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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 01:09


Par Laurent Dauré & Dominique Guillemin


Le 12 juin, le peuple irlandais a rejeté le traité de Lisbonne par 53,4 % des voix. Sa Constitution l’obligeant à organiser un référendum, l’Irlande fut le seul pays de l’Union où purent s’exprimer les enjeux du processus d’intégration à l’œuvre malgré l’échec du traité constitutionnel européen en 2005.

Le Non irlandais ne doit pas être interprété comme un refus isolé, il s’inscrit au contraire dans la continuité des Non français et néerlandais. Les aveux de nombreuses personnalités européennes en attestent. Valéry Giscard d’Estaing, architecte en chef de la Constitution, avait lui-même affirmé que le « mini-traité » a le même contenu que le texte précédent. Ainsi : « La substance de la Constitution est maintenue. C’est un fait », comme l’avoue Angela Merkel.

Pour la troisième fois un peuple européen repousse une vision présentée comme incontournable. Malgré leur fameuse « pédagogie », les élites européennes peineraient encore à convaincre ? Ne serait-il pas temps qu’elles prennent acte de cette fin de non-recevoir pour redéfinir le projet européen ? Mais ceci nécessiterait un véritable débat qu’elles n’ont aucunement l’intention d’ouvrir, les dirigeants de l’UE restant sourds à toute proposition alternative. L’acharnement dogmatique dont ils font preuve pour imposer leurs vues en contournant les peuples réticents jette rétrospectivement un voile de suspicion sur les étapes précédentes de l’intégration européenne. Car, après tout, comme l’a dit José-Manuel Barroso : « Si on avait organisé un référendum sur la création de la Communauté européenne, ou sur l’euro, vous croyez vraiment que ce serait passé ? »

Si l’’Europe est « dans l’impasse », c’est qu’elle n’envisage qu’’une seule voie ; si elle est « en crise », c’’est qu’elle souffre de schizophrénie. En effet, comment pourrait-elle concilier les vertus démocratiques dont elle se prévaut tout en niant la souveraineté des peuples qui en sont la source ? La seule solution que les européistes consentent à apporter à leurs échecs est toujours « plus d’’Europe ». En 2005, l’onction de la légitimité populaire paraissant acquise, les citoyens européens furent abondamment informés du projet qu’on leur soumettait ; en 2008, le traité de Lisbonne ressuscita la Constitution Giscard en la camouflant sous une forme quasi illisible. Avant même le résultat du vote irlandais, les députés européens rejetèrent par 499 voix contre 129 un amendement déposé par la Gauche unitaire européenne demandant que le Parlement « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais ». En bon droit communautaire, un traité doit être accepté à l’unanimité des États membres pour pouvoir entrer en vigueur, pourtant l’Union européenne considère ce principe comme obsolète, plaçant sa propre légitimité au-dessus de celle des nations qui la composent, des nations reléguées au statut de vestiges archaïques dont il convient de se débarrasser.

Aussi faut-il s’attendre aux mêmes supercheries après le Non irlandais. On y réfléchissait à Bruxelles avant même que la date du référendum ne soit fixée. Si cette fois-ci il semble peu probable que l’on fasse voter à nouveau les Irlandais (comme pour le traité de Nice), plusieurs dirigeants européens suggèrent carrément de poursuivre le processus de ratification comme si de rien n’était ; on envisage également un aménagement du traité sur le modèle anglais et polonais et même un isolement pur et simple de l’Irlande, qui se retrouverait ainsi écartée de l’’Europe « normalisée ». La « petite » Irlande ingrate de surcroît — ne pouvant pas décemment s’opposer à la construction européenne.

Une épaisse confusion règne sur la notion de souveraineté, notion qui semble déjà caduque quand il s’agit des nations et qui reste illégitime quand elle émane du « premier empire non impérial » (José-Manuel Barroso). Paradoxe pour paradoxe, pourquoi ne pas parler aussi de première démocratie non démocratique ?

