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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 17:34

Georges Sarre et Michel Charzat, avec le soutien des groupes MRC et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, et de quelques élus socialistes et verts, ont proposé ce mercredi au Conseil de Paris de donner le nom de Robespierre à une rue de la capitale. Une courte majorité UMP-PS a hélas rejeté cette initiative, après l'hostilité affichée du Maire de Paris et une intervention d'une rare mauvaise foi et d'une rare violence de M. Bournazel pour l'UMP.



Intervention de Georges SARRE

"Chers collègues,

Clemenceau avait l’habitude de dire « la Révolution forme un bloc ». Oui, toutes ces femmes et ces hommes méritent d’être respectés et honorés.

J’ai observé qu’aucune rue de Paris ne porte le nom de Robespierre. Ce n’est pas un oubli. C’est un choix. Mais pourquoi ?

Qui est Robespierre ? La caricature du bourreau sanguinaire à laquelle seuls les piètres connaisseurs de la Révolution peuvent encore croire ?

Non ! Robespierre, c’est d’abord un révolutionnaire pétri des idéaux de la philosophie des Lumières.

Robespierre, c’est un député du Tiers Etat, qui se bat pour le suffrage universel, le droit de vote des juifs et des gens de couleur, l’abolition de l’esclavage !

Robespierre, c’est l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen !

Alors que lui reproche-t-on ? D’avoir agi face à la contre-révolution, d’avoir encouragé l’insurrection populaire ?

D’avoir soutenu des mesures d’exception quand la République était menacée, en particulier par le soulèvement de Vendée ou de Lyon ?

Je n’ai pas le temps d’aller plus loin, chers collègues. Mais de grâce, ne m’opposez pas les poncifs qui circulent : il est établi désormais que Robespierre n’était pas le dictateur qu’on caricature pour mieux jeter l’opprobre sur les idéaux révolutionnaires et républicains qu’il portait.

J’en veux pour preuve qu’il refusa, à la veille de sa mort, de mobiliser les sections, lorsqu’il était détenu à l’Hôtel de Ville, car il refusait de « sortir de la légalité ».

Jean Jaurès, dans son Histoire Socialiste de la Révolution française, écrit , devant le tribunal de l'Histoire : "je suis avec Robespierre et je vais m'asseoir avec les Jacobins".

Je conclurai en vous exprimant par avance ma surprise, si d’aventure notre Conseil récusait Robespierre, alors que nous avons donné le nom de Jean-Paul II à une place de Paris !

Enfin, et puisque nous parlons des idéaux de la République, je vous rappelle la collecte en faveur des salariés de Continental, qui sera aussi un bon baromètre de la gauche parisienne.

Je vous remercie."


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Published by le Citoyen Thimèle - dans CULTURE & MEMOIRE REPUBLICAINE
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 17:45

Le 28 juillet 1794, Robespierre ­ mourant ­ est guillotiné. La riche bourgeoisie est satisfaite, les royalistes relèvent la tête, les « terroristes » respirent. La Révolution est, en fait, terminée.

Dans la journée qui suivit l'exécution de Robespierre, la guillotine fonctionna à plein régime. Le 11 thermidor du calendrier révolutionnaire, pas moins de soixante-dix membres de la Commune de Paris ­ tous partisans de Robespierre dûment répertoriés ­ furent exécutés. Ce 28 juillet 1794 constitua ainsi le jour le plus sanglant de la Révolution. Au total, cent six personnes furent les victimes du complot légal perpétré par la coalition des ennemis de l'Incorruptible. Cette coalition était particulièrement hétéroclite. Elle réunissait des révolutionnaires fort modérés représentant la moyenne et la riche bourgeoisie, d'anciens partisans de Danton ou d'Hébert, des représentants en mission « terroriste » sanctionnés par Robespierre pour cause de cruauté ou de prévarication. Cela faisait évidemment beaucoup de monde... Même les « sans-culottes » n'étaient plus aussi favorables à l'Incorruptible et ce à cause du maximum, la fixation autoritaire du salaire. Lorsque ­ après la chute de Robespierre ­ le maximum fut aboli, leur situation se dégrada bien plus...


A la veille du 9 thermidor, Robespierre apparaît comme l'homme le plus puissant de la Révolution. Pourtant, cinq ans auparavant, il était totalement inconnu du peuple parisien. Né le 6 mai 1758 à Arras dans une famille où, de père en fils, l'on est avocat ou procureur, il est à vingt-trois ans avocat inscrit au barreau de Paris. En 1781, il revient à Arras. Huit ans plus tard, le 23 mars 1789, il est élu par le tiers état délégué de cet ordre et, le mois suivant, l'Assemblée artésienne l'élit député du tiers état aux Etats généraux. Là, ses interventions le classent parmi les révolutionnaires les plus décidés. D'ailleurs, il fréquente le club des Jacobins dont il devient peu à peu l'un des éléments moteurs. Les « sans-culottes » le surnomment déjà « l'Incorruptible ». Robespierre est hostile à la guerre (que veulent les Girondins), favorable à la condamnation à mort de Louis XVI : « Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive !». Il joue un rôle décisif fin mai début juin 1793 lors de l'affrontement entre les Girondins, maîtres de la Convention nationale, et le peuple de Paris. Le 2 juin, sous la menace des canons de Hanriot, le commandant en chef de la Garde nationale, la Convention vote l'arrestation de vingt-neuf députés et de deux ministres girondins. Les « Montagnards », la gauche de la Convention, dirigent désormais le pays. Le 28 juillet 1793, Robespierre entre au Comité de salut public, l'instance exécutive majeure de la Révolution. Son influence devient prépondérante. Le 24 mars 1794, Hébert et sa faction d'extrémistes sont exécutés. Un coup à gauche. Le 5 avril, c'est le tour de Danton et des « Indulgents ». Un coup à droite. Robespierre apparaît alors comme le maître de l'heure.


