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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 18:28

Canevas d’intervention de Jean-Pierre Chevènement pour le débat avec le Professeur Higuchi, le 19 décembre 2008 à la Maison franco-japonaise de Tokyo.



Introduction : Cinquante ans de Ve République


La Ve République a cinquante ans mais la République française en a 216. La Ve République a été fondée par le général de Gaulle en réaction aux errements et à l’instabilité du régime d’Assemblée qui avait conduit la IIIe République à sa perte et enlisé la IVe République dans le bourbier des guerres coloniales.

La Ve République « donne une tête à l’Etat », selon l’expression du général de Gaulle. Le pouvoir du Président de la République n’a cessé de s’y affirmer, notamment depuis l’élection de celui-ci au suffrage universel décidée par référendum en 1962. Depuis lors, tout montre que le peuple français n’entend pas renoncer à cette élection présidentielle au suffrage universel qui est devenue le moment charnière de la vie politique française.

Au fil des décennies, le fait majoritaire s’est imposé. Il existe aujourd’hui un bipartisme de fait. Ce fait majoritaire a relativisé la nécessité du parlementarisme rationalisé voulu au départ par Michel Debré mais la forme parlementaire du régime demeure, avec la responsabilité devant le Parlement du gouvernement dont le Chef est nommé par le Président de la République. La réforme institutionnelle de juillet 2008 préserve cette responsabilité du gouvernement et donc cette dyarchie du pouvoir exécutif mais elle a élargi sensiblement les pouvoirs du Parlement, tirant ainsi les conséquences des réformes de 2001 (quinquennat) et 2002 (inversion des échéances électorales).


Plus contestable est l’extension de la saisine, même indirecte, du Conseil Constitutionnel par tous les citoyens, sans parler bien entendu des limitations apportées à l’exercice de la souveraineté nationale par les traités européens et notamment par le traité de Maastricht et par le traité de Lisbonne, non encore ratifié.

L’évolution de la Ve République est ainsi ambivalente même si la réforme de juillet 2008 marque, du point de vue des pouvoirs du Parlement, une avancée peu contestable.


Souveraineté populaire, citoyenneté, école.


Dans la conception républicaine classique, héritée de la Révolution française, la souveraineté populaire repose sur les individus en tant que citoyens, « le peuple en corps » disent les juristes. Le citoyen n’est pas seulement l’individu jouissant de ses droits naturels et pourvu de sensibilité, de désirs divers et bien sûr de besoins, c’est un individu rationnel conscient de devoir de participer à l’élaboration de la volonté générale, c’est-à-dire de la loi, avec les droits et les devoirs qu’elle comporte. Le citoyen c’est une parcelle du « Souverain » (en d’autres termes le Peuple).

Cette « citoyenneté » s’apprend, et c’est la raison pour laquelle la tradition républicaine, de Condorcet à Jules Ferry, a toujours mis un accent particulier sur le rôle de l’Ecole. Non pas une école qui participerait à une sorte de « bourrage de crânes » et de conditionnement des esprits, mais bien au contraire une Ecole destinée à former le jugement critique du citoyen, bref sa « capacité à penser par lui-même ».

L’Ecole républicaine éduque à la liberté : elle est naturellement laïque car elle présuppose un espace commun à tous les citoyens en dehors des dogmes révélés : celui de la « raison naturelle », chose du monde la mieux partagée selon Descartes. L’Ecole républicaine porte par ailleurs des valeurs : égalité, fraternité nullement antinomiques avec la première de ses missions : l’éducation à la liberté c’est-à-dire à l’autonomie.

On fait souvent valoir aujourd’hui que cette école parce qu’elle était l’Ecole de la République a participé à l’exaltation du sentiment national. On confond me semble-t-il deux choses : le patriotisme républicain ouvert à l’universel et le nationalisme de repli. Il me semble que l’Ecole républicaine a toujours enseigné, quand elle l’a enseigné, le patriotisme républicain, socle du civisme, plutôt que le nationalisme. On pourrait même dire que de 1919 à 1940 elle était plutôt ouverte à l’influence du pacifisme. De façon générale cependant, l’école républicaine telle qu’elle avait été conçue par la Révolution et telle que l’a mise en œuvre la IIIe République dite souvent « République enseignante » a plutôt formé des citoyens, leur transmettant une éducation morale et civique respectueuse de la liberté de chacun et qui se voulait universelle.


