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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 02:59

Je publie ci-dessous un appel de républicains gaullistes à voter pour François Bayrou. Bien que je ne le soutiens pas, il mérite sa lecture.


Les 55 % de Français qui ont voté non au projet de constitution européenne ne sauraient se satisfaire d’une situation où les trois candidats en mesure de l’emporter à la prochaine élection présidentielle se trouvent dans le camp du « oui ». Encore moins les gaullistes et les républicains que nous sommes.

Comment ne pas voir dans cette situation paradoxale un succès de la nouvelle oligarchie des médias et de la finance, alliée à des forces internationales décidées à faire disparaître l’« exception française » ?

Comment ne pas y voir surtout la prise en otage de l’élection présidentielle par les grands partis, à l’inverse de ce qu’avait voulu le fondateur de la Ve République ?

Mais la politique ne consiste pas, au moment d’une grande échéance nationale, à se retirer sur l’Aventin. Désireux de peser malgré tout sur la future élection, nous avons décidé de voter et d’appeler à voter pour François Bayrou. Sa culture politique d’origine est certes très différente de la nôtre. Mais l’histoire n’est-elle pas une est une recomposition permanente des sensibilités en fonction des événements et des enjeux ?

Les convictions européennes de François Bayrou, ne sont pas davantage les nôtres. Nous ne pensons pas pour notre part qu’il puisse y avoir de vraie démocratie hors du cadre national. Et même si l’on approuve le principe de politiques européennes communes, nous pensons que celles qui sont effectivement conduites aujourd’hui à l’initiative de la Commission de Bruxelles et de la BCE : euro fort, libre échange généralisé, refus des politique industrielles, destruction du service public, centralisme normatif, sont désastreuses pour les peuples d’Europe.

Même s’il n’existe pas de différence de fond entre les trois « grands candidats » quant au projet européen, nous pensons cependant que François Bayrou a, mieux que les autres, perçu l’ampleur de l’exaspération populaire qui s’exprime aujourd’hui et la profondeur de la crise de confiance qui sépare le peuple de France de ses élites politiques.

Son engagement de ne prendre aucune initiative européenne sans la soumettre à référendum montre qu’il a compris qu’il ne saurait être d’Europe qui vaille sans adhésion populaire légitimée par le suffrage universel.

De même, François Bayrou s’est déclaré opposé à l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne : c’est une position que nous approuvons ; sans le droit de veto de la France à l’ONU, la France n’aurait pu peser comme elle l’a fait face à la guerre d’Irak.

Son projet d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives et de rétablir l’indépendance des grands médias est par ailleurs conforme à l’esprit de nos institutions.

La présence de François Bayrou au second tour, après le référendum de 2005, apparaîtrait, dans la crise que traverse notre pays, comme un salutaire électrochoc.

L’intéressé, sur la lancée de la campagne qu’il a mené jusqu’ici, doit cependant aller clairement à la rencontre des millions de Français qui ont rejeté en 2005 une certaine Europe : celle de la technocratie, de l’ultralibéralisme et de la désindustrialisation.

Ne s’appuyant pas sur une formation politique de premier plan, prenant à parti le système et proclamant son intention de rassembler les Français par-delà la droite et la gauche, François Bayrou s’inscrit dans la logique de l’élection du président de la République au suffrage universel.

Tous ceux qui ne veulent pas enfermer le débat politique français dans la fausse bipolarité UMP/PS, ni ne souhaitent un nouveau et stérile 21 avril, auront à cœur de favoriser son succès.

Signataires : Elizabeth ALTSCHULL, enseignante, essayiste ; Guy BOIS, historien ; François GAUDU, professeur de droit ; Roland HUREAUX, haut fonctionnaire, essayiste ; Claude ROCHET, professeur de gestion.

Contact, signatures : fgauealt@easynet.fr

 

Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 12:45

C'est sûr, maintenant il me fait peur. Ce président en puissance que je croyais assez subtil pour ménager la chèvre et le chou, voilà qu'il joue les grands méchants loups avec une candeur qui fait froid dans le dos. Ce monsieur manie des idées dangereuses, et ça fait de lui, à l'heure où la France s'apprête à voter, un danger public. Un danger pour la République, un danger pour les valeurs démocratiques et un danger pour les droits de l'Homme. Il ressuscite des thèses qui semblent être l'antithèse de la décision, prise il y a quelques semaines par le Conseil Constitutionnel, de rayer définitivement la peine de mort de notre droit. Drôle de pays en vérité, où un parti majoritaire donne son soutien unanime à celui qui bafoue avec le moins de scrupule ses décisions les plus dignes.

Les journaux lui servent la soupe

Mais ce qui m'a le plus effrayé, ce soir, devant la messe vespérale de notre Pujadas national, c'est finalement la cohérence parfaite de ses propos avec la sinistre "réalité" française que les médias nous font avaler. A voir les gros titres (deux viols dont un multi-récidiviste, un flic tué "par accident" par des jeunes à la Foire du Trône), on croirait qu'ils nous refont le coup de l'élection 2002 sur le thème sécuritaire. Oui, les faits divers sont devenus les terrains d'affrontement de l'idéologie politique, le moyen de faire passer au grand public, sous couvert d'exemples poignants, les idées les moins recommandables. J'ai du mal à m'y faire, mais qu'y peut-on ? Si encore les journalistes nous la jouaient engagés, on pourrait trier le bon grain de l'ivraie. Mais là, le fait divers a force de loi. On grossit, on biaise, on coupe, on raccourcit en toute bonne foi.

