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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 22:20

Le Parlement réuni en Congrès a approuvé, à une voix près, la "réforme" des institutions voulue par le Président Sarkozy. Ce dernier s'en est réjoui, sans la moindre retenue. Non pas d'apprendre que Jack Lang et une grande partie des "radicaux de gauche" avaient tourné le dos à leur ambition de "Sixième République" et avaient officiellement rejoint la clique véreuse et anti-républicaine. Mais parce que c'est "la démocratie qui a gagné" a-t-il proclamé, fier comme jamais. Il a ajouté, qu'avec celle-ci, la France pourra enfin être une "démocratie irréprochable", telle qu'il l'avait promis durant sa campagne ! Rachida Dati s'est même enthousiasmé du fait que les citoyens auront plus de pouvoir. Trop mignons. On en oublierait presque ce qui s'est passé
début février dans ce même château de Versailles.

Que du bonheur donc. Mais que du bonheur. Grâce à la volonté de notre Roi et de nos parlementaires éclairés, une démocratie pleine et véritable, enviée de part le monde, est sur les rails. J'en aurai presque les larmes aux yeux. C'est tellement beau. Chapeau les artistes...


Chapeau, messieurs, mesdames, de faire passer pour réforme démocratique une "réforme" dont les contours ont été décidé et voté en haut lieu, sans le moindre débat public, sans consultation populaire ! Sans compter les magouilles qui ont été opérées pour rallier les votes de parlementaires récalcitrants...

Chapeau, messieurs, mesdames, de faire passer pour réforme démocratique une "réforme" qui n'apporte aucune solution à la grave crise démocratique que subit notre pays ! Rien pour que le Parlement échappe à la dictature des deux partis uniques, et puisse être représentative de l'ensemble des Français et des courants d'opinions. Rien pour mettre fin au diktat bruxellois qui condamne les dirigeants et parlementaires français à n'être que exécutants, et les Français des sujets dociles. Rien non plus pour garantir le pluralisme des médias, nécessaire à toute démocratie digne de ce nom. Ensemble de mesures salutaires qui devraient être prises et sans lesquelles aujourd'hui les apports un tant soit peu positifs de la révision actuelle n'auront jamais aucune réalité... Pensons à ce soi-disant référendum "d'initiative populaire" qui est en fait un référendum d'initiative strictement PARLEMENTAIRE !

Chapeau, messieurs, mesdames, de faire passer pour réforme démocratique une "réforme" dont des dispositions désastreuses visent à attenter gravement à la séparation des pouvoirs (possibilité pour le Président de venir s'exprimer devant le Congrès, sans le moindre vote derrière - véritable lit de justice des temps modernes), à l'unité de la République (intrusion des langues régionales) et à la démocratie tout court (abandon du référendum obligatoire pour toute nouvelle adhésion à l'Union Européenne).

Chapeau les artistes pour avoir réussi à faire avaler ça aux Français !
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Published by le Citoyen Thimèle - dans Démocratie & Institutions
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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 13:20

Par Christian Gineste


L’ère des conflits idéologiques est révolue : telle était, du moins, la thèse défendue par Francis Fukuyama dans son ouvrage le plus célèbre, The End of History and the Last Man. Au lendemain de la Guerre Froide, le libéralisme s’est en effet imposé comme l’unique idéologie capable de structurer l’ensemble de l’ordre social : les principes libéraux, tels que la valorisation de la sphère privée ou la promotion de l’individualisme, ont triomphé de toute conception holiste de la société. Pour autant, la montée des droites extrêmes — qui s’est manifestée en Autriche par la mise en place d’une coalition entre l’ÖVP et le FPÖ de Jorg Haider, en France par l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002 et en Italie par la participation de la Ligue du Nord au gouvernement Berlusconi III — semble traduire le malaise des citoyens face à l’avènement d’une société ultralibérale. Le rejet de l’autre, prôné par les leaders charismatiques d’extrême droite, doit avant tout être interprété comme la volonté de reforger une identité collective : en d’autres termes, la désignation d’un ennemi intérieur — en l’occurrence, l’immigré — apparaît comme un remède à l’actuel délitement du lien social.

