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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 23:45

Par François Asselineau


Pour tenter de sauver leur économie, leurs emplois et leurs retraites, les Etats-Unis ont décidé de faire bondir leur endettement et leurs déficits publics alors qu’ils sont en situation de quasi-faillite. Plus que jamais, les Américains jugent que nos fameux « critères de Maastricht » sont nuisibles.

Plan Paulson : une explosion de l'endettement américain


L’agence de notation américaine Fitch a fait savoir le samedi 4 octobre que le plan de sauvetage massif du secteur bancaire américain – dit "Plan Paulson" - promulgué la veille par le président Bush va entraîner une augmentation considérable de la dette américaine.

Cette agence rappelle que la dette publique américaine, qui était évaluée à 9.646 milliards de dollars au 31 août, représente d'ores et déjà 67,4% du PIB américain. Et l’agence souligne que, suite au Plan Paulson, cette dette va dépasser très largement la barre des 10.000 milliards en 2009, donc qu'elle "dépassera les 70% du PIB, pour la première fois depuis les années 50".

Selon les analyses d’une autre agence, Daily FX, citées par l’agence France Presse, la dette publique américaine va même bondir "à 11.315 milliards de dollars", ce qui correspondra à rien moins que 80% du PIB américain.

L’agence de notation Fitch précise également que "le déficit budgétaire gouvernemental (fédéral, régional et local) atteindra 10% du PIB en 2009".

Toutes ces informations son tellement importantes qu’il vaut la peine de s’y arrêter un peu pour les commenter. Et cela d'autant plus que l'on peut être sûr que les media français vont les passer peu ou prou sous silence.

La dette publique et le déficit budgétaire américains sont déjà bien plus lourds que ceux de la France…

Comme nous y convie l’agence Fitch, remarquons tout d'abord que la dette publique américaine actuelle atteint un montant égal à 67,4% du PIB des Etats-Unis. L’agence aurait pu ajouter qu’au cours de l’année fiscale 2008, le déficit budgétaire américain a dépassé les 500 milliards de dollars, soit un niveau de l’ordre de -4% du PIB.

Ces niveaux d’endettement public et de déficit budgétaire américains sont très largement ignorés de nos concitoyens, car nos medias et nos responsables politiques les ont toujours soigneusement cachés. Ils sont pourtant fort instructifs à deux égards :

1. d’une part, ils montrent que les Etats-Unis ne s’astreignent nullement à respecter les fameux critères de Maastricht que l'on impose à la France et aux autres pays membres de la zone euro.

Rappelons que ces critères affirment qu'une économie moderne ne devrait en aucun cas dépasser un niveau d’endettement public de 60% du PIB et un niveau de déficit budgétaire de -3% du PIB. Ils fixent également comme principe l’idée que le déficit budgétaire doit, à terme, être égal à zéro et y rester, c'est-à-dire que le budget d'un Etat doit être toujours à l’équilibre et doit même, si possible, dégager des excédents. En bref, ces critères reviennent à la conception économique qui prévalait justement avant la crise des années 30 et les acquis fondamentaux de la théorie keynésienne.

Or les faits sont là : puisque les Etats-Unis, qui sont encore la première économie du monde, ne respectent pas ces critères, c'est bien la preuve que les critères de Maastricht sont à tout le moins arbitraires, contestables, et contestés.

2. d’autre part, l’endettement public américain actuel atteint un ratio sensiblement supérieur à celui de la France, puisque le nôtre – qui était de 65,9% au 31 décembre 2007 – se situe 1,5 point en-dessous du niveau d’endettement public américain.

Puisque les Etats-Unis, Mecque du capitalisme et du libéralisme inlassablement présentée comme modèle à suivre par nos medias, ont une dette publique plus lourde que la nôtre, la preuve est donc faite que le discours politique ambiant en France est un discours de désinformation et de propagande. Car ce discours consiste à culpabiliser les Français depuis des années sur notre niveau d’endettement public, comme s’il s’agissait d’une pathologie extravagante, alors qu’une simple comparaison internationale prouve qu'il n'en est rien.