Sarkozy dit des conneries sur les prédispositions génétiques à la pédophilie ou au suicide, nous accorde le présentateur. Mais il y a quand même un fond de vérité, disent les autres sujets. Et on lui sert la soupe à volonté : le sujet sur Pierre Bodein, l'immonde violeur assassin, devient un plaidoyer contre la remise de peine, sur le thème de la multirécidive chère au petit Nicolas.

Dans cette mise en lumière d'un fait troublant, les statistiques nationales n'ont plus d'importance. Peu importe que les délinquants sexuels soient moins enclins à la récidive (1,3%) que pour les autres crimes (5%) et nettement moins que pour les délits (31%) (de source sénatoriale). On s'arrête en revanche, avec un savant calcul, sur les remises peine énormes dont a bénéficié Bodein. L'important est de faire passer un message. Et quel message ?

Criminel dès la naissance

Ce qui est dit sans être dit, c'est que, finalement, ce "Pierrot le Fou" était déjà pédophile tueur psychopathe avant l'heure. Il aurait fallu l'empêcher de nuire bien avant, quand il cambriolait simplement à main armée. Ou même à l'adolescence. Il aurait fallu le coffrer à vie au premier délit commis, sans aucune chance de s'en sortir. La mère de la victime demande exactement ça, et on la comprend, finalement.

Et là, devant la force de l'exemple, il faut être un monstre sans coeur pour oser parler de "bonne conduite" et de droits de l'accusé, ou de pardon. On est plein d'empathie pour la victime, on veut lyncher le sale violeur, quitte à bafouer ses droits (il a tout bafoué, lui) et ceux de l'Homme en général.

Sarko avait déjà tenté de nous faire le coup avec des gamins de trois ans (cf. le rapport de l'Inserm sur les troubles comportementaux et la prévention de la délinquance) mais l'idée que des bambins puissent être suspectés de dangerosité avait rencontré une résistance légitime. Aujourd'hui il nous refait le coup avec des publics moins défendables. Et ça commence à prendre.

Mais la justice dans un pays comme le nôtre, elle s'est construite sur la foi en l'acquis. Le "pardon" qui est accordé après une peine, c'est la croyance qu'on ne "naît" pas criminel, mais qu'on le devient par les errements et les manques. C'est la croyance qu'on peut changer avec suffisamment de bonne volonté. Qu'on peut guérir de ses traumatismes personnels et parvenir à être en paix avec la société sans causer de nouveau le malheur et la désolation. Qu'on peut même, à l'issue de ce temps de recul qu'est la peine, être capable d'apporter des bienfaits à la société. C'est le refus d'une justice barbare qui serait toute puissante devant l'individu. C'est le refus des châtiments et des exécutions publiques qui avaient pour principale vocation de distraire la populace et de la faire vivre dans la crainte de l'arbitraire du pouvoir. Cette justice démocratique, qui a permis à des milliers de prisonniers de retrouver un rôle positif, j'ai peur qu'elle soit évacuée en quelques coups de cuiller à pot par quelques démagogues qui ont compris comment instrumentaliser la douleur d'une victime.

Deux races distinctes

L'autre source d'inquiétude, qui explique peut-être cet attachement de Sarkozy à ces thèses contestables, c'est qu'il divise la population en deux catégories. En deux "races", presque (vous voyez où je veux en venir ?) : d'un côté les gens ordinaires, bien nés, bien pensants (les électeurs) ; de l'autre côté tous les autres. Les autres, ce sont tous les bizarres, les psychopathes, les suicidaires, les drogués. Et puis tous ceux qu'il combat depuis qu'il est là : les méchants, les délinquants, les prostituées, les sans-papiers, les fainéants qui ne travaillent pas, les terroristes. Tous dans le même panier. Ce genre d'ostracisation, qui consiste à identifier scientifiquement pour l'isoler une partie de la population avec pour projet de la nettoyer, la karchériser, la mettre au travail forcé ou s'en débarrasser, ça me rappelle de sombres heures du XXe siècle.

Galerie des horreurs

Derrière tout ça, c'est l'illusion sécuritaire qui tente de nous bercer. Avec elle, le risque est oublié. La menace calculée, prévisible. Notre Grand Frère Nicolas a pris les choses en main pour notre bien. Oublions les libertés individuelles ; elles ont été la cause de trop de malheur. L'Etat policier doit nous protéger de nous-mêmes. Les anormaux sont mis à l'écart de la population normale, qui ne risque plus rien. Les flics rôdent dans les rues, la DST surveille les activités de chacun, la dénonciation est encouragée pour faciliter le travail de purification. Les femmes enceintes font l'objet du diagnostic prénatal Sarkozy (DPS), qui vise à détecter le risque de pédophilie ou de tendances suicidaires : les plus à risque sont éliminés. Quant aux enfants d'immigrés, ils feront l'objet d'une surveillance particulière, compte tenu du risque plus important en matière de criminalité. Au moindre acte de délinquance, un jeune sera fiché à vie. Impossible pour lui de se présenter devant un employeur sans que son historique judiciaire soit examiné, même dix, vingt ans plus tard. Mais ne vous croyez pas à l'abri. Les erreurs judiciaires comme celle d'Outreau seront nombreuses, votre frère sera en prison pour un crime qu'il n'a pas commis. Une fois passé du mauvais côté de la barrière, impossible d'en réchapper. Mais aucun système n'est parfait. Il y aura des oeufs cassés, mais l'omelette ne le justifie-t-elle pas ?

Le monde rêvé de Nicolas Sarkozy pourrait advenir plus vite qu'on ne le croit, s'il obtient le soutien tacite des médias et le vote de l'opinion publique. Ce jour là, c'est une certaine idée de la France qui disparaîtra. Et quand les médias et la population se rallient à ces thèses, derrière l'étendard de l'identité nationale, je ne sais pas pour vous, mais moi ça me fait peur.


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