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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 11:05

Par Ariel Weinberg




A Asnières, le maire Manuel Aeschlimann, Sarko Boy activiste revendiquant le statut de "laboratoire du sarkozysme" pour sa ville, développe des approches étonnantes sur le thème du communautarisme, outillées par des pratiques agressives de marketing politique. Il n'est donc pas inutile d'y faire un tour pour qui voudrait se faire une idée s'il fera bon ou mal vivre dans la "France d'Après" promise par Nicolas Sarkozy.

Examinons le tract, glané sur un site d'opposition à la majorité municipale UMP d'Asnières, de la campagne électorale pour les cantonales 2004, dans les quartiers nord d'Asnières à forte population immigrée ou d'origine maghrébine :

Titre : "Algérie, Maroc, Tunisie, et les autres… avec Patricia Chavinier" : le tract s'adresse à des électeurs – donc de la nationalité française et majeurs. Mais il les identifie avant tout par leur appartenance à une communauté extra-nationale, qu'il entend flatter.
Suit une litanie des actions de la municipalité en faveur de la "communauté" : "La future rénovation de la mosquée d'Asnières, la création d'un carré musulman au cimetière d'Asnières, … c'est à Manuel Aeschlimann que nous le devons".
Au verso, les témoignages d'allégeance et de reconnaissance fusent, signés "Amar", "Tarik", "Naima"…
Accompagné d'un tract supplémentaire d'allégeance de M. Bentebra, président du club de football local et intronisé en quelque sorte en "chef de la tribu" des électeurs de la "communauté".

A lui seul, il résume l'approche communautariste et ses possibles dérives :
Traitement différencié du citoyen vu comme une "cible" marketing : un discours différent est tenu selon l'appartenance ethnique, religieuse, l'âge, le sexe, etc. Gageons que ce tract ne fut pas diffusé dans les quartiers cossus d'Asnières, qui ressemblent plus à Neuilly qu'à Gennevilliers… La ville d'Asnières consacre d'ailleurs des moyens considérables à cette communication "ciblée" puisque, comme le relate Le Monde du 7 mars 2006, article "A Asnières, "il faut cibler chaque groupe"" :
""Rien de ce qui est groupe organisé sur Asnières ne m'est étranger", annonce fièrement Manuel Aeschlimann… Les critères plus classiques de l'âge et du sexe ont engendré pas moins de cinq publications mensuelles, éditées par la mairie et "envoyées nominativement" selon des "listes de diffusion propres à chaque support" : au généraliste Asnières infos s'ajoute Emploi du temps, pour les retraités, et Citadine, pour les femmes ; les jeunes reçoivent Passe l'info. Quant aux "petits Asniérois", ils peuvent lire un éditorial de leur maire dans Martin malin et Martin junior."
Relation clientéliste au citoyen : le politique ne vise plus à créer un espace commun, républicain, laïc, qui rassemble, au-delà des différences, autour de valeurs communes, tout en respectant les choix individuels de chacun, mais de satisfaire chaque groupe selon ses intérêts contradictoires, avec prime au plus fort. Il n'est plus le lieu du rassemblement, autour d'idées et de valeurs mais l'arène de la division et du morcellement, avec pour seul point de rassemblement le chef autocrate qui tient pour vassaux les chefs des communautés qui lui auront fait allégeance et qu'il récompense en retour. C'est ainsi que Manuel Aeschlimann théorise, au sein de l'UMP, la manière de "récupérer" l'électorat d'extrême-droite tout en "draguant" les communautés antillaises et maghrébines, par exemple dans Le Figaro du 7 juillet 2005, "Manuel Aeschlimann : L'homme qui renseigne le président de l'UMP" :
"Dans deux notes successives, il analyse la «volatilité» de l'électorat du FN et démontre - chiffres à l'appui - que «la moitié de l'électorat de Jean-Marie Le Pen est susceptible de voter pour Nicolas Sarkozy en 2007». «Petit à petit, le vote idéologique est remplacé par le vote sur enjeux, estime Manuel Aeschlimann. Et cela touche de plein fouet le FN, renchérit-il. On peut prendre des voix à la droite dure.» Dans le même esprit, l'élu local expérimente chez lui, à Asnières, ses propres méthodes. En 2002, il lance un conseil des communautés qui permet, dit-il, d'identifier les problèmes de chaque communauté et d'y répondre. «En trois ans, on a vu les courbes électorales s'infléchir. Les trois quarts de l'électorat antillais et les deux tiers des électeurs d'origine maghrébine votent maintenant pour l'UMP», assure-t-il, validant ainsi la vision «communautariste» défendue par le président de l'UMP. Dans une de ses notes, Manuel Aeschlimann écrit «qu'un vote sur enjeux induit inévitablement une stratégie électorale adaptée qui passe par des argumentaires ciblés»."