Ce double constat n’est pas nouveau pour les adhérents et sympathisants de l’Union Populaire Républicaine (UPR) puisque nous ne cessons de le répéter depuis la création même de notre mouvement politique. Nous l’avons d’ailleurs mentionné explicitement dans notre Charte fondatrice du 25 mars 2007.

Depuis sa fondation, l’UPR est ainsi le seul parti politique qui explique aux Français – désespérés par le lavage de cerveau continuel sur notre prétendue faillite collective - que notre endettement public, certes un peu élevé, n’est pas du tout une anomalie, loin s’en faut. Nous sommes les seuls à faire des comparaisons internationales et à rappeler que de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, mais aussi la Belgique, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne ou le Japon, ont des niveaux d’endettement public supérieurs, et souvent très largement supérieurs, au nôtre.

…et les Etats-Unis ont décidé de faire gonfler leur dette publique et leur déficit budgétaire beaucoup plus encore.

Nos analyses ont bien entendu rencontré un certain scepticisme dans les premiers mois d’existence de notre mouvement car elles remettaient en cause les dogmes de la pensée unique, assénés depuis des années comme une vérité absolue par tous les medias et tous les mouvements politiques français. Comment pouvions-nous avoir raison contre tous ?

Mais la pertinence de nos analyses saute désormais aux yeux d'un nombre croissant de Français, comme en témoigne la forte croissance des contacts et des messages d’encouragement que l’UPR reçoit depuis quelques semaines.

De fait, puisque les agences Fitch et Daily FX viennent de nous informer que l’endettement public américain va bondir de 67,4% à près de 80% du PIB tandis que le déficit budgétaire américain va plonger de -4 jusqu’à -10% du PIB, cela signifie que les Etats-Unis, qui estimaient déjà que les fameux critères de Maastricht étaient dépourvus de sens, ont décidé d’adopter une politique qui va tout simplement à l’encontre de la philosophie même qui les sous-tend.

Avec l’adoption du Plan Paulson, les Etats-Unis ont décidé de battre des records de déficit, pulvérisant au passage tous les critères de Maastricht, et cela au motif qu’il faut absolument sauver à la fois l’économie américaine, son système financier, ses emplois et ses retraites.

Examinons pourquoi les autorités américaines agissent de la sorte.

L’endettement public n’est qu’une partie de l’endettement d’une nation


Les faits venus d’outre-Atlantique amènent un nombre croissant de Français à réaliser à quel point les discours politiques européistes dont on les a abreuvés depuis des années étaient trompeurs puisqu’ils focalisaient uniquement leur attention sur le seul endettement public.

Sur la foi d’une idéologie implicite, mais qui saute maintenant aux yeux, ce discours lancinant faisait comme si l’Etat était décidément l’ennemi à abattre, et comme si les dépenses publiques étaient décidément les seules qui posaient problème.

Or, comme nous n’avons pas cessé de l’analyser à l’UPR, et comme la crise des "subprime" le révèle de façon fracassante, l’endettement d’une collectivité nationale est un tout. On ne peut pas porter un jugement éclairé si l'on n’en observe que l'un des compartiments. On ne peut pas juger de la bonne santé financière collective d’un pays si l'on ne prend pas en compte, non seulement l’endettement public, mais aussi l’endettement privé, c'est-à-dire celui des ménages et celui des entreprises.

Le discours sur "l’endettement public insupportable que nous allons transmettre à nos enfants" est un discours mensonger

Du reste, le discours larmoyant continuel de nos dirigeants sur "le niveau de dette publique insupportable que l'on va laisser à nos enfants" prend tout son caractère idéologique et trompeur lorsque l’on songe que nos fameux "enfants" vont également écoper de l’endettement des ménages et des entreprises dont nous leur ferons cadeau.

Or une dette publique présente la particularité de pouvoir être indéfiniment reportable dans le temps puisqu’un Etat, en général, est éternel. C'est ainsi que la France est endettée depuis au moins Philippe le Bel, voici 700 ans, et que toutes les générations qui nous ont précédés ont légué à la suivante un endettement public que nous-mêmes transmettrons à nos enfants, qui le transmettront à leur tour à leurs enfants, et ainsi de suite.

