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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 23:00

Par Jean-Michel LÉOST, Président de la Société des agrégés


Le Bureau de la Société des agrégés de l’Université, réuni le 11 octobre 2008, a examiné le projet de réforme du lycée à la lumière des documents officiels existants (la « feuille de route » intitulée Points de convergence sur les principes directeurs de la réforme du lycée et le Point de situation publié le 17 juillet) et d’après les informations obtenues lors d’une audience auprès du Recteur Jean-Paul de Gaudemar, le 1er octobre.

La Société des agrégés condamne le projet de réforme du lycée, tel qu’il est actuellement connu. Elle estime qu’il ne contient aucun élément positif et qu’il contribuerait à accentuer la décadence de l’enseignement secondaire, initiée par la loi Jospin de 1989 et la réforme Allègre de 1999.

La Société des agrégés dénonce dans ce projet une diminution importante des horaires disciplinaires qui privera les élèves d’enseignements fondamentaux et d’options formatrices. De plus, l’avenir des enseignements technologiques est laissé en suspens.

L’organisation en modules semestriels, qui concernerait obligatoirement les enseignements complémentaires et sans doute les enseignements communs, aurait de nombreux effets pervers : émiettement des enseignements, concurrence entre les disciplines avec un risque de démagogie, parcours d’initiés ou soumis aux effets de la mode, transformation de l’élève en usager consommateur, appauvrissement culturel, sans compter la complication des emplois du temps, l’anonymat engendré par le système, l’absence de repères pour les élèves et pour leur famille...

Le Ministère affirme vouloir mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur, oubliant que l’échec dans l’enseignement supérieur provient principalement des carences disciplinaires de beaucoup d’élèves et de la diminution des exigences. Il pratique ainsi une fuite en avant qui contraindra l’enseignement supérieur à pallier davantage encore les défaillances du lycée et aboutira à une dévalorisation des diplômes.

En prétendant que chaque élève pourra choisir un parcours adapté, le Ministère semble vouloir donner l’illusion de « la réussite pour tous les élèves », alors que cette organisation accentuera les inégalités entre les établissements et entre les élèves. En effet, les familles les mieux informées, appartenant aux milieux socialement et culturellement favorisées, inscriront leurs enfants dans les établissements les plus performants ou trouveront ailleurs un supplément de savoir et de culture. L’autonomie accrue des établissements, loin d’être un facteur de progrès, permettra à l’État de fuir ses responsabilités, pourtant rappelées par la Constitution, en matière d’enseignement.

Enfin, le baccalauréat subira nécessairement les effets de cette réforme. La structure modulaire conduira à une extension du contrôle continu et à la fin du baccalauréat national. La Société des agrégés dénonce plus généralement dans ce projet de réforme la perversion des valeurs républicaines. L’école doit former des citoyens libres et éclairés. Elle doit donc dispenser à tous, quelles que soient leurs origines, le savoir qui permet d’être un homme libre, capable de jugement critique, et qui donne l’aptitude à un métier. Le projet de réforme du lycée est un projet technocratique et sans âme qui va à l’encontre de ces valeurs.

La Société des agrégés estime donc que ce projet, tel qu’il est actuellement conçu, est totalement inacceptable. Elle appelle tous les professeurs et tous les parents à le rejeter. Elle demande au Ministre de l’Éducation nationale de rompre avec les inspirateurs de cette réforme, de résister à une vision purement comptable de l’enseignement et de ne pas participer à la destruction de l’école de la République.

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 16:45

Nous, parents, élèves et étudiants, enseignants, citoyens, nous appelons à renforcer le mouvement populaire d’opposition à la suppression de 11 200 postes dans l’Éducation Nationale, annoncée par le ministre Xavier Darcos.

En effet, on ne peut justifier cette suppression en disant que l’encadrement moyen en France est de 10,5 élèves par enseignant : il existe des classes à effectifs réduits, des dédoublements, des groupes de soutien. Faut-il les supprimer ? Peut-on par ailleurs étudier et enseigner efficacement dans des classes surchargées ? Encore une fois, ce seront les élèves les plus en difficulté, scolairement et souvent socialement, qui en feront les frais.

