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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 22:00


Par Bernard Cassen


Y a-t-il une seule Europe possible, l’actuelle ? Les peuples ne sont pas tous de cet avis. Dans trois des pays où a eu lieu un référendum, ils ont dit « non » à cette Europe-là : en France et aux Pays-Bas en 2005, en Irlande en 2008. La réponse des gouvernements et des institutions européennes à ce triple camouflet a été simple : les peuples ont « mal » voté parce qu’ils étaient mal informés des « bénéfices » que leur apporte l’Union européenne (UE). Les dirigeants européens en ont tiré deux conséquences : d’une part, ne tenir aucun compte des résultats de ces scrutins ; d’autre part intensifier les efforts d’ « explication » des politiques de l’UE.


Manipulations en France et aux Pays Bas


Le premier objectif a été atteint en France et aux Pays-Bas en faisant ratifier par la voie parlementaire un texte - le traité de Lisbonne - à 98 % identique à celui sur la « Constitution européenne » rejeté par les électeurs. Pour l’Irlande, un tel tour de passe-passe étant constitutionnellement impossible, les citoyens de la République devront revoter avant la fin de l’année 2009. Le second objectif - persuader les citoyens du bien-fondé des politiques européennes – n’est pas atteignable directement. Il y a peu de chances, en effet, de mobiliser la majorité des populations en faveur du dumping fiscal et social, du démantèlement des services publics et des libéralisations en tout genre qui constituent l’ordinaire de l’activité communautaire.
L’astuce consiste à faire adhérer les citoyens à des principes européens plus généraux, tels que la démocratie, la paix, le rapprochement des peuples, le développement durable, l’emploi, etc., qui seraient mieux garantis par une intégration toujours plus poussée au sein de l’UE. L’approbation de ces principes équivaudra alors implicitement à l’approbation de politiques réellement existantes qui, dans les faits, vont le plus souvent à leur encontre. 



2,4 milliards d'euros pour la propagande !


Pour mener à bien cette stratégie de communication ou plus exactement de propagande, la Commission européenne dispose de moyens financiers considérables. Une étude de Open Europe [1] les chiffre à 2,4 milliards d’euros en 2008. Cette organisation est composée de grands patrons britanniques eurosceptiques et partisans d’une Europe encore plus libérale qu’elle ne l’est actuellement. Son étude met ainsi sur le même plan le soutien à des actions de relations publiques et l’appui aux programmes d’échanges d’étudiants au sein de l’UE.

Ces réserves faites, son rapport constitue une mine d’informations précieuses. On y apprend notamment que, à elles seules, les actions de communication directe de la Commission disposent d’un budget de 206 millions d’euros.

Tout cela pour une « information » dont l’unique objectif est la célébration des bienfaits de l’UE et accessoirement de l’activité de la Commission qui se prétend par ailleurs « à l’écoute » des citoyens. Pourquoi alors ne préconise-t-elle pas la tenue de référendums pour leur donner la parole ? D’autant que ces scrutins sont des vecteurs privilégiés de l’information sur l’UE, comme l’atteste une étude récente [2] : en France, en Irlande et au Danemark, pays où le « non » l’a emporté lors de référendums, les personnes interrogées pouvaient répondre correctement à deux fois plus de questions sur les institutions européennes qu’en Allemagne, Belgique et Italie, pays sans référendums. Faut-il en conclure que l’UE ne gagne pas à être mieux connue ?



Mémoire des luttes



 [1]  http://www.openeurope.org.uk/research/hardsell.pdf

  [2]  http://www.iwantareferendum.com/publication/qvortrup.pdf
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 16:47


On connaît le penchant de notre Président à la prononciation de propos polémiques et scandaleux de toute sorte. Ce qu’on ignore, c’est sa capacité à créer la polémique et l’indignation au-delà même de nos frontières.


Ainsi de propos qui font actuellement scandale au Québec.


Ces propos, Nicolas Sarkozy les a prononcés en janvier dernier, quand il remit la Légion d’Honneur au premier ministre du Québec, un dénommé Jean Charest (un « fédéraliste », autrement dit un partisan du maintien de la province au sein du Canada).


Il a ainsi profité pour donner son point de vue sur le Québec et les relations que doit avoir la France à son égard. Ne se contentant pas de répéter ce qu’il avait déclaré en octobre dernier, « le monde n’avait pas besoin d’une division de plus », se montrant ainsi farouchement hostile à indépendance du Québec, il a cette fois pathétiquement sombré dans l’injure.


Il a en effet accusé les partisans d’une indépendance du Québec (les « souverainistes »), autrement dit une petite moitié du peuple québécois, d’aspirer au sectarisme, à l’enfermement sur soi-même, et même à la détestation de l’autre !


En somme, pour Nicolas Sarkozy, une moitié des Québécois et tous ceux qui ont pu se battre pour l’indépendance du Québec sont des xénophobes. Rien de moins !


En somme également, pour Nicolas Sarkozy, vouloir autre chose pour le Québec que ce que prônent lui et ses copains fédéralistes relève d’une dangereuse pathologie. Bonjour l’ouverture d’esprit d’un prétendu adversaire du sectarisme !


Une insulte qui, légitimement, ne passe pas au Québec où le combat pour l’indépendance a toujours été lié à la défense d’une culture et d’une langue minoritaires au sein du Canada et non pas à un rejet des anglo-saxons, avec qui les Québécois n’ont pas de soucis de cohabitation.


Bizarrement, aucun média français ni aucun politique n’a cru bon de faire part de ces propos, ni de les dénoncer. C’est sans doute moins grave que de montrer sa sympathie pour la cause indépendantiste, comme l’avait fait Ségolène Royal durant la dernière campagne présidentielle.


Bizarrement, aussi, le gouvernement québécois ne voit rien à redire de tels propos portés à l’égard de leurs concitoyens par un Président étranger. Apparemment, l’ingérence n’est choquante que quand elle est le fait de soutiens aux indépendantistes.


Bizarrement, encore, Nicolas Sarkozy n’a pas tenu de tels propos au sujet des indépendantistes kosovars – par exemple -, qu’il a, bien au contraire, soutenu dans leur cause.


Quoiqu’il en soit, à la lecture de tels propos, on comprend un peu mieux pourquoi Sarkozy méprise et piétine à ce point les trois « NON » formulés par les Français, Néerlandais et Irlandais à l’encontre de la Constitution Européenne et de sa copie, le Traité de Lisbonne. En effet, on ne peut certainement pas écouter de tels sectaires xénophobes !

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Published by le Citoyen Thimèle - dans International
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