I – « L’idée républicaine » et le concept de citoyenneté sont aujourd’hui battue en brèche dans le contexte de la globalisation financière.

1. L’individu avant d’être considéré comme un citoyen libre a d’abord été identifié par l’économie politique anglaise à un agent économique soi-disant rationnel : « l’homo oeconomicus » agissant sur le marché. La conception anglo-saxonne fondée sur la supériorité, en tous domaines, de l’économie de marché (Hayek – Friedman à notre époque) a inspiré les politiques de dérégulation mises en œuvre d’abord aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, quatre-vingt du dernier siècle et généralisée plus ou moins au reste de la planète dans les années quatre-vingt-dix, deux mille. Le Président Reagan avait défini le programme dès 1980 : « L’Etat n’est pas la solution à nos problèmes. Il est le problème ».

2. La souveraineté populaire a été ainsi confisquée par la souveraineté des marchés et d’abord des marchés financiers. Historiquement il est intéressant d’observer que la « dérégulation financière » (libération des mouvements de capitaux, prééminence de la bourse, effacement du rôle des banques) a précédé la dérégulation commerciale (OMC 1994). Les marchés financiers sont devenus la force directrice de l’économie, provoquant une série de bulles spéculatives qui ont éclaté de 1996-97 à 2000, puis en 2007-2008.

3. La dépossession de la souveraineté populaire en Europe notamment s’est souvent camouflée derrière des instances technocratiques.
a) Par exemple les instances européennes : Commission, Banque Centrale, Cour de Justice de l’Union européenne, institutions entièrement déconnectées du suffrage universel avec un Parlement européen alibi car n’exprimant aucune « volonté générale ». L’Europe a ainsi évolué pour l’essentiel vers une zone de libre échange dérégulée.
b) On peut observer une évolution comparable à l’échelle mondiale :
- pratique des sommets restreints aux grands pays industrialisés (G5 puis G8) à partir des années 1970-80 jusqu’à aujourd’hui ;
- rôle du FMI dans les plans d’ajustement structurels appliqués aux pays en voie de développement dans les années quatre-vingt ;
- rôle de l’OMC qui remplace le GATT après 1994 dans le désarmement tarifaire et contingentaire.
c) L’Asie est sans doute un cas spécifique : le libre échange à l’extérieur n’a généralement pas eu son pendant dans l’ordre interne. La croissance est tirée par l’exportation. Le marché intérieur reste souvent protégé (c’est plus ou moins le cas du Japon hisoriquement, de la Corée, de l’ASEAN et maintenant de la Chine). Il faudrait discuter, me semble-t-il, de ce « capitalisme asiatique » dont l’ancien Premier ministre de Singapour, M. Lee Kuan Yew, s’était fait le théoricien.

4. La crise financière actuelle illustre les excès du capitalisme financier et met parallèlement en cause le rôle de l’Hyperpuissance américaine dans la genèse et la propagation de la crise.

Les déséquilibres économiques fondamentaux de l’économie américaine (déficits – endettement) nourrissent une fuite en avant dans la sophistication des produits financiers (« économie virtuelle ») aussi bien que dans l’aventurisme extérieur (contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole – guerre d’Irak – conflits autour du pétrole et du gaz de la Caspienne - tracé des oléoducs dans le Caucase – tensions avec la Russie).

