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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 18:30

Par Malakine


Il y a deux ans et demi, au lancement de la campagne présidentielle, nous étions peu à nous revendiquer protectionnistes, nous, les chercheurs d'alternative, lecteurs de Todd, de Sapir, d'El Karoui ou Gréau. Il était difficile de nous faire entendre tant le sujet était tabou, ostracisé, ignoré par tous ceux qui pensaient détenir la vérité révélée des lois de l'économie. La vérité c'était le libre échange, la concurrence, la compétitivité. En dehors de la recherche, l'innovation et la spécialisation, point de salut dans l'inévitable et salutaire compétition mondiale.

Cette époque est déjà bien lointaine. Aujourd'hui, tout le monde ne parle plus que de protectionnisme. Même Sarkozy est accusé d'en faire avec son pseudo plan de sauvetage de l'industrie automobile, qui pourtant ne la protège, ni de la concurrence extérieure, ni de l'effondrement de la demande.

Entre temps la crise est passée par là. Le centre économique du monde et son modèle se sont effondré. Le marché autrefois jugé omniscient et infaillible est devenu synonyme de fraude, de cupidité et d'escroquerie. La mondialisation est en crise globale. Et il apparaît chaque jour que la relance dans le cadre d'une économie ouverte est tout simplement impraticable, personne ne souhaitant avec de l'argent public stimuler l'économie des voisins.

Le commerce mondial s'effondre déjà

S'il existe des encore des libre-échangistes par inertie mentale ou fossilisation intellectuelle, le libre échange en tant que modèle économique est mort du seul fait de la fermeture des débouchés par suite de la dépression mondiale. Comme le souligne Jean Luc Gréau, le commerce mondial s'effondre déjà alors qu'aucune barrière protectionniste n'a encore été mise en place.

Le monde entier est donc en train de redécouvrir le terme de protectionnisme, le plus souvent pour conjurer la tentation d'y succomber, mais de plus en plus, pour l'évoquer comme une porte de sortie à ne pas exclure. Le problème, c'est que le terme est tellement diabolisé par des bien-pensants, que le débat est inopérant.

Les thuriféraires de la mondialisation n'entendent pas perdre la face si vite, et même s'ils n'ont plus aucun modèle ni aucune solution à proposer, continuent de polluer le débat avec leurs représentations fausses et caricaturales. Pour continuer à appartenir au cercle de la raison, ils inventent de toute pièce un modèle repoussoir pour alerter l'opinion contre ses dangers mortels et qualifient de protectionnisme tout ce qu'ils réprouvent, de la xénophobie sur le marché du travail, aux aides d'État qui induisent une distorsion de concurrence en passant par les freins à la liberté de circulation des capitaux.

Reconnaissons qu'autrefois la diabolisation du vocable nous arrangeait bien. Le mot était tellement chargé négativement, tellement provocateur, tellement synonyme de rupture qu'il nous servait de concept-bélier pour attaquer symboliquement le système dans son ensemble. Nous savions pourtant, qu'il ne s'agissait pas d'un système alternatif clé en main comme le communisme avait pu l'être, mais simplement d'un instrument de régulation à redécouvrir pour recouvrer une certaine souveraineté économique, dans le cadre d'un système qui resterait capitaliste et libéral. Le protectionnisme n'était pas le point d'arrivée d'une prétendue société idéale, mais le point de départ de tout changement un peu profond.

Le changement de paradigme n'est plus une revendication. Il est devenu une nécessité.  Il est donc temps que le débat se déroule au sein d'un nouveau cadre que l'on qualifiera de « protectionniste » non plus sur son principe, mais sur ses modalités. Mais avant cela, il est nécessaire de repréciser ce que les « protectionnistes historiques » ont toujours entendu promouvoir.

Protectionnisme et retour du collectif

En préambule, il doit être rappelé que le protectionnisme n'est pas un repli égoïste sur son quant à soi sur le mode « Moi plutôt que les autres ». Le protectionnisme est l'antithèse du narcissisme contemporain ou de la loi de la jungle néolibérale. Il ne s'agit pas de se battre avec le voisins pour s'accaparer les quelques miettes qui restent.

