Culture et mémoire républicaine

 

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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 23:01

Par Jean-Michel Hureau


Le Pen est toujours très soucieux de soigner son image. Il faut dire que, comme c’est à peu près tout sauf un imbécile, il a bien compris qu’il fallait qu’il apparaisse comme un candidat ordinaire. Ordinaire dans le sens où il ne serait finalement que comme les autres dans sa course à l’Elysée, en se situant dans le cadre strictement républicain. Alors, il fait des efforts pour se montrer rassurant. Il va faire une petite escapade à Valmy pour glorifier les valeurs de la République, il fait une petite excursion au moulin de Verzy, près de Reims, pour y exposer sa vision de la République et de la Nation, il rend hommage à de Lattre de Tassigny et Clemenceau en pleine Villierie. Ah, quand même, là, il fait une petite gaffe dans ce beau paysage républicain en saluant « les vestiges de la chouannerie, étendards éternels de la vieille France catholique et royale ». A la fête du Front national, il salue cordialement Dieudonné, dont on se demande bien, d’ailleurs, ce qu’il est allé y faire. Bref, il ratisse large en portant ses efforts sur les zones urbaines où il sait que son électorat est déficitaire ou alors, vers des catégories socio-professionnelles comme il va le faire en novembre dans le Vaucluse avec les agriculteurs et les viticulteurs. Le but étant de se présenter comme une espèce de père de la nation, rassembleur et constructif, afin de ne pas prendre au deuxième tour une casquette comme celle de 2002. Car, au deuxième tour, il s’y voit déjà, ce en quoi il n’a, malheureusement, peut-être pas tort.

Seulement voilà. A chaque fois qu’il nous fait le coup, il y a toujours quelque chose qui vient le remettre à sa juste place. Soit il dérape lui-même avec une petite phrase dont il a le secret, soit c’est un de ses proches. Les dernières bien connues sur l’occupation allemande pas si inhumaine ou le petit détail de l’histoire, par lui, ou sur l’existence des chambres à gaz, par Gollnisch. Cette fois, pas de petite phrase, ses discours sont réglés au cordeau, les réponses à la presse sont brèves et il joue parfaitement dans la modération.

Il s’agit maintenant d’un autre événement, complètement en dehors de ses interventions, mais qui dévoile bien où sont ses amis politiques. Le Front National veut créer un nouveau groupe d’extrême-droite au Parlement européen. Gollnisch et Lang en sont les inspirateurs et les bâtisseurs. La création d’un groupe nécessite 19 eurodéputés de 5 nationalités. Pour le moment, les membres potentiels siègent en qualité de non-inscrits. Et tout ce joli monde était attendu à la Grande Kermesse du Front. Quel est donc ce beau linge ?

— Heinz-Christian Strache, du FPÖ autrichien, parti xénophobe qui trouve Jorg Haider trop mou.
— Frank Vanhecke, du Vlaams Belang belge, dont plusieurs associations proches ont été condamnées pour racisme et xénophobie.
— Luca Romagnoli, du Mouvement social flamme tricolore (MSFT) italien, néofasciste.

D’autres se bousculent au portillon et aimeraient bien faire partie des fondateurs, et pour cela, il faudrait attendre le 1er janvier 2007, puisqu’ils ne sont aujourd’hui qu’observateurs au Parlement européen :
— Volen Siderov, du Ataka bulgare, ultranationaliste, xénophobe et antisémite, présent au second tour de la présidentielle en octobre 2006.
— Cornelius Vadim Tudor, du Parti de la grande Roumanie (PRM), xénophobe et antisémite.

Ont été contactés aussi :
— Ashley Mote, du UK Independence Party britannique.
— Les trois eurodéputés dissidents de la Ligue des familles polonaises.
— Gerhard Frey, de la DVU allemande, antisémite.
— Udo Voigt, du Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) allemand, néonazi.
— Nick Griffin, du British National Party britannique, antimusulman.
— Blas Pinar, du Frente Español. Il dirigeait Fuerza Nueva, phalangiste.
— Roberto Fiore, de Forza Nuova italien, ouvertement fasciste.
— Istvan Csurka, du Parti de la justice et de la vie hongrois, condamné pour antisémitisme.
— Vojislav Seselj, du Parti radical serbe, emprisonné à La Haye.

Toute la fine fleur de l’extrême-droite, fasciste, néonazie, raciste, xénophobe, antisémite, ultracatholique et ultranationaliste.

Et le « Dérapeur borgne » voudrait encore nous faire avaler qu’il s’est assagi et est devenu un bon républicain pantouflard ? Eh, eh...

Pour se souvenir de la composition de l’extrême-droite au Parlement européen : http://www.touteleurope.fr/fr/nc/pr.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 23:05

Et si Chevènement était l’homme de la synthèse des aspirations des Français? Notre modèle républicain français est en constante évolution; il est à construire plutôt qu’à détricoter.

Alors que les débats du PS virent à la foire d’empoigne et masquent mal le malaise qui envahit ce parti, alors que les médias veulent replonger la tête des citoyens dans le tout sécuritaire, ce diable de Jean-Pierre Chevènement fait désirer sa candidature à l’élection présidentielle et propose dans son ouvrage, La faute de M. Monnet, une voie vers l’Europe des républiques.

Je souhaite la candidature de Jean-Pierre Chevènement. D’ailleurs, comme il est un des fondateurs du PS, pourquoi ne se désisterait-on pas pour lui à gauche ?