Et on ne peut pas répondre que ces suppressions de postes seront compensées en heures supplémentaires. Outre que, dans l’Éducation Nationale, les heures supplémentaires sont mal payées et qu’on entend donc obtenir des enseignants qu’ils travaillent plus pour gagner moins, les enseignants ont besoin de temps libre pour préparer efficacement leurs cours et corriger leurs copies.

En fait, on sait que cette réduction est destinée à être suivie d’autres réductions dans les années à venir, qui enlèveront à l’enseignement public encore de son efficacité. Quand le quantitatif devient aussi désastreux, il ne peut que nuire à cette qualité que le ministre prétend viser.
On sait aussi que ces coupes sombres doivent aller de pair avec un nouveau dégraissage dans les horaires d’enseignement. En témoigne déjà la réforme des lycées professionnels dont les élèves, très souvent en difficulté, n’auront que trois ans au lieu de quatre pour préparer un bac pro, sans avoir à mi-parcours l’acquis d’un BEP. Cela en découragera un grand nombre et dévalorisera le bac pro : ainsi le ministre, prétendant élever le niveau des qualifications, travaille à le faire baisser.

En témoignent aussi les projets annoncés de réforme du lycée général et technique, avec réduction d’horaires et coupes sombres sur les options, dans la continuité aggravée des décennies passées.

Le ministre affecte par ailleurs de vouloir ramener l'école à sa fonction d'instruction, avec des programmes clairs, simples, axés sur des contenus consistants et laissant liberté pédagogique aux enseignants. C’est ce que nous réclamons depuis longtemps. Mais que valent ces effets d’annonce quand les moyens sont encore diminués ?

On ne peut pas devenir plus savant avec moins d’heures d’enseignement. Ainsi la suppression des heures du samedi matin dans le primaire est scandaleuse. Elles seront, nous dit-on, remplacées par des heures de soutien, c'est-à-dire pour remédier aux dégâts précisément causés par la réduction des heures !

Par exemple, à l’heure actuelle un élève sortant du collège a reçu depuis le début de sa scolarité 800 heures de français de moins qu'en 1976. Il importe de revenir à des horaires substantiels, notamment dans les disciplines fondamentales, mais aussi dans toutes les disciplines à vocation générale qui concourent à former l’homme et le citoyen. Ces horaires d’enseignement, (comprenant les travaux dirigés faits en classe sous la conduite du professeur), ainsi que des horaires supplémentaires de soutien et d’étude, sont particulièrement nécessaires pour préserver le droit à l’instruction de ceux qui ne sont pas aidés par leurs familles ou portés par leur milieu.

On peut certes espérer que de meilleurs programmes et des pédagogies plus efficaces centrées sur les contenus disciplinaires améliorent à terme le niveau des élèves, sous réserve que les moyens nécessaires soient mis en œuvre Mais en attendant qu’ils produisent leurs effets, il est nécessaire de panser les plaies pour ceux qui sont déjà engagés dans le cursus scolaire : les cours, les heures dédoublées, les options, le soutien leur sont doublement indispensables.

Moins que jamais, par conséquent, il ne peut être question de procéder à des coupes sombres dans l’Éducation Nationale. Celles qu’on nous annonce ne sont qu’une étape, après d’autres, dans le processus de marchandisation de l’éducation prévu par l’Accord Général sur le Commerce des Services : il s’agit de vider le service public d’enseignement de son contenu, renvoyant les élèves dont les parents en ont les moyens vers des officines de cours complémentaires (financées à 50 % par l’État via les réductions d’impôt !) ou vers des établissements privés.


Par le Secteur Ecole de l'UFAL

Premiers signataires: Bernard TEPER (Président de l'Ufal), Marie PERRET (Secrétaire nationale de l'Ufal - responsable du secteur école de l'Ufal), Catherine KINTZLER (Philosophe), l'association Sauver Les Lettres et Jean-Marie KINTZLER (professeur de philosophie honoraire)


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