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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 17:12

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Par Gérard Filoche


C’est une bande organisée au plus haut niveau. Ils trafiquent de l’argent sale, selon leurs propres termes. Ils corrompent. Ils paient des salaires en liquide sans cotisation sociale. Ils se font des prêts à taux zéro, entre eux, illicites. Ils collectent des fonds secrets d’une double comptabilité des entreprises. Ils ont une caisse noire de 600 millions d’euros - certains anciens dirigeants de l’UIMM ont dit qu’elle avait atteint un milliard, qu’ils avaient fait « pareil » que DGS depuis des décennies. Ils sortent des valises de 26 à 32 kg d’argent liquide dont au moins 19 millions - prouvés - depuis l’an 2000. Ils ont même avoué que cela dure depuis bien plus longtemps et que cela porte sur des sommes plus importantes.

On n’a jamais eu un scandale aussi énorme.

La seule chose que DGS ait reconnue c’est que c’était une caisse antigrève - qui devait donc servir aussi à « fausser » la célèbre concurrence « libre ». Denis Gautier-Sauvagnac est toujours en poste comme délégué général de l’UIMM et reçoit 20 000 euros par mois pour faire ce racket et ce trafic d’influence jusqu’à sa retraite prévue en mai 2008 à ses 65 ans. Ils continuent : MM. De Calan, la secrétaire de DGS, et d’autres ont été mis en examen aussi.

Ils se concertent. Des fuites ont été publiées par « Le Parisien » du samedi 1er mars sur leurs réunions en ce sens de fin novembre dernier et de début décembre où ils ont négocié « l’omerta » avec le « parrain » comme dans un « QG » de la mafia.

Ils détruisent les preuves et sont inculpés pour cela, pourquoi ne les empêche-t-on pas ? (le petit trader, Kerviel, de la Société générale a été placé en préventive pour « empêcher qu’il se concerte avec d’éventuels complices » et qu’il « détruise des preuves »). Ils font entrave à la justice en se liguant préventivement contre ses enquêtes, en se prémunissant contre ses verdicts. Pour moins que cela, n’importe quelle bande de ce type serait sous les verrous.

Mme Parisot a reconnu il y a cinq mois qu’elle était « salie » et que « beaucoup savaient inconsciemment » ce « secret de famille honteux ». Elle ne s’est pas lavée depuis. Et c’est son organisation entière qui cautionne aujourd’hui tout cela. On apprend seulement aujourd’hui qu’en début décembre, secrètement, il y a trois mois, ils ont passé un pacte de complicité : DGS ne dira rien, et il lui sera attribué (officiellement) 1,5 million d’euros (combien de Smic ?), ainsi que tous ses frais fiscaux éventuels. Un Pactole pour le silence du « parrain », pour s’assurer de l’omerta. C’est Michel de Virville, successeur de DGS à la présidence de l’UNEDIC l’auteur du premier rapport, en 2004 pour démanteler le Code du travail, très proche de Laurence Parisot, qui a négocié et conclu le « contrat » avec DGS. Que faut-il de plus pour que la bande ne soit pas placée en préventive immédiate ?

Mme Parisot ose à la télévision, interrogée sur les 40 % d’augmentation des salaires des patrons annoncer qu’elle va « saisir la commission d’éthique » du Medef ? Il y a une éthique au Medef ? Et même une « commission d’éthique » ?

M. Sarkozy (qui connaissait le dossier depuis 2004 lorsque le Tracfin l’avait averti en tant que ministre de l’Intérieur, et qui n’avait rien fait alors) M. Fillon et Mme Dati, qui en appellent chaque jour à l’impunité zéro, sont-ils forts avec les faibles et faibles avec les forts ? Ou y a-t-il d’autres complicités plus élevées encore ? Le concurrent de Mme Parisot à la tête du Medef n’était-il pas Guillaume Sarkozy ?

 

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 23:00
code-du-travail.gif Pendant les fêtes, François Fillon a lancé le ballon d'essai : et si l'attaque contre les trente-cinq heures n'était que le cheval de Troie d'une remise en cause du Code du Travail ?
Le « travailler plus » si populaire pendant la campagne présidentielle prend un tour inquiétant. Tandis que le « gagner plus » qui l'accompagne se fait de plus en plus vaporeux, les velléités gouvernementales de révision du code du travail se précisent. Sous les feux de l'actualité : la lettre que François Fillon a fait parvenir aux partenaires sociaux, le 26 décembre, évoquant la possibilité de substituer aux trente-cinq heures comme durée légale du travail des « accords directs entre le salarié et son employeur en matière de durée du travail ». Interrogé mercredi matin sur France Inter, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a fait connaître la position « unanime » des syndicats : c'est non. « On mesure bien les dangers de remettre en cause cette durée légale : c'est le déclenchement des heures supplémentaires, c'est l'absence d'un minimum de solidarité et de régulation », s'est-il alarmé. Pour l'instant, rien n'est joué : il ne s'agit que d'une volonté exprimée par le Premier ministre, et « cette lettre ne décide rien », comme l'a noté le porte parole Laurent Wauquiez sur France 2 et TF1. Mais la missive fillonesque s'inscrit dans un ensemble de dispositions et de propositions très cohérentes…

