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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 22:00

Par Michelle Guerci


Les médias l'ont peu évoqué, mais les manifestants cégétistes de jeudi dernier, issus d'usines en lutte contre les restructurations, ont défilé la rage au ventre. Ils exprimaient leur désarroi vis-à-vis de la politique de la direction confédérale qu'ils ne comprennent pas.

«La Bourse flambe à nouveau, les projets reviennent et on continue de licencier? Y en a vraiment ras-le-bol.» Alain, la cinquantaine, salarié de Renault Flins (1) ne décolère pas. Massés derrière leurs banderoles «Non aux licenciements boursiers, patrons voyous, relaxe des six de Conti» sur les marches du palais Brongniart, l’ex-temple de la Bourse, ils forment une étrange photo de famille. Les visages sont las, tendus. La colère, l’écœurement se déchiffrent sur les bouches.

Valeo, Michelin, Renault, Peugeot, Toyota, Goodyear, Continental, Delphi Blois, Faurecia, Freescale, Uti, Dunlop, mais aussi Téléperformance, Manpower, Molex… Ils étaient plusieurs milliers, à manifester jeudi 17 septembre de la place de l’Opéra à La Bourse, venus en délégation de toute la France, de ces entreprises de l’automobile qui restructurent, licencient, et usent, massivement, du chômage partiel. Depuis le début de la crise 150 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie, 300 000 vont l’être, selon Bernard Thibault. (2)

L’initiative est venue des ouvriers de Goodyear à Amiens en grève contre 820 licenciements. (3) En accord avec les «Conti». On se souvient de l’appel de Xavier Matthieu, le délégué CGT de Continental, le 1er septembre, «à monter à Paris», «à l’unité des ouvriers contre le mépris » à la sortie du tribunal de Compiègne après la condamnation de six d’entre eux à des peines de prison avec sursis pour dégradations de bâtiment publics. (4)

Les fédérations CGT de la métallurgie et de la chimie ont entendu le message et sont officiellement les organisatrices de la manifestation. Mais ce sont surtout des délégations locales, des militants de base menacés de licenciements ou en plein conflit qui sont là et forment le gros des maigres troupes. Parce qu’ils veulent dire ici, à Paris, au gouvernement, au patronat qu’ils ne se laisseront pas mettre à terre sans «ameuter tout le pays», comme le dit un militant CGT de Peugeot.(5)

Guerre de nerfs, guerre d’usure



«On est désespéré. On ressent la pression depuis trop longtemps. Aujourd’hui on est là dans un seul but : garder nos emplois et gagner notre vie. Le système ne marche plus. Il y a de moins en moins de personnel et de plus en plus de boulot», raconte Michel, visage fermé, 52 ans, militant CGT de Michelin (6) à Bassens en Gironde.
Beaucoup parlent de guerre, guerre des nerfs, guerre d’usure où tous les coups sont permis. La dureté des méthodes des directions, «ces patrons-voyous», ces multinationales aux dirigeants-actionnaires sans visage et sans nom, «qui jouent le pourrissement car ils ont tout le temps», les procédures non respectées, les semblants de négociations qui ne donnent rien, l’hypocrisie du gouvernement qui «parle beaucoup mais laisse faire», ils y sont tous confrontés. Mais dans cette guerre-là, le rapport des forces est inégal et le secteur se sent seul, très seul.. «Je suis venu à Paris pour soutenir et me faire soutenir par d’autres fédés», explique Joël de Freescale, à Toulouse, en grève contre 1050 licenciements (7). On ne croit pas aux promesses. On a vu ce qui s’est passé avec Molex. Il faut qu’on s’unisse, sinon on est foutus.»

Beaucoup de ceux qui sont là étaient déjà monté à Paris, le 29 janvier puis le 17 mars de l’an dernier aux grandes manifestations unitaires organisées par les confédérations syndicales CGT, CDT, FO, CGC, Solidaires… Que s’est-il passé depuis, pourquoi sont-ils si peu aujourd’hui ? «C’est un appel de la fédération des métallos et de la chimie, pas de la confédé» répond un de ses représentants. «Thibault n’est pas là aujourd’hui non plus, ironise un salarié de Goodyear. «Il n’a pas à être là, il ne peut pas être partout», rétorque-t-on côté direction de la fédération.

