Culture et mémoire républicaine

 

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 22:26

Par Anne-Cécile Robert


Crise financière ou guerre du Caucase, le politologue Alain Duhamel a trouvé la cause de tous nos maux : le « souverainisme » (Libération, 11 septembre 2008). « Myopes », les « souverainistes » professeraient le repli frileux derrière les frontières nationales à coup de « contre-vérités », de « fantasmes » et de « mensonges éhontés ». Pour Duhamel, l’heure est grave car « depuis plusieurs années, les souverainistes n’ont cessé de marquer des points ». Leur plus terrible forfait : l’échec du traité constitutionnel européen qui explique la paralysie de l’Europe face à la crise économique.

Mais qui sont ces souverainistes ? Depuis quelques années, ce mot émaillent les babillages médiatiques, le plus souvent de manière négative. Pour la très (très) inégale « encyclopédie » d’Internet wikipedia, les corrélats du mot sont ainsi un mélange qui sent, à quelques exceptions près, le musée des horreurs : chauvinisme, revanchisme, irrédentisme, ethnocentrisme, communautarisme identitaire, nationalisme ethnique, etc. La presse conforme emploie souvent le mot « souverainisme » avec un autre repoussoir (le populisme) et, comme Duhamel, l’accole pêle-mêle à toute sorte de joyeusetés comme l’épuration ethnique dans les Balkans, la surévaluation de l’euro (si, si, c’est la faute aux souverainistes parce qu’ils empêchent l’Europe de se fédéraliser… ) ou… la perte d’influence de la France (cherchez l’erreur).

A lire ce flot d’images contradictoires et repoussantes, on reste évidemment confondus par l’indigence des analyses des politologues de cour et des journalistes à gages. La généalogie du mot, entré tout récemment dans les dictionnaires, met un peu de raison dans cette pluie d’anathèmes. Le mot souverainisme viendrait du Québec où il désigne le courant de pensée qui milite pour l’affirmation politique de cette province canadienne, voire pour obtenir son indépendance. En France, il est apparu plus récemment, lors du débat sur la ratification du traité de Maastricht en 1992. Bien sûr, il est chargé d’ambiguïté, mais d’autant plus qu’il n’est utilisé dans le débat public que comme repoussoir. Lever ces ambiguïtés impose de rappeler et critiquer les utilisations du terme. Ainsi, pour le député européen « souverainiste » Paul-Marie Coûteaux (Le Monde, 23 mars 2000), ce terme allie la souveraineté populaire et la souveraineté nationale comme « instrument d'action collective dans les vastes filets de la mondialisation ». Il le relie à la recherche du « Bien Commun qui s'appela longtemps Respublica et qui se nomme aujourd'hui la République.» Si ces phrases peuvent sonner doux en elles-mêmes à des oreilles républicaines, elles sont trop souvent utilisées par des groupes ou des personnages qui sont bien éloignés des principes républicains !

Ainsi, « souverainisme » fonctionne comme un écran de fumée qui nous éloigne de la réalité et Duhamel et Coûteaux se répondent dans des rôles trop convenus pour être honnêtes. En revanche, avec la référence à la construction européenne, la question qui fâche émerge. Dans nos démocraties post-modernes, qui est le souverain ? A qui appartient la légitimité politique ? Duhamel fait régner la plus épaisse confusion : pour lui, les commissaires européens « ne sont pas des technocrates sans légitimité démocratique » mais « des hommes politiques choisis par des gouvernements élus » (Libération, 11 septembre 2008). La démocratie, pour lui, ce n’est pas compliqué finalement puisqu’il est tout à fait normal d’être gouverné par des gens qu’on n’a jamais vus, désignés par un aréopage de ministres qu’on n’a pas élu après des discussions dont on ne sait rien.

Souverainisme : sommes-nous obligés de reprendre à notre compte un mot aussi chargé d’ambiguïtés et dont nos ennemis se servent plus que nous ? Pourquoi reprendre des concepts écrans qui nous empêchent de poser avec netteté les termes du débat ? Pourquoi ne pas parler clairement ? Qu’est-ce qu’un partisan de la souveraineté populaire ? C’est un démocrate, c’est un républicain. La République mérite que les citoyens se la réapproprient à l’heure où on piétine leurs libertés. C’est elle la grande empêcheuse de dominer en rond car elle rappelle une vérité bien gênante : nous sommes tous strictement égaux du point de vue politique et aucune assemblée d’experts, de commissaires européens ou de sages conseillers n’aura jamais la légitimité de prendre, sans l’aval des citoyens, la moindre décision.

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 22:47

Le 22 septembre 1792, la Convention nationale décréta que tous les actes publics seraient désormais datés à partir de l'an I de la République. Elle fixe ainsi traditionnellement à cette date le premier jour de la République française, le commencement de l"ère républicaine". Le 22 septembre marque aussi, par convention, le premier jour de l'année du calendrier républicain.

C'est ainsi que nous entrons aujourd'hui dans l'an 217 de la République. Bien plus que du simple folklore, se rappeler de ce 22 septembre, c'est se rappeler au bon souvenir de la République. C'est se remémorer le sacrifice de ses fondateurs - et de tous leurs continuateurs -, mais aussi et surtout rappeler à qui veut l'entendre l'actualité de son idéal, idéal souillée et trahie aujourd'hui par ceux qui prétendent incarner la République.

Chaque jour qui passe dans ce pays est un recul pour la République. Et pourtant, chaque jour qui passe montre la faillite des idéologies libérales et mondialistes. La semaine dernière même, le nouvel effondrement des marchés financiers a bien montré toute l'inefficacité et toute la dangerosité du moins d'Etat, du laisser-faire libéral. Qu'on se le dise, il n'y a pas ici que des banques qui ont fait faillite, il y a aussi et surtout le libéralisme. Ce libéralisme dont les élites mondiales nous vantaient pourtant les vertus depuis des décennies. Et que l'Europe du Traité de Lisbonne entend faire perdurer, sourd à la démocratie comme à la réalité économique.

Il y a un là un boulevard pour tous ceux qui veulent pour la France et la planète un autre modèle de développement. Un modèle de développement refusant le dogmatisme en matière économique, la loi de la jungle et la primauté des intérêts particuliers. Un modèle de développement où l'Etat tient une grande place, garantissant le bien commun, la justice, et donnant à chacun les moyens de son existence et de son élévation dans la société.

En somme, un modèle de développement républicain. Un modèle républicain qui est plus que jamais à même d'apparaître comme l'alternative crédible à ce libéralisme sans foi ni loi.


Il ne tient qu'aux républicains et à tous les véritables progressistes d'accomplir cette révolution nécessaire.

Leur union est indispensable. Tout autant que l'engagement de ces forces dans la bataille idéologique, bataille sans laquelle celles des urnes est perdue d'avance.

C'est dans cette bataille pour le réveil des consciences citoyennes et de l'esprit républicain que ce journal entend s'engager le plus fermement possible.

Porter haut et fort l'esprit républicain, voilà mon but. Voilà ce qui doit être notre but.

"L'esprit républicain", ainsi sera le nouveau titre de ce journal. J'ai jugé qu'il était le plus simple,  le plus fédérateur et le meilleur reflet de la philosophie et de l'engagement de ce journal. Voilà qui n'était guère simple à trouver... Qui plus est, c'était celui qui apparemment emporter le plus vos suffrages.
Encore une fois un grand merci à tous ceux qui m'ont soutenu dans cette
mésaventure et aidé dans la recherche d'un nouveau titre !
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Published by le Citoyen Thimèle - dans Editoriaux
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