Mais à la différence de l’endettement public, qui est une dette collective indéfiniment reportable, l’endettement des ménages est une somme de millions d’endettements individuels qui ne sont pas, eux, indéfiniment reportables, pour la simple raison que la vie humaine est limitée.

Dès lors, nos fameux "enfants" sur le sort desquels on veut nous apitoyer sont beaucoup plus menacés par un fort taux d’endettement des ménages que par un fort taux d’endettement public. Car si un couple est ruiné par un endettement excessif et perd ainsi les économies de toute une vie, ce sont bien ses enfants qui trinqueront, de la façon la plus concrète qui soit, en démarrant dans la vie sans le moindre héritage.

C'est d’ailleurs justement la tournure que prennent les événements outre-Atlantique. Ce n’est pas la dette publique américaine qui chasse des millions d’Américains de leur domicile – et leurs enfants avec eux - mais bel et bien le monstrueux endettement privé qu’on leur a collectivement fait souscrire. Les faillites personnelles y connaissent une progression effrayante puisque 2.100.000 faillites personnelles ont été enregistrées aux Etats-Unis en 2006, soit 2 fois plus que de divorces ! Et ce nombre connaît actuellement une croissance encore plus vertigineuse, qui ne peut que s’accélérer encore au cours des prochains mois.

De la même façon, l’endettement des entreprises n’est pas indéfiniment reportable et il cesse lorsque l’entreprise est acculée au dépôt de bilan, et se voit contrainte de mettre à la rue tous ses salariés. Dès lors, là aussi, les fameux "enfants" sont beaucoup plus menacés par un fort taux d’endettement des entreprises que par un fort taux d’endettement public. Car si l’entreprise dans laquelle leurs parents travaillent fait faillite, ce sont bien les enfants qui trinqueront, en connaissant les affres de parents au chômage et d’une vie familiale terriblement déstructurée et appauvrie.

D’une façon plus globale, le legs qu’une génération fait à celles qui la suivent ne se limite absolument pas à la seule dette publique. Le legs est un tout. Le legs contient aussi l’endettement privé des ménages et des entreprises, on vient de le dire, mais aussi tout ce qui leur est corrélé :
* un outil industriel et commercial puissant ou affaibli,
* un réseau d’infrastructures performant ou hors d’usage,
* un système sanitaire et hospitalier efficace ou défaillant,
* un système de protection sociale humain ou inhumain,
* un système d’enseignement qui permet l’ascension sociale ou qui la bloque,
* des services publics en zone rurale qui préservent des modes de vie ou des territoires qui se vident sous l’effet implacable de la rétraction de la sphère publique,
* etc., etc.

Vu sous cet angle, qui est le seul économiquement, socialement et historiquement exact, le discours lancinant des européistes sur "le niveau de dette publique insupportable que l'on va laisser à nos enfants" apparaît pour ce qu’il est : une formule à l’emporte-pièces complètement irréfléchie, une propagande scandaleusement réductrice et biaisée, qui ne fait au fond le jeu que d’intérêts politiquement et sociologiquement faciles à deviner : ceux qui sont, par intérêt personnel; contre toute intermédiation sociale de l’Etat.

Où en sont l’endettement des ménages et l’endettement des entreprises, en France et aux Etats-Unis ?

Si l'on veut bien admettre l’analyse qui précède, et si l'on fait l’effort de se soustraire au lavage de cerveau européiste et ultra-libéral pour examiner lucidement l’endettement des ménages et l’endettement des entreprises des deux côtés de l’Atlantique, on découvre qu'il existe un gouffre formidable entre la situation de la France, qui reste favorable, et celle des Etats-Unis, qui est proprement catastrophique :

1. En France, une situation d’endettement encore raisonnable

En dépit des problèmes de surendettement d’une fraction d’entre eux, le niveau d’endettement global des ménages français demeure raisonnable, puisque la Banque de France l’estime à environ 47% du PIB. Encore s’agit-il d’un endettement brut et non d’un endettement net, défalqué de l’épargne mise de côté. Or, parmi les ménages de tous les pays occidentaux, les ménages français sont ceux qui ont le plus fort taux d’épargne (de l’ordre de 16 à 17% du revenu disponible alors que la moyenne de l’Union européenne est à 10%). L’endettement net des ménages français est donc de l’ordre de 30% du PIB.

