Culture et mémoire républicaine

 

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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 22:02
Il ne s'agit pas de défendre le négationnisme de quelques génocides ou crimes que ce soit. Ce qu'il faut défendre, c'est la liberté de pensée et d'expression et le vivre-ensemble. Il existe des lois contre les racismes et contre la diffamation. Nier un génocide reconnue par l'ensemble des historiens relève bien souvent d'une haine vivace, que l'on pourrait alors aisément condamner avec. Mais ces lois mémorielles sont inutiles de ce point de vue là et sont mêmes dangereuses. Elles n'ont que pour but, premièrement, d'établir des vérités historiques officielles. L'histoire a pour de but de faire connaître et comprendre le passé, elle n'a pas pour but de le juger. Deuxièmement, l'histoire ne peut être pas être mis entre les mains de guerriers de la mémoire. L'histoire officielle particulière que l'on établit ne peut que diviser les individus. Il n'y a pas que les Noirs, les Juifs et les Arméniens qui ont été victimes de génocide. On peut dès lors s'attendre à une nouvelle surenchère de la part d'autres communautés eux aussi victimes. Au lieu d'apaiser, on perpétue ces douleurs. Au lieu d'apaiser, on déclenche la guerre des mémoires. Stop !





Communiqué de « Liberté pour l'Histoire » du 12 octobre 2006 :


La France est engagée dans un processus accéléré de lois établissant des vérités d'Etat sur le passé. Alors même que le Président de la République a déclaré que « ce n'est pas au Parlement d'écrire l'histoire », le vote, aujourd'hui, d'une nouvelle loi sur le génocide arménien constitue une véritable provocation. Si profond que soit le sentiment de solidarité que nous éprouvons pour les victimes de l'histoire, nous élevons une protestation solennelle : cette nouvelle loi s'inscrit dans un mouvement rapide d'appropriation de l'histoire par des mémoires particulières et de recul des libertés démocratiques.

En repoussant un amendement qui visait au moins à préserver de la censure et de la répression « la recherche universitaire et scientifique », l'Assemblée nationale vient d'ôter le masque : ce ne sont pas d'éventuels « troubles à l'ordre public » qu'elle entend empêcher par ces lois, c'est bien la recherche universitaire et tous les enseignants qu'elle veut, sous peine d'amende ou de prison, soumettre aux vérités officielles qu'elle édicte. Les historiens se trouvent ici en première ligne d'un combat qui intéresse tous les citoyens et met en cause la possibilité pour chacun d'accéder à la connaissance et au libre examen. Ce sont bien les libertés de pensée et d'expression qui sont menacées.

De même que l'article 4 de la loi de février 2005 relatif à la colonisation, récemment abrogé, la loi relative au génocide arménien est contraire à notre Constitution et aux principes généraux du droit. C'est pourquoi, si le Sénat devait confirmer le vote de l'Assemblée, nous demanderions au Président de la République de saisir le Conseil Constitutionnel, gardien de la Constitution et des libertés, pour qu'il annule la loi du 29 janvier 2001, modifiée par la loi adoptée le 12 octobre 2006 par l'Assemblée nationale.


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Liberté pour l'histoire

Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.

L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.

L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.

L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.

C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ­ ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock

Pétition parue dans Libération le 13 décembre 2005

(
Contacter l'association "Liberté pour l'histoire" : libertepourlhistoire@wanadoo.fr)

Observatoire du Communautarisme

Article publié pour la première fois le 17 octobre 2006
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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 23:00

Après avoir essayé de nous faire gober le rôle positif de la colonisation, la droite essaie maintenant de nous faire croire au rôle positif de la discrimination, sous le terme ubuesque de « discrimination positive ». Avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur en 2002, est donc apparue, justifié par l’incontestable exclusion qui touche les Français « issus de l'immigration », une volonté forte d’instaurer cette « discrimination positive », une méthode anglo-saxonne (« affirmative action ») qui consiste à réserver emplois, fonctions, mandats à des citoyens en raison de leurs origines ethniques, culturelles ou religieuses. Cette logique, si elle part d'un constat juste (il faut en effet mettre un terme à la discrimination en raison de la couleur de peau et du patronyme) est mauvaise. Outre le fait qu'elle ne permet de réparer une injustice qu’en apparence, elle est profondément stigmatisante et fait perdurer les discriminations puisque désormais… légalisées ! Elle enferme les individus dans un carcan, celui de leurs origines. Elle les condamne à se définir avant tout de chose comme membre d'un groupe, et non comme un individu libre cherchant à s’intégrer au sein d’une société.