Tensions qui en disent long


Sur la camionnette sono, le représentant de la Confédération, Daniel Sanchez, prend longuement la parole : «La crise est un alibi, les entreprises en profitent pour licencier et faire plus de bénéfices.» Applaudissements. De cela, tous sont convaincus. Car ceux qui manifestent aujourd’hui sont, en majorité, employés par des grands groupes transnationaux.

Oui mais voilà, son appel à deux nouvelles journées d’action, les 7 et 22 octobre agace. Jérôme, ouvrier chez Goodyear est exaspéré: «Il faut un mouvement d’ensemble, on n’y arrivera pas chacun dans notre coin. On en a marre de ces trois journées par an de manifs intersyndicales et des négociations des confédérations avec le Medef qui ne donnent rien. » Plus le discours dure, plus elles bougonnent, lèvent les yeux au ciel. Ex-salariées de la Redoute, au chômage, elles sont venues toutes les trois par solidarité avec ceux qui luttent« à la base». «Lui, il n’est là que pour contrôler et éviter les débordements, lancent-elles à l’attention de l’orateur. A La Redoute la CGT n’a rien fait. Sur les douze centres d’appel, un seul marche encore. Les autres ont été délocalisés en 2007 au Maroc ou en Tunisie. Et les licenciements continuent. » (8)

Au micro le délégué CGT de Goodyear, Michael Wamen, martèle «Il faut que la CGT appelle à un mouvement national privé public contre les licenciements et pour interdire le chômage partiel. On ne demande pas de prime de départ, juste qu’on ne nous enlève pas le pain de la bouche. » Applaudissements. «Tous ensemble, grève générale, grève générale
». Le mot d’ordre sera scandé à plusieurs reprises par la foule massée devant le palais Brongniart.

Les Conti lâchés par la confédé

Entouré par caméras et micros, au pied de la camionnette, Xavier Matthieu, le délégué CGT de Continental attend. «Ils ne veulent pas qu’il parle», s’énerve un ouvrier de Goodyear. La tension est palpable. «Ni la confédé, ni la fédération n’ont demandé la relaxe pour les six Conti condamnés», tient à préciser un manifestant.
A côté, adossé aux grilles du palais Brongniart, un petit groupe de dirigeants de la fédération est en plein conciliabule : « On a eu un ultimatum », dit à voix basse l’un deux. Quel ultimatum ? On n’en saura pas plus. «De toutes façons, il y a plein de micros, d’autres camionnettes», se marre Xavier Matthieu. Soudain, il apparaît sur le toit de la voiture-sono. Très applaudi, il raconte les acquis de la lutte des Continental, «80 000 à 100 000 euros selon l’âge et le poste occupé, plus pour les agents de fabrication», dénonce l’inexistence de toutes ces luttes dans la presse, «deux ou trois lignes», revient sur la situation des intérimaires dehors du jour au lendemain sans rien, la nécessité d’un mouvement d’ensemble…
Tout près, un ouvrier de Molex. «Je n’ai pas envie de parler.» Pourquoi ? « 20 postes sont maintenus sur 280. Pour 60 autres, rien sûr de sûr. Je ne veux pas cracher dans la soupe. Thibault a obtenu que le gouvernement s’occupe du dossier. Mais pour ce que ça a donné… On a eu le couteau sous la gorge. On en parlait justement avec les Conti…Je ne comprends plus la politique de la Confédé à l’égard du gouvernement. Et puis, il y a le Congrès, Thibault veut être réélu sans problème. On attend la manif du 22 pour voir…»


