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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 22:02
« FRANCHISE » SUR LES SOINS : L’ASSURANCE MALADIE SOLIDAIRE EN DANGER

En matière d’assurance maladie l’UMP et Nicolas Sarkozy ont une idée fixe : l’augmentation des dépenses de santé, ce serait d’abord et avant tout la faute des patients. Il faudrait donc les « responsabiliser », c’est à dire les pénaliser financièrement pour « qu’ils consomment moins », ou, au minimum, pour que « la Sécu rembourse de moins en moins ».

Déremboursements incohérents, augmentation du « ticket modérateur » sur des soins courants, généralisation des dépassements tarifaires pour les médecins spécialistes, invention du forfait de 1€ par acte de soins ou de biologie, du forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91€, l’actuelle majorité a multiplié les atteintes à la prise en charge solidaire des soins. Mais si elle a augmenté le reste à la charge des patients, le déficit de l’assurance maladie n’en a pas été comblé pour autant.

Aujourd’hui Nicolas Sarkozy va plus loin, beaucoup plus loin, en annonçant que s’il est élu il mettra en place une « FRANCHISE » c’est-à-dire un seuil annuel de dépenses en dessous duquel l’assurance maladie ne remboursera rien. Rien du tout. Franchise qui, pour mieux jouer son rôle de dissuasion de la consommation, ne sera pas remboursable par les assurances complémentaires, au moins dans un premier temps.

Nous, professionnels de santé, acteurs du monde associatif ou médico-social, universitaires, représentants des usagers et/ou usagers du système de santé dénonçons les RISQUES MAJEURS D’UNE TELLE FRANCHISE :

Franchise = Régression sociale : Dans son principe même une franchise d’un montant identique pour tous « pèsera » différemment selon les revenus. C’est la fin d’un système d’assurance maladie solidaire dans lequel chacun cotise selon son revenu et qui protège, équitablement, les individus en bonne santé et les malades. On quitte la logique de la solidarité pour celle de l’assurance privée.

Franchise = Menace sur l’accès aux soins des plus modestes :Dans une France où vivent plus de 3 millions de chômeurs et 7 millions de « travailleurs pauvres », 100 € de soins de santé non remboursés ce n’est pas rien… Et ce sont eux qui seront les premières victimes de la franchise si jamais elle voit le jour. La franchise, c’est la remise en cause de ce progrès social et sanitaire évident qu’avait été la création de la CMU.

Franchise = Menace sur l’accès aux soins primaires et la santé publique : Pour les « gros consommateurs », c’est-à-dire les patients atteints de maladies lourdes, il n’y aura pas le choix : il faudra payer. Mais au-dessus du montant de la franchise, ce sera sinon gratuit du moins « comme avant ».
La cible de cette mesure ce sont surtout les petits ou moyens consommateurs qu’il faut dissuader de se faire soigner pour des maladies apparemment moins sévères (celles qui, non soignées, peuvent justement s’aggraver) et bien évidemment pour les actes de prévention que l’on croit toujours pouvoir « reporter » à plus tard. L’inverse d’une politique cohérente de santé publique.

Franchise = Remise en cause du « tiers payant » : Les professionnels de santé ne pouvant savoir si le montant de la franchise a, ou non, déjà été acquitté, les patients devront systématiquement faire intégralement « l’avance de frais ». Ce qui constituerait un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins des plus modestes.

Franchise = Porte ouverte à l’escalade : Nicolas Sarkozy ne s’en est pas caché, cette franchise sera « modulable » c’est-à-direque « si les dépenses augmentent et si le déficit augmente on pourrait augmenter le montant », et comme les dépenses augmenteront, inéluctablement, la franchise augmentera, non moins inéluctablement, et avec elle augmentera la gravité de ses effets pervers.

Nous refusons l’instauration d’une telle « FRANCHISE », socialement injuste, économiquement inefficace et dangereuse pour la santé publique.
Rejoignez-nous afin d’exiger des candidats à la présidentielle une clarification de leur position face à cette menace inacceptable sur l’accès aux soins en France.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 13:29

Scène (tragique) de la vie quotidienne en Sarkozie : trois journaleux (d’i-TELE, France Inter et "Le Monde") servent une soupe crémeuse à Xavier Bertrand, "ministre du travail".

Question : "Un de vos défis est d’instaurer le service minimum..."