Comme si une discrimination pouvait être positive ! En effet, c’est une atteinte au principe d’égalité, car « nul n’est en principe jugé qu’en vertu de ce qu’il fait et non de ce qu’il est ». Avec la « discrimination positive », l’individu est jugé en fonction de sa couleur de peau, de sa religion, etc. et non son talent. Que vous le vouliez ou pas vous serez donc jugé à  ces étiquettes et non pas à ce que vous savez faire ! Mérite dehors ! Apparence fait loi !

Par exemple,  il faudrait expressément que la télévision montre toute la « diversité » de la société française. Il faut que les « blancs » puissent se voir représenter par des « blancs », les « noirs » par des « noirs » et les « jaunes » par des « jaunes » ! Quelle conclusion à tirer ? Alors qu’on nous apprend, et avec raison, qu’il n’y a qu’une seule race, la race humaine, on persiste à côté à faire régner un apartheid racial ! Les « noirs », les « blancs » et les « jaunes » ne sont pas un ensemble d’individus doué des mêmes facultés de penser et égaux en droit et en respect, non ! Un « noir » est un « noir », un « blanc » est un « blanc » et un « jaune » est « jaune » ! Si c’est comme ça qu’on compte lutter contre le racisme il ne faut pas s’étonner qu’après il ne régresse pas !

De plus, un « blanc » à l’Assemblée Nationale ne pourrait vraiment pas représenter un « noir »? Et un « jaune » au journal télévisé ne pourrait-il vraiment pas représenter un « blanc » ? Qu’est-ce que cette vision extrêmement basse de l’être humain ?!

Tant que l’on continuera, au nom de la lutte contre les discriminations, à faire du racisme à l’envers en s’obstinant à traiter les individus à leur couleur de peau, on n’arrivera à rien. Diviser, classer les gens selon leur couleur de peau (ce que certains appellent « ethnie » ou « race »), leur religion, voire leur sexe et leur orientation sexuelle ne conduira qu’à la persistance de ce communautarisme !

Les « minorités » de France doivent être intégrés à leur juste mérite et non par des politiques qui les enferment dans leurs statuts de « minorités». Le communautarisme n’émancipe pas les hommes, il les replie sur lui-même. Ceux qui composent ces « minorités » doivent être considérés de la même manière que les « autochtones ». Cette égalité de droit et de respect ne pourra que rassembler les individus au-delà de leurs origines au lieu de les y enfermer. Les privilèges des uns font les jalousies des autres. Quand les lois seront les mêmes pour tous, quand la justice règnera, que les chances seront les mêmes pour tous, les racistes et leurs discriminations ne seront plus que des épiphénomènes. Mais en aucun cas lutter contre des discriminations par d’autres discriminations n’apportera de solutions !

En sport, par exemple, on ne fait pas ce genre de racisme : en équipe de France de football, la majorité des joueurs était « noirs », les chauds partisans de la discrimination positive n’en ont pas fait un plat pourtant et les français (en majorité «blancs ») s’y sont sentis tout de même représentés! En sport on choisit tout simplement les meilleurs, on ne pratique pas l’apartheid et l’intégration est là tout comme les résultats ! Pourquoi faudrait-il faire autrement ailleurs ?

Pour conclure nous voyons donc bien que la discrimination positive crée bien plus de problèmes que ceux qu’elle est supposée résoudre. L’égalité acquise par ces politiques n’est que de façade et sans compter un sentiment d’inégalité de la part des personnes non concernés et qui peuvent s’estimer floués par ces mesures. Tout ceci ne conduit qu’à un accroissement des tensions entre « communauté », ce qui réduit à néant tous les bienfaits prévus. Les principes républicains ne doivent jamais être rognés car ils sont les seuls garants de la cohésion sociale. Le meilleur moyen pour intégrer toutes les minorités est tout simplement de les traiter de la même manière que les « autochtones », « sans distinction d’origine, de race ou de religion » comme le proclame l’article premier de la Constitution, que beaucoup de politiques ont oubliés et que nous nous devons de réaffirmer haut et fort !

 

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