Le plan discours de Sarkozy tendant à relocaliser les usines automobiles en France s'inscrit toujours dans un cadre de compétition généralisée où règne la loi du plus fort. Sarkozy revendique d'avoir voix au chapitre après avoir versé quelques milliards, de la même manière qu'un actionnaire entend influer sur la stratégie de l'entreprise dans laquelle il a investi pour assurer le meilleur rendement à son capital.

Le protectionnisme vise au contraire à restaurer l'idée du collectif et à redécouvrir la solidarité qui unit les agents économique au sein d'un même système. La frontière commerciale est davantage ce qui va unir les acteurs à l'intérieur, qu'un élément qui se défend contre les concurrents à l'extérieur.

Dans un système libéral ouvert, l'agent économique est seul dans une recherche de son intérêt personnel et immédiat maximum. Le consommateur cherche à acheter au meilleur prix. Le producteur, à produire au prix le plus bas. L'actionnaire, à maximiser le rendement de son épargne. Le salarié, le meilleur salaire. Le citoyen, le maximum d'avantages de l'Etat... Selon la théorie libérale, cette somme d'intérêts contradictoires et ces rapports de force doivent aboutir à la prospérité commune par la magie de la concurrence et de la main invisible du marché. On a vu le résultat !

Le protectionnisme vise à tout à l'inverse à recréer une notion de communauté économique au sein de laquelle les acteurs auront intérêt au développement mutuel de l'ensemble ou tout au moins à ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Cela suppose une frontière qui définisse un « nous » et un sentiment d'appartenance suffisant pour faire naître une solidarité entre les agents économiques. Un consommateur, soucieux de donner du travail. Un producteur, de distribuer du pouvoir d'achat. Un actionnaire, du développement du marché comme de la production.

Le périmètre ne devra donc pas être trop étroit pour ne pas tuer toute concurrence en son sein, ni trop vaste pour ne pas voir réapparaître des comportements non-coopératifs à courte vue.

Protectionnisme et souveraineté économique

Dans un système de libre échange, le gagnant est toujours le moins disant. L'entreprise la plus «compétitive» est celle qui paie le moins ses salariés, celle qui fabrique avec le moins de normes, qui paie le moins d'impôts et de charges, qui a le salariat le plus docile et le plus flexible ect …

Lorsque la compétition met en jeu un nombre important d'Etats, elle s'étend vite aux systèmes sociaux. S'ils veulent conserver leur compétitivité, les Etats doivent baisser les salaires, réduire l'Etat providence, réduire les normes, diminuer les impôts. C'est exactement ce que le raisonnement de vient de tenir Sarkozy lorsqu'il a décidé de supprimer la TP.

Le protectionnisme vise à casser cette logique de concurrence fiscale, sociale et normative pour retrouver une souveraineté économique et la liberté de définir les règles qui encadrent l'économie. Plus question de faire de chantage à la perte de compétitivité ou de ne prétendre qu'on ne peut rien changer au système tout seul !

Protectionnisme et partage des richesses

Le couple financiarisation – libre échange a rendu impossible toute forme de lutte des classes. Les salariats sont entrés en concurrence les uns avec les autres et sans possibilités de s'allier, quand le patronat s'est dissous dans des lois économiques anonymes et impersonnelles. Dans ces conditions, le rapport de force ne peut que tourner à l'avantage du capital sur le travail.

Le protectionnisme vise à rétablir l'équilibre. En obligeant tout ou partie de la production à être localisée sur les lieux de consommation, le protectionnisme permettra aux salariés de mieux faire valoir leurs droits. Cette condition ne sera peut-être pas suffisante. D'autres mesures d'accompagnement seront probablement nécessaires (relance de l'inflation, taxation des revenus financiers, indexation des salaires …)

Il est en tout état de cause évident qu'un régime de libre échange ne permet aucune relance des salaires. Les polémiques actuelles sur l'impossible relance par la demande l'illustrent abondamment.