5. Dans ce contexte, la conception individualiste, républicaine ou encore « citoyenne » de la démocratie est affrontée :

a) Soit à un mouvement de décomposition interne théorisé en France par Marcel Gauchet : c’est la démocratie des droits revendiqués qui étouffe la démocratie « citoyenne » (la citoyenneté associant les droits et les devoirs). L’hyperindividualisme libéral met la citoyenneté active en vacances.

b) Soit au retour en force du « holisme » (du grec holos : tribu) c’est-à-dire des identités dites « naturelles » préconstituées : nationalismes ethniques ou nationalismes de grande puissance (Etats-Unis, Russie, Chine) opposés à la conception républicaine de la nation définie comme « communauté de citoyens », ouverte à l’universel.
Louis Dumont a jadis fondé une distinction entre les peuples traditionnellement dits « holistes » (Allemagne, Japon) et les peuples individualistes (France – Etats-Unis), l’Angleterre constituant sans doute une « synthèse » des deux. La France et les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas à l’abri de réactions nationalistes (le « Front National » en France – les néo conservateurs américains). Le retour du « holisme » peut aussi prendre la forme du « communautarisme soit ethnique soit religieux (intégrismes islamiste, juif ou chrétien : on le voit aux Etats-Unis avec la force du fondamentalisme chrétien).

c) Enfin il faut évoquer la crise de l’Ecole affrontée à la puissance manipulatrice des médias de masse et à la montée de la violence scolaire. Les fractures de la société font irruption dans l’Ecole. L’Ecole est remise en cause par les mouvements libertaires (contestation du « Savoir » et des valeurs de la connaissance et par conséquent de l’autorité des maîtres, autant que par la puissance de l’Argent (ségrégation scolaire) ; « L’effet télé » peut-il être compensé par « l’effet Internet » ? Plus que jamais le redressement de l’Ecole comme service public conditionne l’avenir de la démocratie. Il n’y a pas de République sans Ecole forte et assurée de ses valeurs.

Au total, la volonté populaire est aujourd’hui prise en otage : un nouveau conformisme s’est installé, fondé sur l’idée que les hommes, collectivement, ne peuvent pas changer le cours d’une Histoire qui les dépasse. Plus subtilement un prétendu « Cercle de la Raison » veut imposer un dogmatisme libéral étouffant.

Mais ce dogme est profondément remis en cause par la crise économique et financière actuelle. L’élection de Barak Obama a fait lever des espoirs qui, espérons-le, ne seront pas déçus. « Yes, we can », c’est un beau slogan pour une démocratie citoyenne active mais le nouveau Président devra tenir compte du fait que les Etats-Unis doivent aujourd’hui accepter la multipolarité du monde et qu’ils ne peuvent plus dominer seuls la planète, d’autant qu’ils vivent aujourd’hui très au-dessus de leurs moyens. Pourront-ils remettre en cause leur mode de vie dispendieux et revenir à un sain multilatéralisme ? Vis-à-vis de l’Europe, sur le terrain des rapports avec le Moyen-Orient et avec la Russie qui sont tous deux des sujets de contentieux ? Vis-à-vis de l’Asie aussi, et de la Chine en particulier, avec laquelle ils entretiennent un rapport ambigu d’alliance et de rivalité ?

Quelle place pour le Japon dans ce monde « multipolaire » ? Mais le mot « multipolarité » n’est-il pas lui-même déjà dépassé ? Le monde, fondamentalement, reste un monde de nations. Celles-ci doivent inventer des formes de coopération nouvelles, particulièrement au plan régional, mais tout en restant sous l’égide de l’ONU qui doit symboliser l’universalité du droit.


II – Vers une nouvelle donne (un nouveau « New Deal »)


A) Le monde a profondément changé depuis la fin de la guerre froide.

1. Le déclin de l’Europe et du Japon mais aussi des Etats-Unis.
2. la montée des pays émergents et le retour de la Russie.
3. La crise du monde musulman.
4. Le Sud délaissé (Afrique, Asie profonde, pays andins).

B) Les axes possibles d’une stratégie destinée à surmonter la crise.

