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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 16:54


Par E. Aperaude


« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » disait E. de la Boétie. Le 26 mars 2009, le Parlement européen (PE) a approuvé par 503 voix pour, 51 voix contre et 10 abstentions, une résolution sur « l'état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis ». Certes, une résolution du PE n’a pas de pouvoir contraignant dans la législation européenne, mais elle indique l’état d’esprit des eurodéputés et exprime la vision qu’a cette institution  du projet européen.


La marche à suivre jusqu'en 2015

Ce document (A6-0114/2009) d'une dizaine de pages rédigées par la droite européenne (groupe PPE-DE) et voté avec le soutien massif de la gauche, trace les perspectives des relations entre l'Europe et les États-Unis d'ici à 2015, soit une période qui couvrira l'actuel mandat, et le second mandat potentiel du président étasunien, Barack Obama. C'est donc une référence importante pour comprendre ce qu'attendent les États-Unis et ce que projette la Commission Barroso, l'actuelle et la prochaine puisqu'à en croire les oracles, nous n'avons pas encore voté qu'elle serait déjà reconduite.


Considérant que  « le partenariat transatlantique doit demeurer une pierre angulaire de l'action extérieure de l'Union », le but de cette résolution est affirmé sans détour : il s’agit de construire « un véritable marché transatlantique intégré », qui devra être établi « d'ici à 2015 », fruit du travail du Conseil économique transatlantique (CET). Le CET, conseillé entre autres par « des représentants du monde de l'entreprise », veillera notamment à l'harmonisation des législations pour faciliter « l'approfondissement du marché transatlantique ». On imagine sans mal les choix qui seront opérés entre place de l'État et rôle du marché.


L'accord de partenariat, à négocier une fois le traite de Lisbonne ratifié, devra être conclu d'ici à 2012. Il devrait comprendre la création d'un Conseil politique transatlantique (CPT) de haut niveau, chargé de coordonner « systématiquement » la politique étrangère et de sécurité. Au cas où quelque chose échapperait à l'OTAN, « pierre angulaire de la sécurité transatlantique » dont le rôle est déjà gravé dans le marbre du traité de Lisbonne (en son article 42), le CPT serait ainsi chargé de rectifier « systématiquement » des positions « coordonnés ». Ce qu'en d'autres termes on appelle l'alignement. 


Les Européens sont d'ailleurs sommés d'augmenter leur effort de défense.

La lecture de cette résolution est édifiante. Ce texte s’inscrit pleinement dans la reprise des cadres économiques structurels néolibéraux et dans une soumission à la puissance étasunienne : encouragement au lobbying (article 16) ; demande de conclusion du cycle de libéralisation de Doha de l’OMC qui pourtant a bien du plomb dans l'aile (article 22) ; coopération énergétique et donc soumission aux buts de guerre des EU (article 24) ; félicitations prématurées aux envoyés spéciaux étasuniens au Proche-Orient et en Afghanistan (articles 26 et 29) et aux troupes étasuniennes présentes en Irak (article 31) ; échanges de données personnelles ; demande d’intégration des marchés financiers avec convergence des cadres réglementaires actuels et suppression de toutes entraves aux échanges ; libéralisation des investissements étrangers grâce à une « législation ayant une incidence territoriale sans consultation ni accord préalable » (sic, article 52 et 53) ; etc. Le document vaut la peine d'être lu dans son entier.


Cette feuille de route confirme, pour les plus sceptiques, que la stratégie étasunienne de la « Triple couronne », définie par l'administration Clinton à la fin du XXème siècle, est toujours d'actualité : à l'OTAN la défense; à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) le dialogue politique et le respect des droits de l'Homme - armes douces pour les régions sensibles des frontières de l'Empire, comme les Balkans ou la Géorgie - à l'UE le grand marché unifié et libéralisé, de Dublin jusqu'à la Syrie. Il faudra bien, en effet, comme l'a dit Obama à Prague, inclure la Turquie dans l'UE d'autant plus que, ironie des concepts de la Maison blanche, l'intégration de cet État laïc serait un signal positif envers les... musulmans.


Cet inquiétant discours de la servitude volontaire de l'Europe est, dans la perspective des élections de juin prochain, un vrai sujet de débat. Ce projet, certes public mais discret, est noyé dans la masse de la production du Parlement ou de la Commission et appuyé par l'énorme majorité des eurodéputés. Il engage pourtant de manière déterminante notre continent, nos États et nos populations sur une voie délicate.


Qu’en disent les forces politiques, notamment à gauche, qui solliciteront nos suffrages le 7 juin ?