Protectionnisme, spécialisation et échanges extérieur

Le protectionnisme fait l'objet de deux séries de critiques récurrentes : Il ne permettrait pas aux économies de se spécialiser ce qui entrainerait une perte d'efficacité et il nous fermerait aux échanges internationaux, ce qui nous priverait des innovations venues de l'étranger. Les deux critiques sont infondées.

La spécialisation s'effectue naturellement et spontanément au sein du périmètre protégé. L'industrie française a toujours été organisée en pôles spécialisés. Il est d'ailleurs possible d'encourager encore ce mouvement au travers de politiques comme les pôles de compétitivité.

En outre, rien n'interdit une forme de spécialisation à l'échelle mondiale. Il ne sera nullement nécessaire de protéger tous les secteurs, même ceux sur lesquels on n'est pas présent. Le protectionnisme ne vise pas à l'autarcie. La tertiairisation des sociétés développées ne permettrait d'ailleurs plus que l'on y fabrique sur place tout ce que l'on y consomme.

On peut ainsi imaginer, qu'aux termes de négociations commerciales, les grandes zones commerciales se reconnaissent des spécialités et abandonnent certaines production à telle ou telle zones voisines ou partenaires, pour ne protéger que les secteurs jugés stratégiques ou vitaux. Dans ces conditions les échanges internationaux substitueraient. Ils pourraient même se remettrent à croire à mesure que la demande se redressera avec le rééquilibrage entre salaires et profits.

L'argument de la fermeture à l'innovation ne tient pas davantage. Les libre échangistes fossilisés aiment ressortir l'argument de la Trabant (voir la chronique de Philippe Manière dans le dernier Marianne) A les entendre, si que les pays de l'Est étaient technologiquement en retard c'est parce qu'ils étaient protectionnistes, rien à avoir avec le fait qu'ils étaient communistes.

Pourtant le protectionnisme n'implique par la fermeture à la circulation des capitaux, pas plus qu'il n'implique une fermeture à l'immigration. Le but n'est pas de produire « français » mais de produire « en France » aux conditions françaises. Quand bien même on empêcherait l'importation de véhicules hybrides du Japon par des taxes prohibitives, rien n'empêcherait Toyota d'installer en Europe une usine de fabrication de sa Prius.

Aujourd'hui, ce qu'on appelle compétitivité n'a plus grand-chose à voir avec la qualité intrinsèque des produits. Il s'agit uniquement d'organiser une folle concurrence par les coûts. C'est cette concurrence - là et uniquement celle là - que les protectionnistes récusent.

La question n'est plus aujourd'hui de savoir si le protectionnisme est la solution ou une tentation à combattre : la globalisation libre échangiste est en crise et ne permet aucune issue à la crise. Nous devons donc changer de paradigme.

La résurgence du thème du protectionnisme n'est que le symptôme de l'écroulement des dogmes anciens et du système économique qu'ils ont produit. La diabolisation du vocable n'est qu'une tentative de nier la réalité de la crise et de l'impossibilité de s'en sortir par les voies traditionnelles.

Si nous vivions dans un monde rationnel, nous débattrions sereinement des moyens permettant une relance des salaires et de l'investissement productif, de la juste dose de protection à mettre en place, de la bonne taille du marché intérieur, des secteurs de la production à protéger et des moyens de le faire, des mesures d'accompagnement à mettre en place en interne et avec les autres ensembles économiques mondiaux.

Si nous étions dans un monde rationnel, nous tenterions d'imaginer un modèle alternatif à celui qui s'écroule sous nos yeux.

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 23:45

Par François Asselineau


Pour tenter de sauver leur économie, leurs emplois et leurs retraites, les Etats-Unis ont décidé de faire bondir leur endettement et leurs déficits publics alors qu’ils sont en situation de quasi-faillite. Plus que jamais, les Américains jugent que nos fameux « critères de Maastricht » sont nuisibles.

Plan Paulson : une explosion de l'endettement américain


L’agence de notation américaine Fitch a fait savoir le samedi 4 octobre que le plan de sauvetage massif du secteur bancaire américain – dit "Plan Paulson" - promulgué la veille par le président Bush va entraîner une augmentation considérable de la dette américaine.