Comment envisager dans ce contexte la présidence française de l’UE à partir du 1er juillet ? Celle-ci, longuement préparée et attendue par Nicolas Sarkozy, devait entériner « le retour de la France dans l’Europe ». Anticipant l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne le 1er janvier 2009, le Président souhaitait relancer de grands chantiers européens. Devra-t-il tempérer ces ambitions pour ne gérer qu’une nouvelle période de crise et d’attente ou saura-t-il se saisir de cette occasion, appliquant le volontarisme politique qu’il a si souvent prôné, pour sortir l’Europe de la seule véritable impasse dans laquelle elle s’est mise, celle d’’un projet coupé de l’’intérêt des peuples et des nations ? On peut en douter, mais alors le projet européen achèvera de perdre toute crédibilité démocratique.

Jusqu’alors les européistes ont systématiquement assimilé l’Union européenne au Bien en soi, ce Bien n’étant ni contestable ni négociable. C’est ainsi qu’ils défendent l’idée d’une Europe octroyée par le haut, à la manière de ce « despotisme éclairé » dont parlait fièrement Jacques Delors. C’est cette même Europe que viennent de refuser les Irlandais.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Traité de Lisbonne
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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 21:26


Il fallait s'y attendre. Une semaine après le « NON » irlandais au Traité de Lisbonne, l'Europe totalitaire a repris ses bonnes habitudes. Pas question, évidemment, de se coucher devant un non-événement, une simple crise d'enfants qui ne savent pas ce qui est bon pour eux. Les sages européistes, les dirigeants de cette Europe qui donne des leçons de démocratie et d'humanisme à la Terre entière, préconisent ainsi ni plus ni moins que de refaire voter les Irlandais. Au motif déclaré que ces derniers, qui ne représentent à peine 1% de la population européenne, ne peuvent pas décider à la place des 99% autres. Et au motif non déclaré que les Irlandais n'ont pas bien compris à quel point ce traité allait dans leur intérêt. Par contre, promis, on va prendre en compte l’opinion des peuples ! Si, si !

 

C'est pile poil le jugement prononcé par l'ayatollah des européistes, Valéry Giscard d'Estaing. Il est selon lui « grotesque » de vouloir renégocier un nouveau traité ! Pourtant le droit européen est clair. Pour qu'un traité entre en vigueur – et qu’il existe en tant que tel, il faut qu'il ait obtenu l’accord unanime des Etats membres. Mais le droit, comme le peuple, ces messieurs le contournent comme ils le veulent. Le bien supérieur de l'« Euroooope » vaut bien toutes les transgressions possibles et imaginables.

 

Evidemment, Valéry, quand il parle à la populace ignorante, ne parle pas de manière sec et cynique. En tant qu'ancien Président de la République, il sait user de diplomatie.

 

Ainsi, le sermon euro-moralisateur qu’il a colporté cette semaine commence par un hypocrite respect du vote. « Les Irlandais avaient le droit de répondre non ». Tout à fait, comme disait Coluche, « la dictature c'est ferme ta gueule, et la démocratie c'est cause toujours ». Mieux encore, il explique ce non irlandais peut permettre un « retour aux sources démocratiques parce que l'Europe s'est éloignée depuis les années 90 des sources démocratiques, c'est-à-dire du fait que l'on consulte et que l'on décide avec les opinions publiques ». On croit rêver ! On va donc enfin faire une Europe démocratique ?!

 

Eh oui, eh oui. La preuve, Giscard la donne sans attendre. « Le traité de Lisbonne n'est pas mort ». Il est « indispensable que les Irlandais revotent » explique-t-il. Les Irlandais vont pouvoir revoter ! Vaut évidemment mieux qu'on soit sûr du vote des Irlandais. C'est cela l'exigence de démocratie, coco ! Et comme ils sont ignorants, on fera autant de scrutins qu'il faudra pour qu'ils votent bien. Parce qu' « ils ont tort », ose-t-il affirmer. « Le traité de Lisbonne donne davantage de garanties qu’aujourd’hui » poursuit-il. Heureusement que des gens bien intelligents sont là pour rattraper les erreurs du peuple. C'est toujours cela, la grandeur de la démocratie, coco !

 

Conclusion : non content de nous piétiner, la clique européiste, de Giscard à Jouyet, en passant par Barroso et Juncker, se foutent royalement de notre tête. Faire mine de reconnaître et vouloir combler le « déficit » démocratique de l’Europe tout en maintenant leur ligne totalitaire, c’est fort ! Quand est-ce que les peuples européens vont se réveiller et envoyer une bonne fois pour toute tous ces guignols dans les poubelles de l’histoire ?!

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