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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 22:40


Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention Nationale vote l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. C’est une grande première dans l’histoire de l’humanité, et la fin d’un âpre débat qui a divisé les révolutionnaires depuis la fameuse nuit du 4 août 1789.


 

« DECRET N° 2262. DE LA CONVENTION NATIONALE


du 16. jour Pluviose, an second de la République Française, une & indivisible,


Qui abolit l’Esclavage des Nègres dans les Colonies

La Convention Nationale déclare que l’esclavage des Nègres dans toutes les Colonies est aboli ; en conséquence elle décrète que les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens Français, & jouiront de tous les droits assurés par la constitution. Elle renvoie au comité de salut public, pour lui faire incessamment un rapport sur les mesures à prendre pour assurer l’exécution du présent décret. »


C’est en ces termes, et dans un enthousiasme indescriptible, que la Convention Nationale décide d’abolir l’esclavage dans les colonies le 16 pluviôse an II (4 février 1794). 


C’est à cet instant la fin d’un âpre débat qui a profondément divisé les révolutionnaires depuis la nuit du 4 août 1789. Entre ceux qui, par souci des intérêts financiers aux colonies, sont opposé à l’abolition, et les humanistes abolitionnistes - regroupés au sein de la « Société des amis des Noirs », tels que l’abbé Grégoire, Brissot, Robespierre et Condorcet.

 

Lors de la nuit du 4 août 1789, qui vit l’abolition des privilèges féodaux, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt est ainsi bien seul quand il s’offusque que le principe d’égalité devant la loi ne soit pas étendu aux esclaves.

 

Et pendant plus de trois ans, les efforts des abolitionnistes resteront vains.

 

Ainsi, quand, le 8 mars 1790, l’Assemblée Constituante adopte sans vote un décret qui maintient l’esclavage, suivant les recommandations des colons blancs, des Noirs affranchis et des mulâtres, qui y sont tous favorables. Seul, sur son banc, un député, répondant au nom de Maximilien de Robespierre s’insurgea : « Les Droits de l’Homme sont encore bafoués ! »

 

Ainsi, quand, en mai 1791, un débat très rude a lieu à l’Assemblée Constituante lors de la discussion d’un décret visant à octroyer le droit de vote aux seuls Noirs libres, nés eux-mêmes de parents libres. Malgré l’appui de Sieyès et  les brillantes harangues de Robespierre, l’Assemblée refuse toute extension des « droits de l’humanité » aux esclaves noirs.

 

Ainsi, quand, le 28 mars 1792, l'Assemblée législative se contente d'établir une égalité de droit entre tous les « hommes libres », mettant à nouveau à l’écart les esclaves…


Au côté de ce mouvement intellectuel, qui tire sa légitimité des Lumières, un mouvement d’émancipation des esclaves eux-mêmes se développe durant la Révolution. Sa puissance sera déterminante dans le basculement des députés de la Convention au sujet de l’abolition. C’est ainsi qu’en 1793, à Saint-Domingue, la principale et la plus riche des colonies françaises, un violent soulèvement des affranchis et esclaves s’opère et qui pousse le commissaire de la République, Léger-Félicité Sonthonax, à proclamer la liberté des esclaves le 4 septembre.


Les trois représentants de Saint-Domingue à l’Assemblée, Louis-Pierre Dufay (blanc) Jean-Baptiste Mills (mulâtre libre) et Jean-Baptiste Belley (ancien esclave), vont jouer un grand rôle pour rallier les députés les plus rétifs à l’abolition, alors qu’un nouveau débat sur le sujet va avoir lieu à la Convention.

C’est ainsi qu’après des péripéties incroyables pour traverser un océan Atlantique tenu par la flotte anglaise, ils montent ensemble à la tribune de l’Assemblée, le 4 février 1794. Dufay demande de valider la décision prise par Sonthonax et affirme que tous les Noirs de Saint-Domingue ont juré fidélité à la France républicaine.


Cette proposition est accueillie par une réaction émotive d’applaudissements ininterrompus qui limite les possibilités de contradiction. Levasseur, député de la Sarthe, augmente encore l’enthousiasme de la Convention par une déclaration favorable, avant que Lacroix ne s’écrie : « Président ! Ne souffre pas que la Convention se déshonore par une plus longue discussion. »


L’assemblée se lève tout entière, et Vadier, son président, au milieu d’acclamations révolutionnaires, proclame l’abolition de l’esclavage.