Cette agence rappelle que la dette publique américaine, qui était évaluée à 9.646 milliards de dollars au 31 août, représente d'ores et déjà 67,4% du PIB américain. Et l’agence souligne que, suite au Plan Paulson, cette dette va dépasser très largement la barre des 10.000 milliards en 2009, donc qu'elle "dépassera les 70% du PIB, pour la première fois depuis les années 50".

Selon les analyses d’une autre agence, Daily FX, citées par l’agence France Presse, la dette publique américaine va même bondir "à 11.315 milliards de dollars", ce qui correspondra à rien moins que 80% du PIB américain.

L’agence de notation Fitch précise également que "le déficit budgétaire gouvernemental (fédéral, régional et local) atteindra 10% du PIB en 2009".

Toutes ces informations son tellement importantes qu’il vaut la peine de s’y arrêter un peu pour les commenter. Et cela d'autant plus que l'on peut être sûr que les media français vont les passer peu ou prou sous silence.

La dette publique et le déficit budgétaire américains sont déjà bien plus lourds que ceux de la France…

Comme nous y convie l’agence Fitch, remarquons tout d'abord que la dette publique américaine actuelle atteint un montant égal à 67,4% du PIB des Etats-Unis. L’agence aurait pu ajouter qu’au cours de l’année fiscale 2008, le déficit budgétaire américain a dépassé les 500 milliards de dollars, soit un niveau de l’ordre de -4% du PIB.

Ces niveaux d’endettement public et de déficit budgétaire américains sont très largement ignorés de nos concitoyens, car nos medias et nos responsables politiques les ont toujours soigneusement cachés. Ils sont pourtant fort instructifs à deux égards :

1. d’une part, ils montrent que les Etats-Unis ne s’astreignent nullement à respecter les fameux critères de Maastricht que l'on impose à la France et aux autres pays membres de la zone euro.

Rappelons que ces critères affirment qu'une économie moderne ne devrait en aucun cas dépasser un niveau d’endettement public de 60% du PIB et un niveau de déficit budgétaire de -3% du PIB. Ils fixent également comme principe l’idée que le déficit budgétaire doit, à terme, être égal à zéro et y rester, c'est-à-dire que le budget d'un Etat doit être toujours à l’équilibre et doit même, si possible, dégager des excédents. En bref, ces critères reviennent à la conception économique qui prévalait justement avant la crise des années 30 et les acquis fondamentaux de la théorie keynésienne.

Or les faits sont là : puisque les Etats-Unis, qui sont encore la première économie du monde, ne respectent pas ces critères, c'est bien la preuve que les critères de Maastricht sont à tout le moins arbitraires, contestables, et contestés.

2. d’autre part, l’endettement public américain actuel atteint un ratio sensiblement supérieur à celui de la France, puisque le nôtre – qui était de 65,9% au 31 décembre 2007 – se situe 1,5 point en-dessous du niveau d’endettement public américain.

Puisque les Etats-Unis, Mecque du capitalisme et du libéralisme inlassablement présentée comme modèle à suivre par nos medias, ont une dette publique plus lourde que la nôtre, la preuve est donc faite que le discours politique ambiant en France est un discours de désinformation et de propagande. Car ce discours consiste à culpabiliser les Français depuis des années sur notre niveau d’endettement public, comme s’il s’agissait d’une pathologie extravagante, alors qu’une simple comparaison internationale prouve qu'il n'en est rien.

Ce double constat n’est pas nouveau pour les adhérents et sympathisants de l’Union Populaire Républicaine (UPR) puisque nous ne cessons de le répéter depuis la création même de notre mouvement politique. Nous l’avons d’ailleurs mentionné explicitement dans notre Charte fondatrice du 25 mars 2007.

Depuis sa fondation, l’UPR est ainsi le seul parti politique qui explique aux Français – désespérés par le lavage de cerveau continuel sur notre prétendue faillite collective - que notre endettement public, certes un peu élevé, n’est pas du tout une anomalie, loin s’en faut. Nous sommes les seuls à faire des comparaisons internationales et à rappeler que de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, mais aussi la Belgique, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne ou le Japon, ont des niveaux d’endettement public supérieurs, et souvent très largement supérieurs, au nôtre.