Dans le contexte de ces dernières années, notamment depuis 2001, la société est en proie à une grande violence, nous avons collectivement besoin de nous retrouver autour d’un projet de société plus égalitaire, et autour des puissants principes de la laïcité... Comment mieux unifier la gauche et le pays tout entier qu’en élisant un président autour des valeurs de la nation, cette république sociale, unique et indivisible que devrait être la France, et qu’elle n’est plus tout à fait ?

Qui mieux que Jean-Pierre Chevènement, en effet, dont on connaît l’expérience et la synthèse, dans un projet pour la France et pour l’Europe, rendra la fierté aux entités nationales, dont les symboles et la réalité sont littéralement bricolés en France depuis quelques septennats, dérobés en Europe sous nos yeux par des années de privatisations, de discours lepénistes et de gesticulations impuissantes face à la méthode "à la va-comme-je-te-pousse" de Bruxelles ?

Dans les discours des présidentiables de la gauche, peu de traces d’une volonté politique industrielle et commerciale, ou encore de politique étrangère sérieuse qui garantirait la France de ne pas se trouver à la remorque des Etats-Unis. Pas beaucoup de traces non plus d’une volonté d’indépendance énergétique à long terme face aux gouffres de la déplétion pétrolière à venir.

Qui mieux que Jean-Pierre Chevènement pourrait se faire le porte-voix des "nous autres", Français de toutes souches et "Français de préférence" aussi, nous autres employés flexibilisés, nous autres citoyens devenus ombres de nous-mêmes, "citoyens dessaisis au profit de la toute-puissance des marchés"...

Qui d’autre mieux que ce Chevènement-là, cinq fois ministre, expert des questions du Moyen-Orient et de géostratégie, mais aussi à l’initiative de dispositifs proches des citoyens -comme cette police de proximité que Sarkozy a révoquée- puis rapporteur de quelques grandes lois sous la Ve République, comme celle de l’intercommunalité ou la "parité hommes-femmes", qui d’autre mieux que lui devrait se présenter ?

Qui d’autre de mieux devrait occuper le terrain dans la situation de déliquescence sociale et politique où nous sommes ?

Réveillons-nous ! Nous sommes au temps inouï où un cavalier ministre de l’Intérieur fait du steeple-chase à Washington au-dessus de nos têtes, passant outre cinquante années de politique étrangère. Nous sommes au temps où hier soir encore les enfants de la nation s’attaquaient dans leur quartier aux écoles mêmes où ils ont fait leurs premiers pas, incendiaient les transports en commun qui ne conduisent plus désormais leurs parents au travail, et l’euro n’aidant pas, le panier de la ménagère est plus difficile à remplir que jamais.

Et puis, il faut dire que le débat du PS n’est pas celui qu’on nous présente. Cela n’a échappé à personne, la ligne de fracture au sein de ce parti est passée par le oui. Même si, le temps d’une campagne référendaire, cette tendance s’était inversée au sein des militants, la ligne d’éclatement du PS passe précisément entre Fabius et Strauss-Kahn.
Ségolène Royal, en brave soldate, n’est là que pour lever un écran de fumée devant cette véritable scission qui menace l’entité même du Parti socialiste.

Royal et Strauss-Kahn, c’est Pince-mi et Pince-moi, et vu le peu d’aisance de la candidate favorite dans les débats, on imagine quel massacre ferait un Nicolas Sarkozy dont on n’oublie pas qu’il a été le seul homme politique de ces vingt dernières années à moucher Jean-Marie Le Pen en direct à la télévision.

Alors, pourquoi décréter que la candidature de Chevènement, ("une grande intelligence à gauche", selon Claude Bartolone) serait superflue ? Le Parti socialiste, à coups de faux sondages, désigne finalement Fabius comme le mouton noir (car il en faut toujours un) et propose un pseudo choix crucial entre Mme Royal et M. Strauss-Kahn, deuxième gauche et seconde gauche... revanche pas si inconsciente.

Sur le plan du parlementarisme, dans les nécessaires négociations des partis de gauche en vue d’une plus grande représentativité des sensibilités politiques à l’Assemblée nationale, le Parti socialiste n’a pas eu un geste pour les formations de gauche de la mouvance du non, convaincu qu’il a déjà gagné les législatives de juin 2007 ! Comment mieux enfoncer le clou de l’autosuffisance ?

Or, en 2007 le risque est élevé d’une nouvelle cohabitation entre un président choisi par défaut, et une assemblée partagée entre deux grands courants ultramajoritaires et écrasants, en accord sur bien des sujets comme un seul béni-oui-oui.

Ah, évidemment, Chevènement, ce n’est pas qu’il ait une belle gueule, ni le dentier refait, mais enfin quoi, l’élection présidentielle doit-elle ressembler à un casting ou à un comice agricole ? L’affaire est autrement sérieuse. Quel candidat aurait une meilleure légitimité présidentielle, augmentée du fait que celui-ci incarnerait une bonne partie des Français qui ont voté non en 2005 ? Augmentée du fait qu’il n’y aurait pas d’autre homme d’Etat de sa stature à gauche qui ait porté aussi clairement l’explication de ce refus franc et massif.

En 2002 , Chevènement avait réuni autour de son projet quelque 1 500 000 voix, soit 5,33%. Alors pour 2007, s’il est candidat, je lui souhaite bonne route, car soyons-en sûrs -un certain François Bayrou vient, lui, de l’apprendre à ses dépens- ce sera sans compter le sabotage des médias, dont il faut rappeler que les argentiers ont intérêt à favoriser l’exposition télévisuelle des candidats peu légitimes dans la fonction présidentielle et surtout des serviteurs zélés du néolibéralisme financier.

Lire : La faute de M. Monnet, Editions Fayard, 148 pages, 9 euros.

 

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