Ces approches de la politique, fondées sur une "proximité" et un "pragmatisme" auto-proclamés, au risque de la contradiction et de la dissolution de la communauté de valeurs, sont prises en défaut, par exemple, sur les points suivants :
L'utilisation détournée des fichiers électoraux : Manuel Aeschlimann le déclare sans détour au Figaro (cf. article ci-dessus) : "Sans état d'âme, il suggère carrément que l'UMP «récupère» les listes électorales afin de cibler les problèmes des électeurs". On imagine sans peine quelques agents municipaux de la ville d'Asnières, passant en revue les listes municipales afin d'y dénicher "Amar", "Tarik" et "Naima", supposés musulmans, en prévision d'une lettre "ciblée" annonçant le démarrage des travaux de la future mosquée en présence du Maire…
Les brimades des associations qui ne font pas allégeance : Le site www.asnierois.org rapporte, le 26 mars 2005 ("A Asnières j'ai retrouvé l'oeil de Moscou"), que les présidents des associations d'Asnières qui reçoivent une subvention de la ville auraient été "invités", lors d'un entretien en tête-à-tête avec l'adjoint délégué aux associations à livrer à la mairie les noms de leurs adhérents : quelle est la finalité de ce procédé illégal ? Probablement, compléter la cartographie de l'électorat asniérois en vue d'affiner la "stratégie marketing" de la Mairie ? Dans le même registre, L'Humanité du 8 novembre 2003, article "Asnières Les méthodes musclées du député maire UMP - Totalitarisme municipal" rapporte :
"AC !, le MRAP, le Planning familial, la JOC, la Ligue des droits de l'homme, Asnières quartier libre, Cité d'idées... de nombreuses associations qui travaillent dans les quartiers populaires du nord de la commune sont mises au ban : suppression de toute subvention, exclusion du forum annuel des associations, non accès aux salles municipales. La Conférence Saint-Vincent-de-Paul, association caritative locale liée à la paroisse, n'est guère mieux traitée…".
Le soutien au développement de lieux de cultes : Dans la rubrique "Mosquée" du site d'opposition www.asnierois.org, le feuilleton de l'aide de la Mairie à l'association al-Hidayah al-Islamya pour la construction d'une mosquée est relaté : l'opposition reproche à Manuel Aeschlimann :
1) de n'avoir communiqué sur le sujet que vis-à-vis des Asniérois d'origine musulmane au lieu d'une concertation avec tous (cf. le tract analysé en introduction)
2) d'avoir laissé outrepasser les règles d'urbanisme pour la construction de la mosquée en question (modification du POS)
3) d'aider financièrement cette association afin de contribuer, de manière détournée (car interdite par la loi de 1905 sur la laïcité), à la construction/agrandissement de la mosquée
4) et surtout, de la position ambiguë de l'association concernée : elle a financé en effet la publication à des milliers d'exemplaires d'une traduction française de l'ouvrage de Sayeb Qutb, "A l'ombre du Coran" - inspirateur des mouvements salafistes les plus radicaux et prônant des moyens de lutte tels que : terreur, martyre et propagande, pour une purification de l'islam... Dans un registre très différent, les conditions suspectes voire subreptices d'attribution d'un permis de construire pour une salle du royaume à destination de la communauté des témoins de Jehovah d'Asnières (cf. article "les trois miracles des témoins de Jehovah d'Asnières") sont rapportées : aucune communication aux habitants ou aux élus sur le sujet (sujet découvert, par hasard, un an après le dépôt du permis, par un élu d'opposition), apparente illégalité de certaines dispositions du permis, ...

Enfin, on ne peut clore cette visite du communautarisme de la "France d'Après" sans s'attarder sur les relations privilégiées qui semblent lier la mairie d'Asnières à la République Islamique d'Iran - dans la lignée des relations obscures qui semblent avoir existé de tout temps entre la droite dure française et les dictatures moyen-orientales (charles pasqua ou jean-marie le pen et l'Irak, par exemple). Le site Iran-resist avait déjà écrit sur le "lobbying pro-mollah à la mairie d'Asnières" en retraçant le parcours du directeur de cabinet d'origine iranienne de Manuel Aeschlimann, et l'organisation d'une manifestation à l'Hotel-de-Ville d'Asnières, en janvier 2005, lors de laquelle Manuel Aeschlimann remit la médaille d'or de la ville à l'ambassadeur de la république islamique d'Iran.