Le mot "défi" est ici complètement idiot : pour le nouveau régime, l’instauration du service minimum n’est absolument pas un défi, mais une intention, un projet, clairement énoncé - une menace, qu’il s’agit à présent de mettre à exécution.

Mais ce mot, qui est tout sauf anodin, permet à nos journaleux de présenter Bertrand comme un homme courageux - plutôt que sous les traits du gars chargé de mettre en oeuvre une partie du programme antisocial de Nike Sarkozy.

Le ministre, charmé par tant de prévenance, répond : "Le service minimum n’est plus aujourd’hui un sujet tabou. C’est un dossier qui échappe aux logiques partisanes, puisqu’il y a plus de 80 % des Français qui en veulent".

Nouvelle question : "De quel sondage minable sortez-vous ce chiffre burlesque de 80 % ?"

Je rigole, bien sûr.

Vous imaginez bien que nos journaleux ne posent pas du tout cette question.

Vous imaginez bien qu’ils ne vont pas empêcher Xavier Bertrand de faire son miel des statistiques à deux balles dont eux-mêmes se délectent à longueur d’antennes et de colonnes.

Xavier Bertrand peut donc poursuivre, sans être inquiété : "Aujourd’hui, il y a un droit important, constitutionnel, c’est le droit de grève".

Ce droit, effectivement (très) important, est justement celui que le régime veut abroger en instaurant le service minimum.

Mais Xavier Bertrand ne peut bien sûr pas l’énoncer aussi directement - même avec la complicité des journaleux qui lui passent les plats.

Il commence donc par expliquer : "Quand le droit de grève est exercé, le service est perturbé".

C’est parfaitement juste.

Xavier Bertrand est, on le voit, un observateur avisé de la chose publique.

(Sans doute a-t-il aussi noté qu’après l’hiver vient le printemps.)

Nous pouvons même postuler que la perturbation du service est justement ce qui fait l’intérêt d’une grève - du point de vue des grévistes, qui n’est pas le moins légitime.

Le cheminot qui se met en grève, par exemple, ne fait pas ça pour le plaisir de perdre x journées de salaire : il fait ça pour adresser un signal fort, sur le thème, tu as voulu me niquer, mais désolé, ça va pas être possible, parce que tu vois les jolis trains, là, là, et là ?

Ben je les bloque, et c’est le bordel.

A ce moment-là (voyez Juppé en 95), le gouvernement réalise qu’en effet, la grève met partout un joyeux bordel, et renonce (un peu) à ses projets scélérats.

Je schématise, hein ?

Mais grosso modo, c’est comme ça que ça fonctionne.

Les profs se mettent en grève ?

C’est le bordel partout, derechef.

Les gens ne peuvent plus du tout laisser leurs enfants à l’école, tout le monde s’énerve, et le gouvernement flippe, genre, nooooom de Dieu, est-ce que ma foutue popularité serait pas en chute libre ?

C’est ce que veut dire Xavier Bertrand, avec ses mots à lui, quand il énonce doctement que, pendant la grève, "le service est perturbé".

Il veut dire que la Sarkozie a salement les jetons, à l’idée que les cheminots ou les profs (liste non exhaustive) immobilisent les trains ou ferment les écoles, pour contrecarrer les hideux plans du gouvernement.

Alors Xavier Bertrand introduit, un peu comme dans une chronique d’Eric Le Boucher, une kolossale finesse : "Il faut faire la différence entre la perturbation et la paralysie du système".

En d’autres termes : d’accord pour la grève des cheminots - mais si les trains roulent.

D’accord pour la grève des profs - mais à condition que leurs établissements restent ouverts.

Et pour cause.

A partir du moment où les trains circuleront, à partir du moment où les enfants seront à l’école, nos grévistes pourront gueuler : tout le monde s’en foutra - surtout le gouvernement, qui n’aura plus aucune raison de leur céder quoi que ce soit, puisque le système ne sera plus du tout "perturbé".

Il est scientifiquement prouvé que le gars qui se tape dix bornes à pied matin et soir finit par tendre l’oreille aux revendications des cheminots en grève, et par se demander si au fond ces gens-là n’auraient pas un peu raison de se révolter - alors que le même type, calé dans son RER, n’a que foutre de leurs slogans.

Le service minimum, dont les contours ne sont, vous l’aurez noté, jamais nettement tracés, représente bel et bien une abrogation du droit de grève : l’objectif est de déposséder les agents des services publics de leur seul moyen de pression, qui est en effet la paralysie du système.