En plus du décret, il est décidé de l’ajout d’un nouvel article à la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793. L’article 18 stipule ainsi que « Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie. »

Pourtant, les discours auront bien du mal à être suivi d’actes concrets.  Alors que Saint-Domingue et la Martinique vont être envahies par les Anglais sitôt l’abolition prononcée, le décret ne sera en définitive appliqué qu'en Guadeloupe, avant d'être finalement abrogé par le Premier Consul en 1802...


Il faudra attendre le 27 avril 1848, et un décret signé par Victor Schoelcher, député de la Martinique et de la Guadeloupe, sous-secrétaire d’Etat à la Marine, pour mettre un terme définitif à l’esclavage dans les colonies françaises.

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 01:25

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Le 21 septembre 1792, la Convention Nationale proclame la République, conséquence logique de l’insurrection du 10 août et de la toute récente victoire de Valmy.

Assigné à résidence au palais des Tuileries depuis juin 1791 et sa fuite à Varennes, le Roi Louis XVI rendait chaque jour la monarchie de plus en plus impopulaire

La menace, durant l’été 1792, d’une inévitable et imminente invasion étrangère, à laquelle on soupçonnait de plus en plus le Roi de montrer de la sympathie, allait mettre le feu aux poudres. 

Le 10 août, une foule de sans-culottes, renforcée de fédérés, s'empara du palais des Tuileries où étaient assignés à résidence Louis XVI et sa famille. Au terme d'une journée d'intenses combats, ces derniers furent internés. L’Assemblée législative concrétisa son issue en prononçant la suspension du Roi. Ce fut la fin effective de la monarchie.

Restait à confirmer la nature du futur régime. L’Assemblée législative vota dans cette optique un décret demandant l'élection au suffrage universel (masculin) d'une « Convention nationale » qui prendrait toutes les mesures « pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité » et ainsi décider des nouvelles institutions du pays.

Les élections eurent lieu en septembre alors même que les Prussiens s’avançaient à grand pas vers Paris. La participation des électeurs fut très faible, et c’est une Convention nationale à forte tonalité « bourgeoise » et peu favorable à la royauté qui sortit des urnes.

C’est le 20 septembre 1792, le jour même où se déroula à Valmy une bataille décisive, que la Convention nationale se réunit pour la première fois. Son issue, annoncée le lendemain, conforta considérablement les aspirations républicaines des députés.

Lorsque Jean-Marie Collot d'Herbois, député de Paris, proposa l'abolition de la royauté et la proclamation de la République, il ne rencontra guère de résistance, tout au plus celle de Claude Basire, un ami de Danton, qui s'efforça de tempérer l'enthousiasme en recommandant une discussion. Mais l'abbé Henri Grégoire, l'évêque constitutionnel de Blois lui répondit vertement : « Qu'est-il besoin de discuter quand tout le monde est d'accord ? Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les Cours sont l'atelier du crime, le foyer de la corruption et la tanière des tyrans. L'histoire des rois est le martyrologue des nations ! ». Jean-François Ducos l'appuya en affirmant que toute explication serait bien inutile « après les lumières répandues le 10 août ».

Cette argumentation sommaire servit de débat, et la décision fut prise à l'unanimité : la royauté fut abolie, la République proclamée. La Convention nationale ne fit en effet qu’achever et concrétiser sur le plan juridique ce que la mobilisation populaire, ce que le peuple en armes avait bâti.

Le 22, la Convention nationale, pour marquer le début d’une nouvelle ère, décida désormais de dater les actes officiels non plus de l'an IV de la Liberté mais de l'an I de la République, jetant les bases de ce qui sera le calendrier républicain.

Le 25, sur la proposition de Couthon, elle vota, à l’unanimité, le fameux décret proclamant que « la République est une et indivisible ».

Aussi, la royauté étant abolie, les députés prêtent désormais le serment de fidélité, non plus au Roi, mais à la Nation :

« Au nom de la Nation,
je jure de maintenir

la liberté et l'égalité
ou de mourir à mon poste »

Enfin, si la Convention nationale sort unanime de ces premiers jours de débat, il n’en sera plus de même quant à la question du sort à réserver au Roi, première et épineuse tâche à résoudre pour la toute jeune République…

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