Le contrat plutôt que la loi
Certaines sont déjà actées, à commencer par le projet de refonte du code du travail, au motif de sa « simplification », entériné par le Parlement le 19 décembre. Le PCF, le PS et les Verts ont voté contre, et plusieurs syndicats (CGT, CFTC, FSU, syndicats de la magistrature et des inspecteurs du travail) s'y sont vivement opposés. Premier motif de colère : « simplifié », le code est passé de 1891 à 3652 articles et de 271 à 1890 subdivisions. « S'il s'agissait de rendre la loi plus accessible, c'est raté », commente Alain Vidalies, secrétaire national du PS aux entreprises. Plus grave, quelque 500 articles sont passés, lors de cette réécriture, de la partie législative, garantie par la loi, à la partie réglementaire, devenant modifiables par décret, sans débat. Pour Gérard Filoche, CGTiste militant et inspecteur du travail, il s'agit de « l'élément majeur », « cela traduit l'esprit de ce qui se passe en ce moment, c'est une remise en cause de l'ordre public social : la loi est effacée au bénéfice d'accords commerciaux et individuels ». Les excellents chiffres de la création d'entreprises (plus de 300 000 crées en 2007, notamment dans le domaine des services aux entreprises) lui donnent raison : d'ores et déjà, de plus en plus de gens quittent les bastions, encore protégés, du salariat pour devenir sous-traitants, free-lance ou micro-entrepreneurs, les accords de gré à gré avec des « clients » se substituant ainsi aux accords de branche avec un patron. Cet « esprit » menace de devenir la norme en s'appliquant aussi aux salariés.

Pas de droit, pas le choix
Au détour d'un article, la nouvelle mouture législative ouvre par exemple la voie au travail le dimanche, le posant comme « subordonné aux besoins du public ». « On nous dit que le travail le dimanche ne s'appliquera qu'aux salariés volontaires, mais on voit bien ce que cela va donner. Si c'est ça ou ne plus avoir de travail, tout le monde est volontaire », commente encore Alain Vidalies. Elle partage aussi les responsabilités en matière d'hygiène et de sécurité au travail entre l'employeur et le salarié, alors que jusque-là seul l'employeur en était responsable. Calée entre la loi sur le service minimum, « sans effet réel, mais tendant à produire des effet dissuasifs sur les grèves », selon Alain Vidalies, et les projets de contrat unique, d'annualisation du Smic et dénonciation des trente-cinq heures, cette refonte du code du travail pourrait n'être qu'une maille dans ce que ses détracteurs appellent désormais le « détricotage » des protections des salariés.

Travailler plus pour gagner moins
Pour s'y opposer, chacun fourbit ses armes. FO, la CGT, Sud, la CFTC et même la CGC sont montées au créneau pour fustiger « un recul social majeur ». Côté syndical, on pointe les contradictions : pourquoi permettre le rachat des RTT et la majoration de 25% des heures supplémentaires si ceux-ci sont amenés à disparaître en même temps que les trente-cinq heures ? « L'objectif est simplement de baisser les salaires, dénonce Gérard Filoche. On travaillera plus pour gagner moins, puisqu'il n'y aura plus d'heures supplémentaires ni de RTT, et donc plus de majoration. » Selon le JDD, le projet Fillon pourrait effectivement se réduire à un beau cadeau fait aux entreprises : « les heures effectuées au-delà de 35 heures resteront défiscalisées et exemptées de cotisations sociales (…) mais en fonction des accords, elles ne seront plus toutes payées avec 25% de bonus. » Côté PS, on met en avant l'accroissement de la concurrence entre les entreprises, tirant vers le bas les salaires et les conditions de travail. Elections municipales obligent, le stand by durera au moins jusqu'en mars prochain. Il devrait être suivi d'une sérieuse accélération du calendrier puisque, toujours selon le JDD, François Fillon envisage de faire passer sa réforme « avant l'été ». Question à mille euros : combien d'articles du Code du Travail peut-on casser en trois mois ?

 
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