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> (Re)Voir à ce sujet, l'article du Canard Républicain : "La création de l'Union atlantique se précise"

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 19:47

On le sait, le pouvoir isole. Même les plus grands n'ont pu échapper à cette réalité consubstantielle à l'exercice de la fonction suprême.

Mais chez Nicolas Sarkozy, les événements des derniers jours nous montrent que nous sommes désormais un cran plus loin. Le président n'est pas simplement isolé. Il est sans peuple.
Au point qu'on peut remarquer qu'il est le premier "président virtuel", président qui agit en circuit fermé, sans le peuple, sans le voir, sans lui demander son avis, sans écouter ce qu'il dit, sans se soucier des conséquences sur lui de ses décisions.

Le récent déplacement du chef de l'Etat à Châtellerault a permis de se rendre compte physiquement de cette présidence virtuelle. Nicolas Sarkozy circulait dans une ville littéralement déserte, vidée de ses habitants, dont le peuple avait été remplacé par des militants UMP amenés en car dans une salle de réunion.
Châtellerault ressemblait ce jour-là aux villes de banlieue américaines désaffectées dans lesquelles l'armée testait en vue d'Hiroshima les effets grandeur nature de l'arme atomique, les figurants de l'UMP prenant la place des mannequins de cire...

Même chose quelques jours plus tôt à Saint-Quentin. Dès 6 heures du matin, la ville était bouclée, et comme à Châtellerault, Nicolas Sarkozy a fait une visite présidentielle virtuelle, se déplaçant dans des rues désertes, alors que la population était contenue de façon assez musclée au-delà d'un cordon de sécurité suffisamment éloigné pour permettre au président d'avoir le champ de vision totalement dégagé.

Pour l'avenir, pour lui épargner des transports inutiles, nous conseillons au président de se faire construire une ville-type de province en carton pâte dans les jardins de l'Elysée, qui pourra lui servir de lieu de "sortie sur le terrain".
Ou mieux, s'il parvient à se payer les services d'un studio suffisamment qualifié, Nicolas Sarkozy pourrait évoluer dans une ville totalement virtuelle, ce qui lui permettrait de le faire depuis son bureau, en l'agrémentant d'un fond bleu comparable à celui qu'utilise tous les soirs Evelyne Dhéliat pour présenter la météo sur TF1. Ville de province virtuelle pour président virtuel, voilà qui collerait bien.

Mais le président sans peuple, ce ne sont pas simplement ces déplacements dans des villes vidées de leurs habitants. C'est d'abord un mode de fonctionnement, que ces visites illustrent à merveille.

Ce qui caractérise le président sans peuple, c'est qu'on ne sait plus très bien finalement ce qu'il préside.

Le président sans peuple, c'est celui qui a annoncé qu'il ne ferait aucun référendum pendant les cinq ans de son mandat et qui refuse la proportionnelle aux élections législatives.
Le président sans peuple, c'est celui qui, en février 2008, fit passer en force, et en catimini, la Constitution européenne rebaptisée Traité de Lisbonne, alors qu'elle avait été massivement rejetée par les suffrages populaires le 29 mai 2005.
Le président sans peuple, c'est celui qui décide unilatéralement de pousser la France dans le commandement intégré de l'OTAN, soumettant un peu plus notre politique étrangère aux desiderata de Washington.
Le président sans peuple, c'est celui qui prétend qu'on ne se rend plus compte qu'il y a des grèves en France.
Le président sans peuple, c'est celui qui a géré avec une légèreté indigne et un mépris incroyable les mouvements sociaux massifs qui ont agité la France d'outre-mer pendant plus d'un mois.
Le président sans peuple, c'est celui qui continue le bling bling et les vacances chez des milliardaires sulfureux alors que son pays traverse une crise économique et sociale d'une brutalité inouïe.

C'est tout cela le président sans peuple.
C'est un président qui ne gouverne plus un pays et son peuple, mais qui gère des tableaux statistiques, qui sans cesse se cherche des maîtres ailleurs, à Bruxelles, à Berlin ou Washington, sans s'intéresser aux attentes de la population dont il est censé défendre les intérêts.

Le cadre d'exercice de ses prérogatives est un circuit fermé constitué de quelques privilégiés souvent fortunés, et déconnecté comme jamais des réalités populaires.

Finalement, le Châtelleraudais prié de quitter un centre-ville bunkerisé le jour du déplacement du président et l'électeur floué par un Système qui décide sans lui, voire contre lui, ne sont qu'une seule et même personne. Cette personne appartient à un peuple dont le président a décidé qu'il ferait sans, et auquel il ne réserve que les artifices de sa propagande.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Vie politique
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