Quant au niveau d’endettement moyen des entreprises françaises, il demeure relativement satisfaisant, même s'il est en assez forte croissance. Il atteint actuellement un volume de l’ordre de 57% du PIB, selon la Banque de France.

2. Aux Etats-Unis, une situation d’endettement catastrophique

Le taux d’épargne des ménages américains présente en revanche une particularité extraordinaire, dont on ne connaît pas de précédent dans toute l’histoire économique mondiale : depuis quelques années, il est, selon les sources, soit voisin de zéro, soit même négatif. Ce qui signifie qu’en moyenne, les ménages américains n’ont plus le moindre sou devant eux et qu'ils n’ont que des dettes.

Du reste, l’endettement moyen des ménages américains est extraordinairement élevé, du fait que les banques américaines leur ont prêté de l’argent à tout-va pendant des années, notamment pour les prêts à la consommation et les prêts immobiliers, avec la bénédiction de la Réserve Fédérale américaine. On estime ainsi que l’endettement total net des ménages américains est actuellement de l’ordre de 110% du PIB, près de 4 fois supérieur à l’endettement net des ménages français.

C'est d’ailleurs cet hyper-endettement des ménages et l’insolvabilité qui en découle lorsque les taux d'intérêt remontent qui sont justement à l’origine de la fameuse crise des "subprime" qui fait désormais la Une des journaux du monde entier et qui est en train de ravager le système financier américain et mondial.

On estime par ailleurs que l’endettement des entreprises américaines est actuellement de l’ordre de 210% du PIB américain, soit près de 3,5 fois plus que l’endettement des entreprises françaises.

Pour la même raison que les ménages, les entreprises américaines ont en effet bénéficié des largesses extravagantes des banques et de la Réserve Fédérale. Le retournement de la conjoncture associée à la hausse des taux d’intérêt est en train de conduire à la faillite de très nombreuses PME. L’hyper-endettement des entreprises est également au cœur de "l’effet domino" des faillites bancaires américaines.

Le grand secret : l’endettement total des Etats-Unis est 2,7 fois plus grave que l’endettement total de la France

L’ensemble de l’analyse qui précède nous conduit tout naturellement à la conclusion, que les vrais économistes connaissent d’ailleurs parfaitement : à savoir que la donnée essentielle pour juger de la santé financière d’une nation, c'est le niveau d’endettement total de tous ses agents économiques : l’Etat et les collectivités publiques, mais aussi les ménages et les entreprises.

Examinée sous ce critère, la France pâtit, il est vrai, d’un endettement public un peu trop fort par rapport à ce qui serait souhaitable (65,9% du PIB), mais elle bénéficie a contrario d’un endettement net des ménages et d’un endettement des entreprises raisonnables l'un et l'autre. De telle sorte que l'on estime que l’endettement total de la société française, tous agents économiques confondus, tourne autour de 2.800 milliards d’euros, soit environ 153 % de son PIB .

Si l'on veut prendre une image, l’endettement total de la France (public + ménages + entreprise) est ainsi d'un poids comparable à ce que serait, pour un ménage de salariés modestes où le mari et la femme travaillent et gagnent ensemble 3.000 € (20.000 F) de revenus nets par mois, (soit 36.000 € par an), un endettement total de 55.000 €. (360.000 F). Comme on le mesure, il s’agit d'un endettement assez lourd mais encore gérable. Il s’agit même d'un endettement qui peut être judicieux si la contrepartie de cet endettement est la propriété d’une résidence principale d’habitation.