Description de l'homme le plus puissant de France par l'historien Louis Saurel : « De petite taille, maigre, mais bien proportionné, Maximilien avait une silhouette élégante que soulignait sa mise toujours très soignée. Le visage, rasé avec soin, était décharné ; le menton et les pommettes très saillants lui composaient un visage de chat au teint pâle, légèrement verdâtre, comme celui « d'un malade ou d'un homme usé par les méditations et les veilles ». Ses cheveux châtain foncé, rejetés en arrière et floconnant sur les tempes, mettaient en valeur son grand front, légèrement fuyant. Selon la mode en usage avant la Révolution, Robespierre se poudrait soigneusement la chevelure ». L'Incorruptible avait des problèmes de vue : « Il avait de grands yeux gris vert au regard vif, qu'il protégeait au moyen de lunettes vertes. Son nez presque droit, mais relevé à l'extrémité, avait une arête large et de fortes narines ». La Révolution mettait fortement à contribution ses enfants : « Vers la fin de sa vie, son apparence physique révéla son surmenage, la tension intérieure qui le minait : des tiraillements convulsifs agitaient son visage, il serrait souvent les poings, le sourire avait presque disparu de sa face aux traits soucieux, aux regards méfiants ou menaçants ». L'homme était timide, hypersensible, animé d'une passion froide et passablement susceptible, ce qui lui aliénait bien des sympathies. Il vivait en ascète, mangeait à peine, ne buvait presque pas, détestait l'argent. Il méritait bien son surnom. Son rapport à la violence était assez complexe : il en réprouvait les excès, d'où son horreur des représentants en mission « terroriste » qui avaient mis à feu et à sang Nantes ou Lyon (Carrier, Fouché, etc.). Mais quand la manière forte lui semblait absolument nécessaire, il n'hésitait pas à y avoir recours. Enfin, sa sincérité ne pouvait être mise en cause. On pouvait le croire et d'ailleurs on le croyait lorsqu'il affirmait : « Une révolution qui n'a pas pour but d'améliorer profondément le sort du peuple n'est qu'un crime remplaçant un autre crime ».


Le 16 prairial de l'an II ­ le 4 juin 1794 ­ Robespierre est élu à l'unanimité des 485 députés président de la Convention nationale. Sous la Ire République, le mandat des présidents est de quinze jours ! Mais cette unanimité n'est pas bon signe. Il n'y a plus d'opposition... apparente. Le Comité de salut public exerce un pouvoir sans partage, la Convention vote tout ce qu'il lui demande... L'exécution de Danton ou d'Hébert et de leurs amis est encore dans tous les esprits. Avec lucidité, Saint-Just, ami de Robespierre, constate : « La Révolution est glacée, tous les principes sont affaiblis, il ne reste que les bonnets rouges portés par l'intrigue. L'exercice de la Terreur a blasé le crime comme les liqueurs fortes blasent le palais ». Quatre jours après son élection à la présidence de la Convention, Robespierre conduit la procession de la première fête de l'Être suprême. Un mois auparavant, l'Incorruptible avait fait adopter par la Convention le décret suivant : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme ». Cette fête de l'Être suprême avait suscité des réactions diverses... Robespierre avait heurté le courant athée sans pour autant satisfaire les chrétiens. Nombre de Conventionnels avaient cru percevoir dans cette initiative une volonté de pouvoir personnel.


