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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 00:54

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Philippe Séguin est mort ce jeudi à l'âge de 66 ans. Si la classe politique lui a rendu un hommage unanime, il n’avait pourtant pas grand chose à voir avec elle.


Philippe Séguin, c’était en effet un tout autre monde, une toute autre conception de la politique. Une toute autre conception de la France, surtout. Gaulliste à la fibre « sociale », défenseur intraitable de la souveraineté nationale - donc de la démocratie -, il avait le sens de l’intérêt général et ne cessa jamais de placer la France et la République au-dessus de tout : au-dessus des clans, des combines, des ambitions personnelles et des modes.


Homme de convictions, à l’honnêteté reconnue et volontiers frondeur, il ne s’abandonnait jamais à la moindre compromission. C’est ainsi que cet homme dit « de droite » - en réalité certainement plus à gauche que le PS actuel -, refusa d’entrer dans le moule de cette droite « UMPétisé » dérivant toujours un peu plus vers un atlanto-libéralisme dont le sarkozysme sera l’aboutissement.


Etranger à la pipolisation et à la politique-spectacle, il se démarquait aussi de bon nombre d’hommes politiques par son intelligence, la profondeur de sa culture historique et politique et son éloquence. Une éloquence qu’il avait su mettre, en 1992, au service de son combat contre le Traité de Maastricht, dans le fameux « discours pour la France », dans lequel il avait déjà tout prévu des impacts désastreux qu’il aurait, lui et l’idéologie qu’il renfermait, pour notre pays.


Malgré son retrait de la vie politique en 2002, il sera toujours resté pour beaucoup un possible recours « gaulliste », d’autant que son ardeur à remplir ce qui était désormais sa tâche de premier président de la Cour des comptes en faisait un féroce poil à gratter de la Sarkozie.


Sa disparition prématurée laisse donc aujourd’hui non seulement un grand vide mais aussi un amer goût d’inachevé. Celui qui avait l’étoffe d’un Président de la République aurait certainement mérité un tout autre destin que les aléas de la vie et de la politique lui auront réservé. Un autre destin, passant peut-être par un rapprochement avec Jean-Pierre Chevènement, qui n'aurait assurément pu être que bénéfique pour la France et les Français...


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« L'Europe que l'on nous propose n'est ni juste, ni libre, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l'anti 1789 »

 

« J'ai parlé de république, de valeurs républicaines. Il faut à ce sujet bien nous entendre. En France, la République n'est pas seulement un régime institutionnel. Et s'il fallait lui trouver une date de naissance, je la situerais à Valmy, le 20 septembre 1792, avec le «peuple en armes», plutôt qu'à la Convention, le lendemain, quand les députés décidèrent d'abolir la monarchie. Car la République, c'est avant tout ce système de valeurs collectives par lequel la France est ce qu'elle est aux yeux du monde. Il y a une République française comme il y eut une République romaine. Depuis l'origine, sa maxime est la même : la souveraineté du peuple, l'appel de la liberté, l'espérance de la justice. Elle est inséparable de la dignité de la personne humaine et de son émancipation, de l'Etat de droit, de l'équité et de l'égalité des chances. Elle est inséparable de la solidarité nationale, de l'ambition collective nationale, de l'esprit national, de l'indépendance nationale, Elle est inséparable de l'Etat qui, en son nom, doit arbitrer, rendre la justice, attaquer inlassablement les privilèges, combattre les féodalités, accorder la primauté aux mérites et à la vertu. C'est dire que forgée dans le même moule, la République n'est pas séparable de la nation. Et tout cela, bien sûr, ne date pas d'hier! »


 

Extrait du Discours pour la France prononcé par Philippe Séguin à l'Assemblée nationale le 5 mai 1992. (discours que vous pouvez retrouver en entier ici.)

 

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 22:59


Ce mercredi, après 44 jours de grève générale en Guadeloupe, un accord répondant aux principales revendications du collectif LKP – dont la plus emblématique portant sur la hausse de 200 euros des bas salaires - a été signé, permettant la reprise de l'activité.