En revanche, examinés sous ce même critère, les Etats-Unis ne pâtissent pas seulement d'un endettement public trop élevé et qui va s’accroître très fortement dans les semaines qui viennent pour atteindre 80% du PIB. Les Etats-Unis souffrent aussi d’un endettement net des ménages (110 % du PIB) et d’un endettement des entreprises (210% du PIB) aussi excessifs l'un que l'autre. De telle sorte que l'on estime que l’endettement total de la société américaine, tous agents économiques confondus, est aujourd'hui supérieur à 53 billions de dollars (53.000 milliards de dollars), qu'il va atteindre très vite 55.000 milliards de dollars avec le Plan Paulson, et qu'il est donc de l’ordre de 410% du PIB des Etats-Unis (ce dernier est de l’ordre de 13.000 milliards de dollars)..

Pour reprendre notre image précédente, l’endettement total des Etats-Unis (public + ménages + entreprise) est d'un poids comparable à ce que serait, pour le même ménage de salariés modestes gagnant 3.600 € par mois (20.000 F), un endettement total de 147.000 € (970.000 F). Comme on le mesure, il s’agit cette fois d'un endettement démesuré et dont les remboursements mensuels sont devenus très excessifs par rapport aux revenus du ménage. Celui-ci n’est plus en mesure de les rembourser et la situation de quasi-faillite est avérée.

En résumé apparaît ici l'un des grands secrets du prétendu dynamisme américain : en pourcentage de leur PIB respectif, l’ensemble de la société américaine est 2,7 fois plus endetté que l’ensemble de la société française. Ce grand secret, les medias et les responsables politiques se sont bien gardés de le dire aux Français, pendant toutes ces longues années où ils ne cessaient de leur donner les Etats-Unis en modèle, tout en osant au même moment les culpabiliser sur l’endettement des seuls pouvoirs publics français !

CONCLUSION : LES ETATS-UNIS, EN QUASI-FAILLITE, CREUSENT LEURS DEFICITS PUBLICS POUR ESSAYER DE S’EN SORTIR

En conclusion, l’UPR propose aux Français de retenir des événements les enseignements essentiels suivants :

1. Ce n’est pas la France mais les Etats-Unis qui sont en situation de quasi-faillite. Car les Etats-Unis sont en moyenne 2,7 fois plus endettés, au prorata de leur PIB, que ne l’est la France et cette situation n’est financièrement plus viable. Contrairement aux responsables français qui semblent soudain découvrir le problème, c'est un constat que l’UPR a fait depuis sa création puisqu’il figure en toutes lettres dans notre Charte fondatrice du 25 mars 2007 (page 2).

2. Cette quasi-faillite américaine ne découle pas du surendettement de l’Etat américain mais du surendettement privé, qu'il soit celui des ménages ou des entreprises.

3. Pour tenter de remédier à une situation devenue catastrophique, les autorités américaines aux abois en sont réduites, comme toujours en pareil cas, à se retourner vers l’Etat, c'est-à-dire vers la collectivité nationale, que les économistes qualifient souvent de l’intéressante expression de"prêteur en dernier ressort". En l’espace de quelques semaines, l’économie américaine est ainsi devenue l’une des principales économies socialistes du monde, si l'on veut bien réduire cet adjectif à son acception d’intervention publique dans l’économie : de fait, les 4 plus grandes institutions financières américaines (Fannie Mae, Freddy Mac, AIG et Washington Mutual) ont été de facto nationalisées.

4. Les événements en cours aux Etats-Unis montrent ainsi l’imbécillité et le parti-pris de la pensée ultra-libérale dont le seul credo est de faire de l’Etat l’ennemi à abattre. Plutôt que de surveiller fiévreusement et idéologiquement le seul endettement public – comme nous en font obligation les stupides critères de Maastricht -, les Etats devraient surveiller l’ensemble des endettements de tous les agents économiques. Et plus particulièrement ceux des ménages et ceux des entreprises, car toute l’expérience historique – de nouveau d’actualité -montre qu’ils sont en général beaucoup plus portés aux excès que l’endettement public.

En conclusion, les événements en cours justifient pleinement la position constante de l’UPR, qui nous a valu bien des quolibets et qui nous vaut maintenant bien des ralliements. Les donneurs de leçons bruxellois et leur modèle d’outre-Atlantique ont plongé la France dans une stratégie suicidaire, que ce soit du point de vue financier, économique, industriel et social, sans parler de l’aspect profondément immoral, et humainement abject, du monde d’escroquerie et de pacotille véhiculé par l’ultra-libéralisme.