Pour (essayer de) nous faire avaler cette gigantesque pilule, Xavier Bertrand nous sort l’habituel argument de ceux qui n’en finissent jamais de briser les reins des travailleurs : "le droit au travail".

Le ministre développe, sans rire : "Ce droit au travail qui est lié à la valeur du travail est aussi constitutionnel".

Et de préciser : "Le droit que vous avez quand vous êtes obligé de prendre les transports en commun, d’aller au travail et de revenir de votre travail".

Xavier Bertrand, on le constate, essaie ici, en fin stratège, de dresser les travailleurs les uns contre les autres : le vilain cheminot qui bloque le train du gentil prolétaire contre le gentil prolétaire qui aimerait que le vilain cheminot arrête un peu de lui bloquer son train.

Bien tenté, Xavier Bertrand !

Mais raté : parce que dans la vraie vie, les choses ne sont pas exactement comme sur un plateau d’i-TELE.

Dans la vraie vie, le cheminot et le prof n’ont pas du tout l’intention d’empêcher leurs voisins d’aller bosser : ils réclament juste des conditions de travail décentes, parce que le sacro-saint "droit au travail", c’est bien beau, mais pas à n’importe quel prix.

Et pour ça, ils sont prêts en effet à paralyser le système - non pour faire chier le populo, qui souffre des mêmes atteintes qu’eux, mais parce que c’est leur seul moyen de se faire entendre, quand on leur tape trop fort sur les conditions de travail.

Instaurer le service minimum, c’est leur ôter ce moyen - ni plus, ni moins.

Xavier Bertrand "oublie" d’ailleurs, très soigneusement, de mentionner que le service minimum n’est pas le seul moyen d’éviter la paralysie du système.

Il en existe un autre, beaucoup plus évident : c’est de prévenir cette paralysie, en évitant, quand on gouverne, d’infliger aux salarié(e)s des coups si rudes, qu’ils n’ont d’autre choix, pour les parer, que de faire grève.

(Une fois la grève déclarée, un autre moyen existe, encore un : la négociation.)

Mais voilà : Nike Sarkozy n’a aucune espèce d’envie de retenir ses coups - puisqu’il veut, notamment, une "réforme" des régimes spéciaux...

Et nous en revenons à nos journaleux, qui posent alors cette question particulièrement débile à Xavier Bertrand : "(...) Vous n’engagerez la réforme des régimes spéciaux qui concernent notamment les entreprises de transport qu’après avoir réformé le service minimum ?"

(Que de réformes, dans cette formulation !)

Pourquoi est-ce une question particulièrement débile ?

Parce que même un enfant de cinq ans sait que la réponse est : "Oui".

Xavier Bertrand le confirme d’ailleurs : "Il a toujours été dit et écrit dans la loi que le rendez-vous pour les retraites, ce serait au début de l’année 2008, et dans ce rendez-vous des retraites, il y aurait notamment la question des régimes spéciaux".

Donc : d’abord le service minimum.

Puis : les régimes spéciaux.

Pourquoi dans cet ordre-là ?

Pourquoi pas l’inverse ?

Ben, est-ce que c’est pas évident ?

Si le régime s’attaque aux retraites des cheminots avant de leur avoir supprimé le droit de grève, que vont faire les cheminots ?

Ils vont se mettre en grève.

Bravo.

Alors que si le régime commence par abroger ce droit en instaurant le service minimum, il aura ensuite un boulevard devant lui, pour tout bousiller.

Il se pointera, la bouche en coeur : "Toc, toc, toc, c’est le régime, je viens vous pourrir vos retraites !"

Les cheminots : "Dans ce cas-là, on se met en grève !"

Le régime : "Faites, je vous en prie, et pendant que vous perdez un gros morceau de salaire, agadez ce qu’on voit au loin, des trains, des jolis trains qui roulent - c’est pas beau, le service minimum ?"

Tout ça est joliment goupillé.

François Chérèque a d’ores et déjà fait savoir qu’il était disponible, pour discuter le coup avec le gouvernement.

Acré Fanfan.

Mettons que les cheminots (et les autres) lui répondent vite fait par une très jolie grève générale illimitée, jusqu’à ce que le régime oublie jusqu’aux mots : "service" et "minimum" ?

En exigeant, cela va de soi, le paiement des jours de grève ?

Vous croyez que la Sarkozie décomplexée ferait donner la troupe ?

Vive Le Feu !

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