Francis Ramine Pourbagher, ancien président de la chambre de commerce France-Iran, est le directeur de cabinet et attaché parlementaire de Manuel Aeschlimann, lui-même membre du groupe d'amitié France-Iran à l'Assemblée Nationale. Jusque-là tout va bien. L'affaire n'aurait pas fait grand bruit si Francis Pourbagher n'avait pas - en pleine crise sur le nucléaire iranien sur fond de discours révisionniste et antisémite du président Ahmadinejad - manifesté son allégeance au régime iranien à la télévision publique iranienne en août 2005. Le fait que son frère soutienne officiellement la politique nucléaire du Président Ahmadinejad (cf. article paru fin 2005 dans la presse iranienne, tendance intégriste, "les français mettent à l'écart un directeur pour délit de soutien à Ahmadinejad") et que sa mère, résidant en Iran, écrive un article dans laquelle elle explique attendre "l'Holocauste de l'Occident" (cf. article paru fin 2005 dans la presse iranienne, tendance intégriste, "le sens de la démocratie occidentale, c'est l'holocauste") ajoutent certainement quelques piments au profil peu modéré de ce collaborateur. L'ironie de l'affaire, c'est que le député Aeschlimann a déclaré récemment sur France 3 (domaine public du 4 février) :

"J'ai [Manuel Aeschlimann] été le premier à les condamner publiquement [les mollahs au pouvoir en Iran] ... C'est une espèce de polémique lancée par une opposition en mal d'idée, qui considère que mon directeur de cabinet [Francis Pourbagher], sur le principe qu'il est iranien, est nécessairement en phase avec le système, ce qui n'est pas le cas puisque lui et sa famille se sont sauvés justement de l'Iran quand les mollahs sont arrivés".

Observatoire du Communautarisme

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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18 août 2006 5 18 /08 /août /2006 12:06

Par Nathanaël Uhl


Plus de dix jours d’émeutes, partout en France. Des voitures brûlées par milliers, des établissements publics, des entreprises, prises pour cible. La République en flammes. Mais est-ce bien la République a laquelle on s’en prend ? Et si c’était à l’absence de République que les « gueux » des temps modernes réagissaient ?

 

Depuis 1981 et les premières flambées de violences aux Minguettes et à Vaulx-en-Velin, les politiques de la Ville successives ont échoué. Au point que les penseurs autorisés parlent aujourd’hui « d’échec du modèle républicain d’intégration ». La belle affaire que voilà. A priori, on serait tenté de leur donner raison à ces fossoyeurs de l’idéal « liberté, égalité, fraternité ».

En effet, quand les émeutiers de 2005 s’en prennent aux gymnases, crèches, écoles, centres sociaux… ils visent les symboles de l’Etat, Etat pris au sens large du terme : de la municipalité aux administrations nationales. Bref, à ce qui représente, sensément, la solidarité collective. Ce faisant, ils dénoncent l’absence de cet Etat au plus près d’eux. Peut-on encore parler de République quand sa présence n’est guère plus assurée, trop souvent, que par la Police nationale de répression et par l’école ? Où sont passés l’ANPE, la Poste, EDF-GDF ? Quels moyens restent-ils aux éducateurs de proximité quand les budgets des mairies – qui sont les dernières collectivités à les employer – sont réduits à peau de chagrin au nom de la sacro-sainte « réduction des déficits publics » ? On pourrait – devrait – aussi parler de l’enclavement des quartiers dits « sensibles ». A Marseille, le métro ne circule plus entre le centre et les périphéries, à partir de 21h. C’est la ghettoïsation de facto qui s’installe, quand la liberté de mouvements est remise en cause.


Dans ce contexte, les associations apparaissent débordées, devant assumer la solidarité, l’éducation, la prévention, avec des moyens en baisse constante. Combien d’entre-elles ont dû supprimer des actions faute de subventions à la hauteur des enjeux ? Combien de programmes associatifs ont disparu depuis que les gouvernements Chirac successifs ont supprimé les emplois-jeunes ? Combien de bénévoles se retrouvent désemparés quand les subsides des collectivités, de l’Etat et même de l’Europe sont désormais distribués dans le cadre « d’appels à projet » et non plus pour assurer le fonctionnement au quotidien ?


La France « black blanc beur » est devenue un leurre pour journaux télévisés. La vraie France tricolore est celle de l’apartheid social. A Sevran, à Hautepierre (Strasbourg), dans les quartiers Nord de Marseille, au Mirail à Toulouse, blacks, blancs et beurs vivent la même absence de débouchés, la même violence sociale, le même désespoir. Et les feux qui marquent ces mêmes territoires en sont l’expression médiatique, quand tout a été dit et redit, des centaines de fois. Avec pour seules réponses qu’un ministre se fixe comme objectif de passer ces quartiers au « kärscher » pour en éliminer « la racaille ».