…et les Etats-Unis ont décidé de faire gonfler leur dette publique et leur déficit budgétaire beaucoup plus encore.

Nos analyses ont bien entendu rencontré un certain scepticisme dans les premiers mois d’existence de notre mouvement car elles remettaient en cause les dogmes de la pensée unique, assénés depuis des années comme une vérité absolue par tous les medias et tous les mouvements politiques français. Comment pouvions-nous avoir raison contre tous ?

Mais la pertinence de nos analyses saute désormais aux yeux d'un nombre croissant de Français, comme en témoigne la forte croissance des contacts et des messages d’encouragement que l’UPR reçoit depuis quelques semaines.

De fait, puisque les agences Fitch et Daily FX viennent de nous informer que l’endettement public américain va bondir de 67,4% à près de 80% du PIB tandis que le déficit budgétaire américain va plonger de -4 jusqu’à -10% du PIB, cela signifie que les Etats-Unis, qui estimaient déjà que les fameux critères de Maastricht étaient dépourvus de sens, ont décidé d’adopter une politique qui va tout simplement à l’encontre de la philosophie même qui les sous-tend.

Avec l’adoption du Plan Paulson, les Etats-Unis ont décidé de battre des records de déficit, pulvérisant au passage tous les critères de Maastricht, et cela au motif qu’il faut absolument sauver à la fois l’économie américaine, son système financier, ses emplois et ses retraites.

Examinons pourquoi les autorités américaines agissent de la sorte.

L’endettement public n’est qu’une partie de l’endettement d’une nation


Les faits venus d’outre-Atlantique amènent un nombre croissant de Français à réaliser à quel point les discours politiques européistes dont on les a abreuvés depuis des années étaient trompeurs puisqu’ils focalisaient uniquement leur attention sur le seul endettement public.

Sur la foi d’une idéologie implicite, mais qui saute maintenant aux yeux, ce discours lancinant faisait comme si l’Etat était décidément l’ennemi à abattre, et comme si les dépenses publiques étaient décidément les seules qui posaient problème.

Or, comme nous n’avons pas cessé de l’analyser à l’UPR, et comme la crise des "subprime" le révèle de façon fracassante, l’endettement d’une collectivité nationale est un tout. On ne peut pas porter un jugement éclairé si l'on n’en observe que l'un des compartiments. On ne peut pas juger de la bonne santé financière collective d’un pays si l'on ne prend pas en compte, non seulement l’endettement public, mais aussi l’endettement privé, c'est-à-dire celui des ménages et celui des entreprises.

Le discours sur "l’endettement public insupportable que nous allons transmettre à nos enfants" est un discours mensonger

Du reste, le discours larmoyant continuel de nos dirigeants sur "le niveau de dette publique insupportable que l'on va laisser à nos enfants" prend tout son caractère idéologique et trompeur lorsque l’on songe que nos fameux "enfants" vont également écoper de l’endettement des ménages et des entreprises dont nous leur ferons cadeau.

Or une dette publique présente la particularité de pouvoir être indéfiniment reportable dans le temps puisqu’un Etat, en général, est éternel. C'est ainsi que la France est endettée depuis au moins Philippe le Bel, voici 700 ans, et que toutes les générations qui nous ont précédés ont légué à la suivante un endettement public que nous-mêmes transmettrons à nos enfants, qui le transmettront à leur tour à leurs enfants, et ainsi de suite.

Mais à la différence de l’endettement public, qui est une dette collective indéfiniment reportable, l’endettement des ménages est une somme de millions d’endettements individuels qui ne sont pas, eux, indéfiniment reportables, pour la simple raison que la vie humaine est limitée.

Dès lors, nos fameux "enfants" sur le sort desquels on veut nous apitoyer sont beaucoup plus menacés par un fort taux d’endettement des ménages que par un fort taux d’endettement public. Car si un couple est ruiné par un endettement excessif et perd ainsi les économies de toute une vie, ce sont bien ses enfants qui trinqueront, de la façon la plus concrète qui soit, en démarrant dans la vie sans le moindre héritage.