L’extrémisme constituerait-il l’unique alternative à l’ordre néolibéral ? C’est en effet le sentiment que peuvent éprouver certains citoyens qui, constatant l’actuelle convergence des doctrines socialiste et libérale, ne croient plus en la capacité de la gauche réformiste à proposer un nouveau modèle de société. Ce brouillage idéologique a pour effet de nourrir la méfiance des électeurs à l’égard de la classe politique : le clivage gauche-droite, dont la prégnance est de plus en plus remise en cause, tend à s’atténuer au profit du clivage peuple-élites. Telle est la raison pour laquelle les partis extrémistes ont fait de l’anti-élitisme l’un des piliers centraux de leurs discours électoraux. Ainsi, en dénonçant la collusion entre partis socio-démocrates et libéraux, les extrêmes sont parvenus à consolider leur assise, notamment auprès des catégories populaires, traditionnellement acquises à la gauche.

Point n’est besoin de rappeler la menace que ces partis extrémistes représentent pour la démocratie. En France, les propos tenus par Jean-Marie Le Pen, notamment au sujet du génocide juif, ne laissent aucun doute quant à l’hostilité de l’extrême-droite aux droits inaliénables de la personne humaine. De l’autre côté de l’échiquier politique, Olivier Besancenot, dont le poids électoral pourrait être renforcé par la création d’un Nouveau parti antilibéral, se refuse à abandonner toute référence au projet révolutionnaire. Dès lors, il semblerait que la remise en cause de l’ordre libéral aille nécessairement de pair avec la dilapidation des acquis démocratiques.

- Pourtant, être républicain aujourd’hui, c’est chercher à concilier cette remise en cause de l’ordre néolibéral avec la promotion de l’idéal démocratique : celui-ci doit être fondé sur le respect des droits individuels et sur la participation active des citoyens à la vie publique. La politique étant par essence le lieu du conflit et de la distinction entre l’ami et l’ennemi, le républicain se doit de dénoncer les manœuvres par lesquelles les élites parviennent à usurper la souveraineté populaire et à consolider l’ordre libéral. Un simple exemple permettra de clarifier nos propos : le traité de Lisbonne, durement critiqué par les partis d’extême droite comme par ceux d’extrême gauche, a fait l’objet d’une ratification parlementaire peu soucieuse du respect de la souveraineté du peuple français. D’aucuns ne manqueront pas de souligner ici que le Président Nicolas Sarkozy, élu démocratiquement par la majorité des citoyens, avait fait de ce traité modificatif l’une de ses promesses de campagne. Mais l’élection d’un représentant signifie-t-elle que les citoyens adhèrent à l’ensemble des propositions formulées par ce dernier ? Il est permis d’en douter.

- En effet, être républicain, c’est avoir le courage de reconnaître que les citoyens, désormais plus instruits grâce à l’élévation du niveau d’études et mieux informés grâce à l’essor des nouveaux médias, sont en mesure de participer eux-mêmes à la délibération publique. Il ne s’agit pas de nier le rôle et la responsabilité essentielle des représentants : ces derniers doivent seulement prendre conscience de la nécessité d’associer de manière plus étroite les citoyens au processus décisionnel. Le rôle des représentants consiste également à encadrer la souveraineté populaire afin que celle-ci ne puisse en aucun cas constituer une menace pour les libertés individuelles : au sein d’une société plurielle, nul citoyen ne doit craindre d’être persécuté en raison de ses convictions, de ses croyances ou de son identité.

- Etre républicain, c’est enfin promouvoir une autre vision de l’individu et de son rapport à la société. Comment repenser le lien social ? Comment définir une nouvelle identité collective, dénuée de toute référence au nationalisme et à l’exclusion de l’altérité ? Telles sont les questions auxquelles le républicain doit aujourd’hui apporter des réponses concrètes. En condamnant l’individualisme et en prônant l’émergence d’une nouvelle communauté politique, soudée par l’adhésion aux valeurs de la démocratie, les républicains pourraient enfin offrir un contre-modèle de société, à la fois moderne et antilibéral. Encore faut-il faire en sorte que ces derniers surmontent leurs divergences et saisissent l’opportunité historique qui se présente à eux : à l’heure où la crise de la représentation politique touche la plupart des pays européens, la construction d’un nouveau modèle démocratique devient, sinon un devoir, du moins, une nécessité.

Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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