1. Dans l’immédiat une relance coordonnée à l’échelle mondiale est nécessaire. Les Etats-Unis ne peuvent pas relancer « en solitaire », comme en 2002-2003, sauf à détériorer encore plus leurs « fondamentaux » et à aller vers une nouvelle crise plus profonde encore que l’actuelle. Les pays excédentaires du point de vue du commerce extérieur et de l’épargne (Chine-Japon-Allemagne) doivent participer à la relance économique mondiale. La garantie des Etats est nécessaire : le retour du politique clôt le cycle de la « globalisation financière ».

2. Il faut articuler la relance de l’économie avec la conception d’un nouveau modèle de développement répondant aux besoins de l’humanité et d’une société du XXIe siècle respectueuse des besoins sociaux et de l’environnement.

Il faut gérer deux transitions
a) celle de l’unipolarité dominée par les Etats-Unis à la multipolarité du monde voire à une certaine bipolarité avec le dépassement vers 2025-2030 des Etats-Unis par la Chine en termes de PNB)
b) deuxième transition : faire que le modèle de développement du Nord puisse évoluer pour devenir transposable au Sud. Trouver un équilibre entre les deux trajectoires économiques et sociales, du Nord qui doit préserver ses équilibres sociaux (problèmes de délocalisations d’activités) et du Sud qui doit trouver un modèle de développement harmonieux, en se fondant aussi sur les besoins de sa population.

3. Citons comme axes d’effort et d’investissement principaux :
a) la révolution énergétique (« l’après-pétrole »)
b) la lutte contre le réchauffement climatique et l’émission de gaz à effet de serre : tout cela implique d’énormes investissements ;
c) la préservation des biens rares de l’humanité (eau – air – sols - matières premières, etc.)
d) l’accent mis sur les valeurs d’égalité et sur les besoins sociaux fondamentaux :
- infrastructures dans les pays du Sud (agriculture, eau, hôpitaux, transports) – financées le cas échéant par l’émission de droits de tirage spéciaux (DTS émis par le FMI)
- Education – formation – recherche
- Protection sociale – conciliation entre l’activité professionnelle des femmes et leur épanouissement personnel et familial.

4. La reconstruction (ou la construction) d’Etats « républicains » est une tâche majeure des temps à venir :
- fonction d’anticipation, de programmation, de politique industrielle
- reprise en main du crédit par l’Etat
- la notion de service public couplée avec la valeur d’égalité a un grand avenir : il faut penser des Etats modernes avec des services publics performants et justes.

5. Cette période de transition (à plusieurs niveaux : géopolitique : entre les Etats-Unis et la Chine – économique et sociale : entre deux modèles de développement et pour l’accès aux matières premières) peut être la source de fortes tensions, voire de guerres :
- dans le monde musulman (conflits israélo-palestinien, Irak-Iran, Golfe, Afghanistan et Pakistan – Pakistan et Inde, Cachemire)
- en Europe (Balkans – Caucase)
- en Asie de l’Est (Taïwan – Corée).
La mobilisation pour la paix peut être un puissant vecteur de solidarité à l’échelle mondiale

6. La démocratie n’est pas un article d’exportation. Chaque peuple doit trouver son propre chemin, d’où l’importance du « dialogue des cultures ». Néanmoins il faut préserver l’idée de valeurs universelles et améliorer l’ordre juridique international existant : ne pas opposer l’ONU et les organisations régionales. Améliorer la légitimité de l’ONU par une réforme du Conseil de Sécurité.

L’idée « constitutionnaliste » et « l’idée républicaine » sont des valeurs d’avenir aussi dans le monde extraoccidental. Mais elles ne doivent pas prendre la forme hypocrite d’un impérialisme culturel. Chaque peuple doit trouver sa propre voie pour associer les droits de l’homme et du citoyen car la liberté nationale et la démocratie sont les deux faces d’une même médaille.
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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 01:35