C'est d’ailleurs justement la tournure que prennent les événements outre-Atlantique. Ce n’est pas la dette publique américaine qui chasse des millions d’Américains de leur domicile – et leurs enfants avec eux - mais bel et bien le monstrueux endettement privé qu’on leur a collectivement fait souscrire. Les faillites personnelles y connaissent une progression effrayante puisque 2.100.000 faillites personnelles ont été enregistrées aux Etats-Unis en 2006, soit 2 fois plus que de divorces ! Et ce nombre connaît actuellement une croissance encore plus vertigineuse, qui ne peut que s’accélérer encore au cours des prochains mois.

De la même façon, l’endettement des entreprises n’est pas indéfiniment reportable et il cesse lorsque l’entreprise est acculée au dépôt de bilan, et se voit contrainte de mettre à la rue tous ses salariés. Dès lors, là aussi, les fameux "enfants" sont beaucoup plus menacés par un fort taux d’endettement des entreprises que par un fort taux d’endettement public. Car si l’entreprise dans laquelle leurs parents travaillent fait faillite, ce sont bien les enfants qui trinqueront, en connaissant les affres de parents au chômage et d’une vie familiale terriblement déstructurée et appauvrie.

D’une façon plus globale, le legs qu’une génération fait à celles qui la suivent ne se limite absolument pas à la seule dette publique. Le legs est un tout. Le legs contient aussi l’endettement privé des ménages et des entreprises, on vient de le dire, mais aussi tout ce qui leur est corrélé :
* un outil industriel et commercial puissant ou affaibli,
* un réseau d’infrastructures performant ou hors d’usage,
* un système sanitaire et hospitalier efficace ou défaillant,
* un système de protection sociale humain ou inhumain,
* un système d’enseignement qui permet l’ascension sociale ou qui la bloque,
* des services publics en zone rurale qui préservent des modes de vie ou des territoires qui se vident sous l’effet implacable de la rétraction de la sphère publique,
* etc., etc.

Vu sous cet angle, qui est le seul économiquement, socialement et historiquement exact, le discours lancinant des européistes sur "le niveau de dette publique insupportable que l'on va laisser à nos enfants" apparaît pour ce qu’il est : une formule à l’emporte-pièces complètement irréfléchie, une propagande scandaleusement réductrice et biaisée, qui ne fait au fond le jeu que d’intérêts politiquement et sociologiquement faciles à deviner : ceux qui sont, par intérêt personnel; contre toute intermédiation sociale de l’Etat.

Où en sont l’endettement des ménages et l’endettement des entreprises, en France et aux Etats-Unis ?

Si l'on veut bien admettre l’analyse qui précède, et si l'on fait l’effort de se soustraire au lavage de cerveau européiste et ultra-libéral pour examiner lucidement l’endettement des ménages et l’endettement des entreprises des deux côtés de l’Atlantique, on découvre qu'il existe un gouffre formidable entre la situation de la France, qui reste favorable, et celle des Etats-Unis, qui est proprement catastrophique :

1. En France, une situation d’endettement encore raisonnable

En dépit des problèmes de surendettement d’une fraction d’entre eux, le niveau d’endettement global des ménages français demeure raisonnable, puisque la Banque de France l’estime à environ 47% du PIB. Encore s’agit-il d’un endettement brut et non d’un endettement net, défalqué de l’épargne mise de côté. Or, parmi les ménages de tous les pays occidentaux, les ménages français sont ceux qui ont le plus fort taux d’épargne (de l’ordre de 16 à 17% du revenu disponible alors que la moyenne de l’Union européenne est à 10%). L’endettement net des ménages français est donc de l’ordre de 30% du PIB.

Quant au niveau d’endettement moyen des entreprises françaises, il demeure relativement satisfaisant, même s'il est en assez forte croissance. Il atteint actuellement un volume de l’ordre de 57% du PIB, selon la Banque de France.