La France doit donc cesser de suivre ces mauvais apôtres et reconquérir sa souveraineté économique et financière pour décider librement du niveau d’intervention étatique dont notre pays a besoin. C'est le seul moyen de sortir la France du marasme, et nous devons impérativement laisser les critères de Maastricht aux nigauds ou aux imposteurs qui voient toujours la paille dans l’œil de l’Etat, mais qui se refusent à la voir dans celui des acteurs privés.

Ce ne sont certes pas les responsables qui ont failli qui doivent continuer à nous intimider pour nous dire ce qui est bon pour la France.




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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 23:06


Par Fabrice Letailleur


Devant un aréopage de militants de l’UMP et de plusieurs de ses ministres, Nicolas Sarkozy a tenté lors d’un meeting à Toulon de faire passer un message aux Français, qui pourrait être le suivant : « Ne vous inquiétez pas je suis là pour vous protéger contre le capitalisme déréglementé et ses excès ».

Pour annoncer juste après, comme un aveu d’impuissance, que cette crise financière aura des conséquences sur la croissance, le pouvoir d’achat et le chômage.

Nous devons réformer le capitalisme et en maîtriser les errements. C’est de cette manière qu’il a tenté de se dédouaner sur les banques, les régulateurs, les spéculateurs, pour tenter de nous expliquer qu’il n’était pour rien dans la détérioration de l’économie mondiale et qu’il fallait avoir confiance en l’avenir.

Nicolas Sarkozy a demandé à ce que les coupables soient sanctionnés, mais les coupables ne sont-ils pas les Gouvernements donc les politiques qui ont laissé faire un système financier sans garde fou déstabiliser l’économie mondiale ?

Il est facile de chercher des boucs émissaires, alors que les politiques ont facilité les échanges mondiaux en dérégulant massivement, et en cela, ont permis aux multinationales de réguler à leur façon nos économies.

Le système bancaire américain serait en quelque sorte le seul responsable de cette crise, alors qu’il n’a jamais cessé de vanter le système libéral américain, seul moyen pour lui de créer des richesses, en prônant l’initiative individuelle.

Le seul problème, c’est que Nicolas Sarkozy est allé beaucoup trop loin dans son soutien à l’économie libérale et à son bras séculier la finance internationale, pour que nous puissions apporter un quelconque crédit à ce discours de circonstance.

En réalité, sa politique de rupture n’a fait que renforcer la destruction de notre secteur public et de notre appareil productif, dans tous ces aspects. Le désengagement de l’Etat est réaffirmé.

Lors sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy appelait à libérer les énergies, récompenser la France du travail contre celle qui reste chez elle. Avec Nicolas Sarkozy tout allait devenir possible. Le résultat est pitoyable en 18 mois de présidence.

Au lieu de soutenir la demande, il a opté pour une politique de l’offre, en baissant les impôts pour les plus aisés avec le bouclier fiscal, alors que notre pays connaissait déjà un déficit public abyssal.

Cette mesure n’a nullement relancé notre économie, mais bien au contraire, a accentué les inégalités tout en permettant aux riches de continuer à épargner davantage, au lieu d’investir dans notre appareil productif.

Il aurait fallu engager une politique de relance par l’investissement publique pour relancer l’activité. Tout le contraire a été fait, ce qui a réduit à néant toute marge de manœuvre de l’Etat pour offrir des perspectives de développement et de croissance à notre appareil productif.

Ne nous méprenons pas, le discours quelque peu gauchisant de Sarkozy ne doit pas faire illusion. Comme tout homme politique, il essaye de s’adapter à la conjoncture présente et tente de faire croire, qu’il pourrait avoir changé sa vision de la société.

Il a déclaré que l’Etat garantirait les avoirs déposés par nos concitoyens dans les banques françaises. Cette protection existe déjà et n’est nullement une initiative nouvelle. Pense-t-il avec cette information qui n’en est pas une rassurer pour autant, les épargnants, les consommateurs et les salariés que nous sommes ?