1.    En février 2009, 9000 suppressions d’emplois en Europe sont annoncées par Caslos Goshn, pdg de Renault, dont 1000 sur le site de Sandouville.(Source les Echos)`
    2.    Les Echos, 17 septembre 2009.
    3.    En août 2008, le tribunal de grande instance de Nanterre refuse le plan de Goodyaer, géant mondial du pneumatique au motif de «violation de l’obligation de porter à la connaissance du comité d’entreprise l’ensemble de l’opération de restructuration» (source AFP).
    4.    Le 1er septembre, le tribunal correctionnel de Compiègne (Oise) a prononcé des peines allant de trois à six mois de prison avec sursis contre six des sept ouvriers de l’usine Continental de Clairoix poursuivis pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne en avril.
    5.    Le 1er février 2009, Christian Streiff, pdg de Peugeot annonçait un plan de départs «volontaires» de 6000 à 7000 personnes en France sans en informer au préalable les partenaires sociaux. Alors que l’Etat lui accordait un prêt de trois milliards d’euros sur cinq ans. Le 11 février, il parlait de 11 000 départs (Source Libération, février 2009).
    6.    Chez Michelin, 1500 suppression d'emplois, 1800 départs «volontaires » entraînant la fermeture de l'usine de Noyelles-les-Seclin, dans le Nord et une diminution des effectifs dans les usines de Tours et de Montceau-les-Mines. (source Le Monde, 16 juin 2009). Depuis fin 2008, de nombreuses mesures de chômage partiel dans la plupart des sites ont été engagées, notamment à Clermont-Ferrand où travaillent 11 800 salariés.
    7.    Freescale Toulouse. La direction du groupe américain de production de puces électroniques pour l’automobile, a confirmé sa volonté de supprimer 236 emplois en téléphonie mobile «dans les semaines qui viennent» et un plan de licenciements de 820 personnes en production. Depuis la reprise de l’entreprise Motorola par les fonds américains d’investissements, Carlyle et Pacific Group, les effectifs sont passés de 2000 salariés en 2004 à 1750 en janvier 2009. (Déclaration CGT-CFDT-CFTC du 13 septembre 2009). Au total, environ 4.000 salariés sont concernés par le chômage partiel.
    8.    En 2007, La Redoute délocalisait ses centres d’appel au Maroc et en Tunisie. En septembre 2008, Redcats, filiale de vente à distance de PPR annonçait un plan de licenciements de 672 personnes à La Redoute d’ici à 2012. Sans compter ce dernier plan ,1300 licenciements ont eu lieu depuis 2000, à La Redoute. Le groupe PPR a par ailleurs annoncé la suppression de 800 emplois chez Conforama et de 400 à La Fnac. (source La Tribune 18/02/09)


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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 02:29

Par Jean-Luc Mélenchon


Ceci est un post d’actualité. Pas n’importe laquelle. Celle d’une toute petite lutte. Petite, parce que c’est un homme tout seul qui la mène à sa façon, Alain Bourgeois, officier mécanicien au Havre. Mais je la trouve très significative. Elle est pour moi emblématique d’une situation que je veux dorénavant pointer et traiter. Celle de l’abaissement de la souveraineté nationale dans l’application de la loi française par les « investisseurs » étrangers.