2. Aux Etats-Unis, une situation d’endettement catastrophique

Le taux d’épargne des ménages américains présente en revanche une particularité extraordinaire, dont on ne connaît pas de précédent dans toute l’histoire économique mondiale : depuis quelques années, il est, selon les sources, soit voisin de zéro, soit même négatif. Ce qui signifie qu’en moyenne, les ménages américains n’ont plus le moindre sou devant eux et qu'ils n’ont que des dettes.

Du reste, l’endettement moyen des ménages américains est extraordinairement élevé, du fait que les banques américaines leur ont prêté de l’argent à tout-va pendant des années, notamment pour les prêts à la consommation et les prêts immobiliers, avec la bénédiction de la Réserve Fédérale américaine. On estime ainsi que l’endettement total net des ménages américains est actuellement de l’ordre de 110% du PIB, près de 4 fois supérieur à l’endettement net des ménages français.

C'est d’ailleurs cet hyper-endettement des ménages et l’insolvabilité qui en découle lorsque les taux d'intérêt remontent qui sont justement à l’origine de la fameuse crise des "subprime" qui fait désormais la Une des journaux du monde entier et qui est en train de ravager le système financier américain et mondial.

On estime par ailleurs que l’endettement des entreprises américaines est actuellement de l’ordre de 210% du PIB américain, soit près de 3,5 fois plus que l’endettement des entreprises françaises.

Pour la même raison que les ménages, les entreprises américaines ont en effet bénéficié des largesses extravagantes des banques et de la Réserve Fédérale. Le retournement de la conjoncture associée à la hausse des taux d’intérêt est en train de conduire à la faillite de très nombreuses PME. L’hyper-endettement des entreprises est également au cœur de "l’effet domino" des faillites bancaires américaines.

Le grand secret : l’endettement total des Etats-Unis est 2,7 fois plus grave que l’endettement total de la France

L’ensemble de l’analyse qui précède nous conduit tout naturellement à la conclusion, que les vrais économistes connaissent d’ailleurs parfaitement : à savoir que la donnée essentielle pour juger de la santé financière d’une nation, c'est le niveau d’endettement total de tous ses agents économiques : l’Etat et les collectivités publiques, mais aussi les ménages et les entreprises.

Examinée sous ce critère, la France pâtit, il est vrai, d’un endettement public un peu trop fort par rapport à ce qui serait souhaitable (65,9% du PIB), mais elle bénéficie a contrario d’un endettement net des ménages et d’un endettement des entreprises raisonnables l'un et l'autre. De telle sorte que l'on estime que l’endettement total de la société française, tous agents économiques confondus, tourne autour de 2.800 milliards d’euros, soit environ 153 % de son PIB .

Si l'on veut prendre une image, l’endettement total de la France (public + ménages + entreprise) est ainsi d'un poids comparable à ce que serait, pour un ménage de salariés modestes où le mari et la femme travaillent et gagnent ensemble 3.000 € (20.000 F) de revenus nets par mois, (soit 36.000 € par an), un endettement total de 55.000 €. (360.000 F). Comme on le mesure, il s’agit d'un endettement assez lourd mais encore gérable. Il s’agit même d'un endettement qui peut être judicieux si la contrepartie de cet endettement est la propriété d’une résidence principale d’habitation.

En revanche, examinés sous ce même critère, les Etats-Unis ne pâtissent pas seulement d'un endettement public trop élevé et qui va s’accroître très fortement dans les semaines qui viennent pour atteindre 80% du PIB. Les Etats-Unis souffrent aussi d’un endettement net des ménages (110 % du PIB) et d’un endettement des entreprises (210% du PIB) aussi excessifs l'un que l'autre. De telle sorte que l'on estime que l’endettement total de la société américaine, tous agents économiques confondus, est aujourd'hui supérieur à 53 billions de dollars (53.000 milliards de dollars), qu'il va atteindre très vite 55.000 milliards de dollars avec le Plan Paulson, et qu'il est donc de l’ordre de 410% du PIB des Etats-Unis (ce dernier est de l’ordre de 13.000 milliards de dollars)..