Il a même appelé à réformer le capitalisme, rien que cela. Il faut dire qu’il avait aussi déclaré il y a, quelques mois, qu’il irait chercher la croissance avec les dents.

L’on voit où mène les slogans, la plupart du temps, dans l’impasse. Ce qu’il n’a pas dit par contre, c’est que la France des propriétaires qu’il appelait encore une fois de ses vœux dans ces nombreuses interventions démagogiques, allait connaître les mois prochains des jours difficiles, avec la baisse de l’immobilier.

Cette chute de l’immobilier est en partie causée par le resserrement du crédit et de l’augmentation inéluctable des taux d’intérêt, du fait de la grave crise financière qui touche l’ensemble du secteur bancaire international.

Quant au logement social, la Confédération Nationale du Logement (CNL) a fustigé la loi que va présenter Christine Boutin le 14 octobre 2008 au Sénat, en annonçant que celle-ci allait aggraver de manière brutale la situation des organismes HLM d’une part mais aussi et surtout celles des familles.

Ce qu’il n’a pas dit encore, c’est que l’absence de croissance entrainerait une diminution des investissements, donc de la création d’emplois nouveaux, car dans les faits, nous sommes rentrés en récession.

Il s’annonce pour les mois à venir, des plans de licenciements dans tous les secteurs de notre économie avec son lot d’exclusion et d’augmentation de la misère.

En au deuxième trimestre 2008, 35 000 postes de travail ont disparu dans le secteur marchand, soit un recul de 0,2 %, selon le régime d’assurance-chômage. Le chiffre est quasi similaire pour l’Insee avec 0,1 % de baisse.

Les derniers chiffres du chômage sont là pour l’attester. Il a été annoncé par le secrétaire à l’emploi, Laurent Wauquiez, entre 30 à 40 000 suppressions d’emploi en août 2008, ce qui serait le plus mauvais chiffre mensuel depuis 1993.

Malheureusement la mise en place du RSA ne suffira pas à réduire les poches de pauvreté, car bon nombre d’économistes pensent que ce système généreux en soi, risque de voir se développer des emplois précaires, comme dans les pays anglo-saxons.

Revenons à la crise du système financier. Nicolas Sarkozy a demandé à une réforme du contrôle des banques et un renforcement de la réglementation et des règles prudentielles devant conduire à une meilleure maitrise des liquidités déposées par les clients dans le système bancaire.

Or, il existe déjà aujourd’hui une réglementation stricte (ratio cooke, Bâle I et Bâle II), dont il est intéressant d’en rappeler ci-dessous les objectifs :

Les normes Bâle II (le Nouvel Accord de Bâle) constituent un dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires et principalement le risque de crédit ou de contrepartie et les exigences en fonds propres. Ces directives ont été préparées depuis 1988 par le Comité de Bâle, sous l’égide de la « banque centrale des banques centrales » : la Banque des Règlements Internationaux et ont abouti à la publication de la Directive CRD.

Les normes de Bâle II devraient remplacer les normes mises en place par Bâle I en 1988 et visent notamment à la mise en place du ratio McDonough destiné à remplacer le ratio Cooke.

Suivant le même canevas, de nouvelles normes Solvabilité II sont en cours de discussion pour les sociétés d’assurances et de réassurance. Toutes ces règles prudentielles n’ont en aucune façon empêchées le krach financier le plus grave depuis 1929.

Le plus étonnant, c’est qu’aucune allusion n’a été faite par Nicolas Sarkozy sur des mesures qui pourraient prises au niveau européen, pour faire face à cette crise mondiale. Il est impératif que l’Europe se dote de règles communes pour protéger ses intérêts et impose une réforme du système bancaire avec un régulateur commun aux 27 pays membres.

Aucun responsable politique à l’échelle mondiale, n’ose remettre en cause aujourd’hui les paradis fiscaux, qui sont la résultante d’un système capitaliste dévoyé sans éthique et sans morale, même si Nicolas Sarkozy l’a évoqué lors de son discours à Toulon.