 
Aujourd’hui, dans cette crise économique, sociale et morale qui traverse notre pays, c’est bien le manque de service public, le manque de République, qui est en cause. La reconquête des banlieues est un objectif en soi pour la gauche dans ce pays, mais aussi pour tous les républicains. Certes, il faut condamner la violence ; certes, il faut renouer le dialogue ; certes, il faut en finir avec les communautarismes divers qui gangrènent les périphéries (géographiques, sociales, culturelles…) de l’hexagone.


Mais il faut aussi et surtout remettre au cœur de l’action le service public de proximité. Le service public de l’Emploi ne peut être dévolu aux seules missions locales, c’est l’ANPE renforcée qui est nécessaire. Avec aussi la présence de l’Assedic. Mais si le gouvernement à venir ne change pas de pied par rapport aux Zones franches urbaines, ce renforcement du service public de l’emploi ne servira pas à grand chose. Il faut donc conditionner aussi les exonérations de cotisations sociales aux entreprises à l’embauche effective de jeunes issus des quartiers dans lesquels elles s’installent.


Le service public de l’Education ne peut plus être assuré par l’école maternelle et primaire, plus rarement par le collège et, épisodiquement, par le lycée professionnel, avec le soutien d’associations de bonne volonté. Les Zones d’éducation prioritaires doivent recouvrer tout leur sens, avec des moyens financiers à la hauteur, avec vraiment 20 élèves par classes et les outils de pointe nécessaires. Le renforcement des équipes péri-éducatives se pose aussi comme un besoin bien réel. Le redécoupage de la carte scolaire s’impose aussi, à l’évidence ; mais il ne sera pas suffisant pour arriver à l’objectif de mixité social tant que les moyens d’une éducation de qualité pour tous ne seront pas mis en œuvre.


Il faut aussi réimplanter les services publics tels EDF, GDF, La Poste, France Télécom au cœur de ces concentrations humaines. Cela implique, de fait, la relance de politiques d’embauches dans ces entreprises afin de faire fonctionner ces nouvelles antennes de proximité, qui répondent aux besoins des populations. Ces recrutements à venir permettront, en outre, à des jeunes issus des quartiers d’avoir accès à l’emploi, grâce aux concours. La même démarche doit valoir aussi pour le service public local : crèches municipales, antennes de quartier, centres communaux d’action sociale…


Mais cela ne doit pas nous exonérer de réfléchir sur l’urbanisme de ces quartiers, sur les concentrations inhumaines de logements devenus inadaptés – 25 000 habitants pour le seul quartier de La Paillade à Montpellier - et ayant perdu leur vocation initiale de sas vers l’accession à la propriété. Il convient de reprendre de vastes programmes de réhabilitations alliant les aspects d’habitat, de services de proximité, de transports en commun.


Les transports sont souvent oubliés dans la réflexion concernant les quartiers périphériques. Pourtant, ils ont un rôle majeur à jouer, tant ils sont les moyens indispensables de la mobilité, dont chacun mesure qu’elle est une condition sine qua non dans l’accès à l’emploi. Or, les banlieues sont les lieux de vie les moins bien irrigués par le service public de transport : lignes restreintes, horaires inadaptés, coût pour l’usager encore trop élevé…


Enfin, c’est aussi toute la politique de prévention qu’il convient de repenser. Dans ce cadre, oui, la Police de proximité est une nécessité. Et l’îlotage n’est pas une dépense inutile, c’est un investissement pour renouer le dialogue entre des populations défavorisées et les forces de l’ordre. Ce qui ne doit pas exclure, au contraire, l’embauche d’éducateurs de rue, de médiateurs, bref de tous les maillons de la chaîne de prévention.


Certes, cela coûte cher, et coûtera cher. Mais combien ces investissements vont-ils générer d’emplois nouveaux dans le secteur privé comme dans le secteur public ? Et qui dit emplois nouveaux dit aussi nouvelles rentrées fiscales. Un salarié, même fonctionnaire, paie assurément plus d’impôts qu’un chômeur. Et cela contribuera aussi à lutter contre les déficits publics, mais pas par des économies de bouts de chandelle : grâce à de nouvelles recettes.


En bref, ce n’est pas de plus de Politique de la Ville dont manquent nos périphéries aujourd’hui mais bien de remettre la politique dans la ville.

Rénover maintenant dans la fidélité à nos valeurs

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