Oui, la nouvelle du départ de Jean-Luc Mélenchon du PS après l’arrivée en tête de la motion « E » le 7 novembre dernier était une bonne nouvelle pour notre « nébuleuse » républicaine, soucieuse de lisibilité politique dans le relativisme ambiant de l’UMPSMODEM et consort. Toutefois, le meeting de lancement auquel j’ai pu assister, accompagné de militants lyonnais de PRS (Pour la République Social) que je rencontrais pour la première fois et dont j’ai pu saisir l’état d’esprit, montre qu’il s’agit là bien plus que d’une scission du PS… Pour ma part, c’est en sceptique que je m’y rendais ; scepticisme légitimement partagé par bon nombre de républicains sincères : que n’a-t-il quitté le PS plus tôt ? Son projet d’union à gauche n’expose-t-il pas l’idée républicaine à une compromission avec les communautarismes humanitaristes ? Une telle démarche ouvertement clivée n’est-elle pas un obstacle de plus à l’idéal républicain de réunion des deux rives ? Qu’apporte en somme ce nouveau parti à la cause républicaine ?


Un parti pour les oubliés


La lisibilité d’abord. Ironie du sort : le jour même où le transfuge Bockel entendait brouiller davantage l’échiquier politique en lançant sa « gauche moderne » avec les ténors de l’UMP (et probablement sur injonction du président pour dépecer l’opposition…), le Parti de Gauche semble quant à lui trouver un écho véritable dans les « angles morts » du corps électoral (en témoigne, mais pas seulement, la réussite du meeting qui rassembla quelque 3000 personnes - et non 1000 comme on peut le lire dans la presse…). Ni PS moralisé, ni LCR édulcorée, le Parti de Gauche a su prouver qu’il constitue bel et bien une offre politique originale, que je prendrai la liberté d’appeler jaurésienne en tant qu’elle repose sur un projet républicain de civilisation par le dépassement du capitalisme. J’entends par cette formule que le nouveau parti s’inscrit dans la synthèse jaurésienne entre la République, l’héritage démocratique de la Révolution Française, et le Socialisme, produit des luttes sociales des deux siècles derniers et de la vision révolutionnaire de la société qui a animé la Gauche historique. Le discours qui en ressort, dans les circonstances actuelles, a d’emblée son assise dans une frange du corps électoral oubliée, non pas dépolitisée (loin s’en faut !) mais qui, ayant pris ses distances d’avec sa représentation « naturelle », le PS, à cause des options toujours plus social-démocrate de celui-ci, s’est au mieux engagée dans l’associatif, mais surtout a été condamnée à l’invisibilité dans un pays où l’on confond aisément engagement politique (« de conscience ») et engagement partisan (ce ne sont pas des républicains, eternels orphelins de représentation politique, qui me diront le contraire !). A mon sens, le Parti de Gauche a donc ce trait des partis républicains qu’il répond aux aspirations d’ « orphelins » de la représentation politique, en l’occurrence de citoyens qui sont venus à la République par cette culture « de gauche » jaurésienne. A titre d’exemple, le discours du Parti de Gauche sur l’Education se fait l’écho des aspirations d’une partie du corps enseignant, de ceux  qui conservent l’esprit d’institution mais qui, trahis par le PS, las d’être le « paillasson de la société » dans une Ecole que l’UMPS n’a de cesse de démanteler depuis 40 ans,  désertent les syndicats voire les bureaux de vote. On pourrait également voire, dans l’inscription au programme d’un impératif de généralisation dans la société d’une « laïcité intransigeante », la possibilité enfin à portée de main pour le mouvement laïc, jusqu’alors relégué à l’associatif par la « bien-pensance » des partis de gouvernement, d’accéder à l’action politique sans laquelle son action locale est considérablement limitée. D’autres exemples me viennent à l’esprit… Le Parti de Gauche répond bien à une demande et cette demande est une demande de République.


