté une attitude individuelle, condamnable d'un point de vue moral et fondée sur l'existence de préjugés, et de l'autre une théorie économique qui prétend viser l'efficacité et le bien-être.
Il n'y a donc strictement aucun rapport entre ces deux notions, qui se situent sur des plans radicalement différents.

Quand le prix nobel d'économie 2008 Paul Krugman promeut un protectionnisme raisonné, il n'est pas raciste. Quand le sociologue Emmanuel Todd et l'économiste Jean-Luc Gréau défendent un point de vue comparable, ils ne sont pas davantage racistes ou xénophobes.

En réalité, Alain Duhamel est suffisamment cultivé et intelligent pour savoir tout ça. Sa petite phrase n'est évidemment pas le fruit de l'ignorance ou du hasard.
Glissée au milieu de 3 minutes 45 s de chronique, elle vise à décrédibiliser le combat protectionniste en l'assimilant inconsciemment dans les esprits à une attitude de rejet de l'autre, de fermeture sur soi, attitude qui confinerait au racisme et à la xénophobie.

Alain Duhamel, comme ses pairs de la bien-pensance, sait bien que le protectionnisme connaît un véritable renouveau dans la pensée économique. La crise qui débute est largement le résultat d'un libre-échange généralisé qui a oublié les nations et les protections légitimes, particulièrement en Europe où l'Union européenne a poussé à l'ouverture sans retenue.

Il faut donc sauver le soldat libre-échange. Et pour y parvenir, tous les coups sont permis, y compris les comparaisons et les insinuations les plus fallacieuses.

En vérité, l'argument du "racisme et de la xénophobie" est couramment utilisé dans le débat public pour compromettre des propositions qui dérangent le pouvoir en place.
Ainsi, soulever la question de l'immigration et celle des échecs patents de l'intégration est assimilé à du racisme, ce qui clôt immédiatement le débat et pousse à l'autocensure.
Dire que l'immigration est depuis des décennies prioritairement réclamée par le grand patronat soucieux de disposer d'une main d'oeuvre abondante pour faire pression à la baisse sur les salaires et les droits sociaux, est presque impossible pour la même raison.

Derrière cette petite manip', on retrouve bien sûr ceux qui profitent à fond de ce Système et qui ont intérêt à ce que rien ne change. Maquillant leur volonté de maintenir le statu quo en un combat moral, ils parviennent parfois à tromper quelques naïfs persuadés de servir le "Bien" en épousant leur cause...

Alain Duhamel n'a donc pas fait preuve d'une très grande originalité ce matin. Il a utilisé une vieille technique qui a malheureusement fait ses preuves.
Ce qui est assez nouveau en revanche, c'est d'avoir pris comme cible le protectionnisme. Preuve qu'en haut lieu on s'inquiète de sa popularité croissante...


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Liberté de la presse
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