Je crois en effet que plusieurs cas du même style nous alertent sur une nouvelle réalité dans les relations de travail quand le patron est un étranger. Je suppose que tout le monde a en tête le cas des Molex. Le seul respect de la loi en vigueur en France y est devenu un enjeu de la négociation. Jusqu’au point où l’on a vu un ministre se réjouir d’annoncer que la direction de l’entreprise s’engageait sur une décision qui n’était pourtant que le respect de la loi. Et le même ministre de se taire sur le fait que, pour le reste, la même direction ne respecte toujours pas la loi française et les décisions des tribunaux français. Je suppose que ce genre de remarque devrait me valoir les foudres de la gauche « prout, prout » qui y verra la marque de mon odieuse xénophobie. Et peut être même pire : de mon nationalisme ! N’empèche. Quand je vois que la loi n’est pas respectée du seul fait que « l’investisseur » est un étranger, le plus souvent nord américain, et que les autorités du pays d’accueil (le notre) semble trouver cela normal je mesure la chaine des conséquences et je comprends ce qu’est devenu le rapport entre notre pays en tant que nation d’une part et le capital et les nord américains d’autre part. Sur ce plan là aussi notre situation se rapproche de celles des nations d’Amérique latine face à l’empire. En ce sens la dimension nationale du combat social prend une actualité et un sens que le terrorisme intellectuel des griots de la mondalisation heureuse et de la puissance tutélaire bienfaisante des USA (genre « Nouvel Observateur ») ne doit pas empécher de voir. Ni d’assumer. Car c’est le niveau minimum minimorum que le respect de la loi du pays concerné pour attester la souveraineté de ce dernier. Bien sur il arrive que nous déléguions de la souveraineté nationale. Mais c’est par la loi que nous en décidons. Ou par les Traités. Comme par exemple en direction de l’Union Européenne. Mais là ? D’ou vient cette spoliation de souveraineté ? D’un pur rapport de force. En face, quoi ? Rien. La seule résistance vient d’en bas. Parfois au singulier absolu. Ainsi de la lutte de mon camarade Alain Bourgeois, officier mécanicien au port du Havre.


POURQUOI ONT-ILS ABANDONNE ALAIN ?


Mon camarade du Parti de Gauche, Alain Bourgeois, officier-mécanicien, est en grève de la faim sur le port du Havre depuis le 13 août dernier. Il dénonce, pour l’ensemble des acteurs de la filière, les atteintes aux conditions de travail des salariés du remorquage des ports, pourtant régulièrement inscrites dans le code général du travail, le code maritime et même les accords de branche ! Jusqu’il y a peu, une compagnie unique, les fameuses « abeilles », était habilitée à remorquer les navires jusqu’aux quais, suivant un cahier des charges extrêmement contraignant et sécurisant, chaque jour et 24h/24h. La vente de la Compagnie à un groupe espagnol et l’arrivée d’une société hollandaise, ont évidemment entraîné une concurrence acharnée. C’est évidemment sur les conditions de travail et leur côut que cette concurrence s’est concentrée, davantage que sur quoique ce soit d’autre comme par exemple la modernisation des outils de travail et des procédures de celui-ci. Comme d’habitude. Ce sont donc les conditions de sécurité et les acquis sociaux qui ont été « modernisés ». C’est à dire saccagés. C’est a présent la fin des congés payés et des dimanches et jours fériés pour les marins des remorqueurs du Havre… et d’ailleurs. Aujourd’hui, par un tour de passe-passe, la Compagnie hollandaise entend imposer 26 semaines de 70h et 26 semaines non travaillées, soit 52 semaines, en faisant l’impasse sur les week-ends repos hebdomadaires, les jours fériés et la totalité des congés. Sévère ! Mais bien sur le salaire restera le même ! Dans le même esprit, on comptabilise dorénavant le repos à posteriori. Seul 9 heures de repos sont accordées quotidiennement. "Décryptons", comme on dit à la télé. Cette comptabilité conduit à imposer des heures d’astreinte non rémunérées à bord. Evidemment ces heures d’astreintes échappent ainsi au régime des heures supplémentaires. Elle est pas belle la vie ? Travailler plus pour gagner moins. L’Inspection du Travail a donné raison à notre camarade Alain Bourgeois. Un comble : La Compagnie en prend acte. Mais elle refuse d’appliquer les accords. Vu ? Pour faire face Alain devrait donc à aller en justice pour les faire appliquer ! Voilà comment le cynisme procédurier achève le tableau du mépris pour la loi. Le libre citoyen Alain Bourgeois, du pays souverain France fait la grève de la faim depuis le treize aôut pour que la loi de son pays soit respectée dans son pays par une compagnie étrangère. Et les autorités du pays ? Rien. Elles ne font rien. Ou bien seulement des coups de mains aux délinquants. Sur place les camarades se relaient pour soutenir Alain en ne le laissant pas seul. Ce sont des militants. L’Etat a disparu.

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