République et anticapitalisme


Cette analyse est essentielle pour distinguer le nouveau Parti de Gauche de ses voisins et principalement de la LCR actuellement au centre de la construction d’un Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) attendu pour 2009. Soyons clairs là-dessus : s’il leur tend la main dans une logique de front du « non » de gauche pour les européennes de 2009, le Parti de Gauche n’est pas pour autant trotskiste et ne s’inscrit pas dans le schéma de la lutte des classes ; il est de plus un parti de gouvernement qui refuse de se condamner à l’opposition perpétuelle par « refus du système » (fait caractéristique de l’extrême-gauche en France). Il est en fait plus juste de dire qu’il est républicain donc anticapitaliste, c’est-à-dire qu’il conçoit l’aboutissement de l’idée républicaine dans l’avènement d’une société solidaire, radicalement opposée au modèle productiviste et consumériste, par des moyens institutionnels (au moyen d’un Etat fort de sa légitimité démocratique retrouvée dans le régime parlementaire et redistributeur de la richesse nationale au profit du travail). A ce titre, le Parti de Gauche est en quelque sorte « bolivarien » : terme emprunté au mouvement socialiste sud-américain, fortement imprégné intellectuellement par la pensée de Rousseau, et de la part duquel le parti a reçu par ailleurs des soutiens significatifs tels que celui du président bolivien Evo Morales. Dans cette perspective, le Parti de Gauche s’oppose naturellement à l’Europe de Lisbonne : s’il est internationaliste, il n’est pas supranationaliste et entend bien défendre la « patrie républicaine des Français » et exporter ses valeurs comme la laïcité.


Front de gauche et république sociale


La création du Parti de Gauche, loin de complexifier la situation, nous éclaire sur l’état actuel de la gauche et de la gauche républicaine. En France, avec les inextricables contradictions d’un PS moribond, une clarification était salutaire sur la ligne économique entre l’option social-démocrate des uns (PS, Cohn-Bendit…mais faut-il également rappeler les stratégies d’alliance électorale avec le PS, peu glorieuses disons-le, coté MRC/MDC ?) et ceux qui refusent les « compromis pourris » (pour reprendre la belle expression d’Oskar Lafontaine, président de Die Linke) avec les représentants des élites mondialisés. Cette dynamique s’exprime au Parti de Gauche dans une volonté réaliste de synthèse des héritages de la gauche historique à l’heure où les vieux clivages, entre communistes et socialistes par exemple, sont assimilables dans une pensée républicaine sociale et d’ores et déjà vécus comme tels par la plupart des militants sans que cela ne remette en cause l’autonomie des organisations. Et le rassemblement des « deux rives » dans tout ça, me direz-vous ? Ma modeste expérience en la matière m’enseigne que le renforcement des organisations des deux rives en question est un préalable indispensable à la constitution de fronts républicains amples et solides sur des éléments de programme précis. N’importe quel républicain qui a participé à ce genre de dialogue a pu se rendre à l’évidence suivante : le rassemblement des deux rives sera toujours stérile s’il est groupe de groupuscules, et ce aussi certainement qu’il est vain de jeter un pont sur un cours d’eau dont les berges sont fragilisées par l’érosion. Aussi, dans cette perspective, je me réjouis sincèrement de la clarification que représente rive droite le congrès fondateur de Debout La République, le 25 novembre dernier, et je prends la liberté de me réjouir personnellement de la clarification que représente rive gauche l’avènement d’un parti authentiquement républicain et sans ambigüités par ailleurs dans son rejet du communautarisme. Je reconnais la légitimité du dialogue républicain avec le gaullisme, tel que DLR le défend, mais je m’inscris quant à moi dans cette culture politique qui depuis Robespierre en passant par Jaurès et Mendès-France ne lasse pas de porter tout un pan de cette passion française qu’est la République. C’est pour toutes ces raisons que j’ai adhéré à ce parti tout en poursuivant mon action dans l’associatif laïc avec Voltaire République. L’avenir dira si le Parti de Gauche est viable politiquement et si mon analyse était bonne. En tous les cas, cette adhésion est celle d’un homme libre et républicain vigilant qui saura toujours mettre la République au-dessus de toute autre considération si les circonstances l’imposent.




François AVISSEAU,
Délégué départemental de Voltaire République pour le Rhône
Membre des « Amis de Robespierre » d’Arras

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