Pour reprendre notre image précédente, l’endettement total des Etats-Unis (public + ménages + entreprise) est d'un poids comparable à ce que serait, pour le même ménage de salariés modestes gagnant 3.600 € par mois (20.000 F), un endettement total de 147.000 € (970.000 F). Comme on le mesure, il s’agit cette fois d'un endettement démesuré et dont les remboursements mensuels sont devenus très excessifs par rapport aux revenus du ménage. Celui-ci n’est plus en mesure de les rembourser et la situation de quasi-faillite est avérée.

En résumé apparaît ici l'un des grands secrets du prétendu dynamisme américain : en pourcentage de leur PIB respectif, l’ensemble de la société américaine est 2,7 fois plus endetté que l’ensemble de la société française. Ce grand secret, les medias et les responsables politiques se sont bien gardés de le dire aux Français, pendant toutes ces longues années où ils ne cessaient de leur donner les Etats-Unis en modèle, tout en osant au même moment les culpabiliser sur l’endettement des seuls pouvoirs publics français !

CONCLUSION : LES ETATS-UNIS, EN QUASI-FAILLITE, CREUSENT LEURS DEFICITS PUBLICS POUR ESSAYER DE S’EN SORTIR

En conclusion, l’UPR propose aux Français de retenir des événements les enseignements essentiels suivants :

1. Ce n’est pas la France mais les Etats-Unis qui sont en situation de quasi-faillite. Car les Etats-Unis sont en moyenne 2,7 fois plus endettés, au prorata de leur PIB, que ne l’est la France et cette situation n’est financièrement plus viable. Contrairement aux responsables français qui semblent soudain découvrir le problème, c'est un constat que l’UPR a fait depuis sa création puisqu’il figure en toutes lettres dans notre Charte fondatrice du 25 mars 2007 (page 2).

2. Cette quasi-faillite américaine ne découle pas du surendettement de l’Etat américain mais du surendettement privé, qu'il soit celui des ménages ou des entreprises.

3. Pour tenter de remédier à une situation devenue catastrophique, les autorités américaines aux abois en sont réduites, comme toujours en pareil cas, à se retourner vers l’Etat, c'est-à-dire vers la collectivité nationale, que les économistes qualifient souvent de l’intéressante expression de"prêteur en dernier ressort". En l’espace de quelques semaines, l’économie américaine est ainsi devenue l’une des principales économies socialistes du monde, si l'on veut bien réduire cet adjectif à son acception d’intervention publique dans l’économie : de fait, les 4 plus grandes institutions financières américaines (Fannie Mae, Freddy Mac, AIG et Washington Mutual) ont été de facto nationalisées.

4. Les événements en cours aux Etats-Unis montrent ainsi l’imbécillité et le parti-pris de la pensée ultra-libérale dont le seul credo est de faire de l’Etat l’ennemi à abattre. Plutôt que de surveiller fiévreusement et idéologiquement le seul endettement public – comme nous en font obligation les stupides critères de Maastricht -, les Etats devraient surveiller l’ensemble des endettements de tous les agents économiques. Et plus particulièrement ceux des ménages et ceux des entreprises, car toute l’expérience historique – de nouveau d’actualité -montre qu’ils sont en général beaucoup plus portés aux excès que l’endettement public.

En conclusion, les événements en cours justifient pleinement la position constante de l’UPR, qui nous a valu bien des quolibets et qui nous vaut maintenant bien des ralliements. Les donneurs de leçons bruxellois et leur modèle d’outre-Atlantique ont plongé la France dans une stratégie suicidaire, que ce soit du point de vue financier, économique, industriel et social, sans parler de l’aspect profondément immoral, et humainement abject, du monde d’escroquerie et de pacotille véhiculé par l’ultra-libéralisme.

La France doit donc cesser de suivre ces mauvais apôtres et reconquérir sa souveraineté économique et financière pour décider librement du niveau d’intervention étatique dont notre pays a besoin. C'est le seul moyen de sortir la France du marasme, et nous devons impérativement laisser les critères de Maastricht aux nigauds ou aux imposteurs qui voient toujours la paille dans l’œil de l’Etat, mais qui se refusent à la voir dans celui des acteurs privés.

Ce ne sont certes pas les responsables qui ont failli qui doivent continuer à nous intimider pour nous dire ce qui est bon pour la France.




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