Si nous n’interdisons pas les paradis fiscaux, où l’on y retrouve au travers de sociétés écran, les états, les banques et la mafia internationale, rien n’empêchera le capitalisme de causer les ravages dans l’économie réelle, tout cela pour un gain à court terme au profit de financiers véreux, loin de servir l’intérêt général.

Si nous ne mettons pas en place une gouvernance mondiale avec des objectifs précis, donnant aux intervenants financiers une mission devant servir l’intérêt général au lieu de servir en priorité les intérêts particuliers, nous continuerons à connaître des crises comme celle qui nous vivons. Comme par hasard, nous n’entendons plus dans la classe politique la mise en place de fonds pension à la française qui auraient dû d’après certains économistes libéraux, sauvegarder notre système de retraite. Et pour cause, avec la crise actuelle, il faut mieux ne pas relancer le débat.

Si cette crise n’avait pas révélé au grand jour la dérive du système capitaliste, bon nombre de nos concitoyens seraient aujourd’hui dans une situation de plus grande fragilité.

Après nous avoir présenté cette crise financière, comme ayant directement des conséquences sur l’économie réelle, il a osé réaffirmer qu’il fallait continuer ses réformes libérales.

Il a confirmé qu’il continuerait à réduire le nombre de fonctionnaires, à diminuer notre protection sociale (ex : franchises médicales), déréglementer le marché du travail, autant de décisions, qui risquent d’aggraver plus encore la condition de vie des salariés et des retraités de ce pays.

Il veut imposer la privatisation de la Poste. Il veut réformer l’hôpital en voulant imposer des normes de gestion comme dans le privé, dont l’issue aura pour conséquence de désorganiser en profondeur notre système de santé.

La dernière trouvaille, qu’il a mis en avant, c’est de diminuer le nombre d’échelons territoriaux. Cette réforme n’est pas sans arrière pensée politique, car c’est une façon de réduire sensiblement l’influence de la Gauche qui contrôle majoritairement ces instances intermédiaires de notre organisation démocratique à l’échelon locale.

Pour autant, la gauche n’est pas exempte de responsabilité dans la crise actuelle. Il suffit de rappeler que nous avons dans deux institutions internationales des socialistes français (Dominique Strauss Kahn au FMI et Pascal LAMY directeur de l’OMC).

Qu’ont-ils fait pour combattre la dérive dangereuse du capitalisme financier, dont beaucoup de nos concitoyens, même néophytes, avaient pressenti les événements actuels ?

La Gauche devrait réaffirmer avec force ses valeurs de gauche, au lieu de se chercher un leader social démocrate ou pas.

Ce dont nous avons besoin c’est une politique d’alternance au sarkozysme. Mais aujourd’hui, la gauche n’offre à ce jour aucune perspective permettant d’espérer en l’avenir. La crise est loin d’être finie et n’en est peut être qu’à son début. Personne ne sait si les mesures qui vont être prises par les Autorités américaines pour restaurer le fonctionnement de son système bancaire, seront suffisantes pour rassurer les investisseurs.

Plusieurs grandes banques centrales ont annoncé vendredi l’extension de leurs accords de "swap" pour apaiser les tensions" sur les marchés financiers, selon un communiqué de la Banque centrale européenne (BCE).

Toutefois, les Bourses reprenaient leur glissade vendredi matin en Europe et en Asie, la fermeture de la banque américaine Washington Mutual donnant aux investisseurs de nouvelles raisons d’inquiétude, alors que le plan de sauvetage du secteur financier n’est toujours pas adopté.

En effet, le sauvetage du système bancaire américain est resté en plan. Mais les discussions continuent avec les congressistes pour trouver une solution à la proposition émise par l’Administration Bush d’injecter 700 milliards de dollars dans le système bancaire.

Personne ne peut prédire, ce qu’il pourrait advenir des économies des pays émergents.

On dit que l’histoire ne se répète jamais mais cette crise qui a des similitudes avec celle de 1929. La crise de 1929 avait entrainé une récession de 10 ans et s’était terminée par la deuxième guerre mondiale.

Nos dirigeants auront –t-ils la sagesse de nous éviter cette issue, j’ose l’espérer.

Riposte Laïque

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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