 

C’est incontestablement un soulagement et une victoire pour des Guadeloupéens qui ont pendant un mois et demi exprimé avec force et détermination leur volonté d’en finir avec des injustices sociales devenues de plus insupportables. Des injustices qui plaçaient à des prix abusifs certains produits de base, comme le carburant et l’alimentation. Des injustices qui laissaient les plus bas salaires à un niveau nettement inférieur à ceux de la métropole.

 

Des injustices qui sont dues pour l’essentiel à des monopoles économiques – tenus pour l’essentiel par les « Békés », les descendants des colons blancs - que les dirigeants à Paris ont laissé subsister – voire encourager -, au lieu de considérer et de traiter la Guadeloupe, ainsi que l’ensemble des DOM, comme n’importe quel département français. Avec la législation et la rigueur républicaine qui va avec.

 

C’est cette absence de République qui, dans les DOM, a créé cette puissante vague d’exaspération sociale face à laquelle le gouvernement a montré et montre toujours une irresponsable légèreté. S’enfonçant, ainsi, dans une double stratégie du pourrissement et de l’étouffement – la peur de la contagion jusqu’en métropole étant là -, quitte à se mettre à dos les Français d’outre-mer, quitte à faire plonger les économies locales… plutôt que de brusquer les patronats locaux et leurs privilèges. Des Français d’outre-mer qui, malgré l’effort financier final assez conséquent, n’oublieront pas de si peu le peu de cas qu’on fait d’eux les dirigeants parisiens. Un ressentiment qui fera le lit des antirépublicains, indépendantistes et ethnistes de tous poils, déjà bien ancré par tant de défections de la mère patrie...

 

On a ainsi pu constater aux élections prud’homales de 2008 que l'Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (UGTG), syndicat indépendantiste et racialiste, avait progressé de neuf sièges, pour en arriver à avoir 26 élus sur 44 à pourvoir. Une UGTG dont le secrétaire générale n’est autre qu’Elie Domota, le porte-parole du « Lyannaj Kont Pwofitasyon », le LKP. 

 

Un LKP qui, au milieu de ses revendications pour la plupart profondément légitimes, réclamait entre autres :

 

- La priorité d’embauche pour les Guadeloupéens.

- L’embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aide publique.

- La mise en place de mécanismes fiscaux et douaniers pour développer la préférence guadeloupéenne.

 

Une préférence régionale – et mécaniquement ethniste - qui n’a pourtant pas ému le moins du monde la gauche métropolitaine, qui, de Besancenot à Royal, n’a d’ordinaire pas de mots assez forts pour fustiger la « préférence nationale » du Front National de Jean-Marie Le Pen.

 

Il faut bien avouer que, pour la gauche bien-pensante, le souci d’identité c’est légitime, « cool » et « kiffant » quand ça concerne les « personnes issues de la diversité », une minorité visible, une ethnie. Mais quand on parle de l’« identité nationale » française, c’est évidemment, ni plus ni moins, le signe d’un misérable nationalisme xénophobe qui pointe le bout de son nez.

 

Et, quand Elie Domota use d’approches et propos racialistes à outrance, et finit par demander aux « Békés » de se « casser » de « son » île s’ils ne respectent pas les accords salariaux, ils ne peuvent évidemment rien avoir à redire. Non. C’est tout à fait normal. Rien à voir avec ces salauds, qui, en métropole, osent encore prôner l’assimilation, osent encore refuser que certaines coutumes archaïques soit considérés comme « acceptables » en France. Le racisme n’est évidemment l’apanage que des méchants « blancs ».

 

Une gauche métropolitaine qui ne bronche pas davantage, dans un autre domaine, quand Elie Domota fustige les « prestations sociales ». Des « prestations » qui sont au cœur plus que jamais de leurs programmes et que le porte-parole du LKP leur préfère, dans un souci clairvoyant de revaloriser le travail, une baisse des cotisations sociales.

 

Quoiqu’il en soit, si aujourd’hui, la situation en Guadeloupe est donc provisoirement « calmée », la Martinique est quant à elle toujours en grève générale. Une grève générale reconductible qui pourrait suivre aussi à la Réunion. Une situation que le gouvernement devrait prendre un peu plus au sérieux, même si cela – ô blasphème ! – doit le contraindre à faire face, enfin, à des problèmes analogues en métropole. La République est à ce prix.

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