Le malaise ambiant ne pouvait que croître deux jours plus tard lorsque Couthon, autre ami de Robespierre, avait fait voter la célèbre loi du 22 prairial concernant les « ennemis du peuple ». Sont réputés ennemis du peuple ceux qui auront « provoqué le rétablissement de la royauté..., cherché à avilir ou dissoudre la Convention nationale et le gouvernement révolutionnaire et républicain dont elle est le centre ». Mais aussi ceux qui auront cherché « à dépraver les moeurs, à altérer la pureté et l'énergie des principes révolutionnaires... ». Ce texte avait de quoi inquiéter à peu près tout le monde. Il est vrai que les armées de la Révolution étaient à la peine, le pays toujours menacé par l'Europe monarchique. Au plan intérieur, cette loi visait selon toute vraisemblance quelque 300 000 propriétaires terriens opposés à la Révolution ou soupçonnés de l'être dont les terres pourraient ensuite être distribuées aux plus pauvres... En tous les cas, l'on assista à une aggravation de la Terreur. Jusqu'en juin 1794, le Tribunal révolutionnaire de Paris avait ordonné 1251 exécutions. Du 10 juin au 27 juillet, 1376 personnes furent exécutées. Fouquier-Tinville, son grand homme, déclara : « Les têtes tombaient comme des ardoises ». Le peuple eut « la nausée de l'échafaud ». Pendant ce temps, l'on conspire. Se retrouvent dans une même aversion pour Robespierre des hommes sanguinaires ou corrompus, anciens représentants en mission tels que Tallien ou Fouché, Fréron ou Barras, des anciens dantonistes, quelques hébertistes rescapés. Tout ce petit monde complote et met à profit les inquiétudes des députés de la Plaine ou du Marais qui constituent l'immense majorité de la Convention. Ajoutons à cela que le Comité de salut public ne comprend pas que des partisans de Robespierre et que le Comité de sûreté générale lui est majoritairement défavorable.


Le 8 thermidor, Robespierre prend la parole à la Convention d'où il a été absent plusieurs semaines durant. Discours très offensif qu'il conclut en ces termes : « Disons qu'il existe une conspiration contre la liberté publique ; qu'elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention ; que cette coalition a des complices dans le Comité de sûreté générale et dans les bureaux de ce Comité qu'ils dominent ; que les ennemis de la République ont opposé ce Comité au Comité de salut public et constitué ainsi deux gouvernements ; que des membres du Comité de salut public entrent dans ce complot ; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie ». Robespierre conteste avec force l'accusation de dictature : « Ils m'appellent tyran. Si je l'étais, ils ramperaient à mes pieds. Je les gorgerais d'or, je leur assurerais le droit de commettre des crimes, et ils seraient reconnaissants (...). Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivé où les hommes de bien peuvent servir impunément la patrie : les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera ». D'abord follement acclamé, l'Incorruptible est ensuite pris à partie, désavoué. Surtout, il lui est demandé de désigner nommément ceux qu'il dénonce, ce qui, naturellement, rassurerait tous les autres. Robespierre s'y refuse : erreur fatale. Le soir même, il se rend au club des Jacobins. Robespierre lit à nouveau son discours. Enthousiasme des Jacobins. Vers minuit, assuré de son pouvoir, Robespierre rentre tranquillement chez lui. Pendant qu'il dort, Fouché, lui, agit, tisse les ultimes fils de la conspiration. Le lendemain, vers midi, Saint-Just monte à la tribune de la Convention. Il est immédiatement interrompu par Tallien. Billaud-Varenne relaie celui-ci dans ses accusations contre la « tyrannie » de Robespierre. Robespierre tente d'intervenir. Vacarme, insultes. Finalement, Robespierre, Saint-Just, Couthon et le frère de Robespierre sont arrêtés, emprisonnés. La Convention a également voté l'arrestation du président du Tribunal révolutionnaire, Dumas, et du commandant en chef de la Garde nationale, Hanriot. En quelques heures, la Révolution va basculer. D'abord, la Commune de Paris passe à l'insurrection et délivre les prisonniers qui se réfugient à l'Hôtel de Ville. Mais Hanriot n'arrive qu'à rallier une minorité de sections parisiennes. Robespierre semble frappé de léthargie : croit-il vraiment que la Convention va changer d'avis, solliciter son pardon ? En tous les cas, il n'en est rien. Barras, chargé par la Convention de rassembler les sections les plus modérées, encercle l'Hôtel de Ville dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Robespierre est capturé, la mâchoire fracassée (tentative de suicide ou coup de pistolet du gendarme de dix-neuf ans, Merda ?) avec le dernier carré de ses partisans. Le 28 juillet, à cinq heures et demie de l'après-midi, on fait monter vingt-deux condamnés à mort dans trois charrettes. Pour se rendre du palais de justice à la place de la Révolution, le cortège mettra une heure et demie. Robespierre le jeune et Couthon sont mourants, l'Incorruptible est presque aussi mal en point. Sur leur passage, des « personnes de la meilleure classe » manifestent bruyamment leur joie. Dans les faubourgs ouvriers, les gens sont restés chez eux : « Les faubourgs boudaient mais ne bougeaient pas ». Au terme du voyage, à vingt-deux reprises, le couteau de la guillotine s'abat...


C'est la fin de la Terreur ? C'est surtout la fin de la Révolution. L'historien Louis Saurel énumère les cinq effets majeurs de la chute de Robespierre : le retour au pouvoir de la bourgeoisie d'affaires ; la fin de la République démocratique et égalitaire avec, entre autres, le remplacement du suffrage universel par le suffrage censitaire ; la fin de la surveillance du commerce et de l'industrie par l'État ; la résurrection du parti royaliste ; le glissement vers le césarisme : Bonaparte est dans l'antichambre du pouvoir...



Article écrit par Edouard BOEGLIN, paru le 28 juillet 1999 dans le journal L'Alsace / Le Pays
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