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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 16:09

Par Nicolas Voisin


Il y a quelques jours, dans tous les établissements de l'enseignement secondaire, les professeurs d'histoire et géographie ont reçu dans leur casier une grosse enveloppe. A l'intérieur, d'étonnants documents pédagogiques élaborés par le Ministère de l'Education Nationale et deux associations, « Les Euronautes » et « Toute l'Europe ».
 
Dans l'enveloppe : une carte de l'Union Européenne et une frise historique de la construction européenne depuis 1945. Curieusement, aucune circulaire d'accompagnement... donc aucune explication sur ce qui justifie - à deux mois des élections européennes - l'envoi de ce matériel. Le professeur - confiant dans son Institution - en déduit donc qu'il s'agit d'une initiative s'inscrivant dans une pure démarche d'instruction civique, l'incitant à afficher sur les murs de sa classe ces documents pour provoquer auprès des jeunes citoyens en formation une séance de sensibilisation sur les enjeux européens. Quoi de plus louable ?

Sauf qu'à y regarder de plus près, on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'une stupéfiante campagne de propagande.

Un matériel « pédagogique » très orienté

Sur la carte, pas grand-chose à dire : on y retrouve les 27 pays membres de l'UE, leur date d'adhésion et quelques informations géographiques... En revanche, c'est en découvrant la frise chronologique que n'importe quel professeur un tant soit peu attentif en réalise rapidement le caractère très orienté.

Dès le premier coup d'œil, on peut facilement discerner la tonalité très atlantiste de l'ensemble du document qui présente la construction européenne, depuis la conférence de La Haye en 1948, dans le cadre d'une alliance avec les Etats-Unis face à l'Union Soviétique, et en constant parallèle avec l'Otan. Malheureusement, on retrouve cette tonalité générale dans la quasi-totalité des manuels d'histoire...

Ensuite, on s'aperçoit que pour les concepteurs de cette chronologie, les professeurs d'histoire et géographie n'ont certainement pas la mission de sensibiliser leurs élèves sur l'éventuelle implication du peuple européen dans ce processus de construction : là encore, on retrouve le penchant assez habituel des documents réduisant l'Histoire à l'action des grands hommes (et de quelques femmes tout de même...) et la démocratie au fonctionnement de grandes Institutions totalement désincarnées.

Bref, un document tendancieux, mais finalement rien de très nouveau... Mais c'est à la fin de la frise chronologique que le scandale se révèle.

Eh, M'sieur Darcos, y s'est passé quoi en 2005 ? Rien mon petit... rien du tout...

Entre les portraits de Jacques Santer (ex premier ministre Luxembourgeois, ex président de la Commission Européenne et co-rédacteur en 2003-2004 du Traité établissant une Constitution pour l'Europe) et de Nicolas Sarkozy, il y a l'année 2005... vide !

Dans une chronologie sur la construction de l'Union Européenne dont les concepteurs ont jugé indispensable de rappeler la victoire de l'Allemagne à la coupe du Monde de football le 4 juillet 1954, celle de la France le 12 juillet 1998, la naissance de la brebis Dolly le 5 juillet 1996, il est stupéfiant de découvrir qu'en 2005... rien. Il ne s'est rien passé.

Il est pourtant bien signalé que le 29 octobre 2004, le Traité établissant une Constitution pour l'Europe a été signé. Et que le 13 décembre 2007, ça a été le tour du Traité de Lisbonne. Deux traités en 3 ans, ça mériterait une explication, non ? Mais non : en 2005, il ne s'est rien passé... pas plus qu'en 2008 du reste !

Ainsi, pour la propagande euro-béate organisée le vote des peules français et hollandais des mois de mai et juin 2005 repoussant par référendum le Traité établissant une Constitution pour l'Europe, et celui du peuple irlandais refusant de ratifier en juin 2008 le Traité de Lisbonne, sont des événements indignes de figurer dans des documents pédagogiques diffusés par le Ministère de l'Education Nationale et ne sauraient être enseignés par les professeurs d'Histoire et Géographie. Ces derniers sont appelés à claquer des talons et à diffuser auprès des élèves cette présentation édifiante de la construction parfaitement linéaire d'une Union Européenne consensuelle... c'est-à-dire conforme aux conceptions libérales et atlantistes de ses actuels dirigeants.

Alors voici une suggestion : comme il n'est pas question de gaspiller les considérables moyens investis par le Ministère de l'Education Nationale pour faire tirer et distribuer à tous les collèges et lycées ce beau support pédagogique (en couleur et sur papier glacé), et comme les professeurs sont tous des serviteurs zélés de la fonction publique enseignante, on ne peut que recommanderl'affichage de ces documents dans toutes les classes... Toutefois, au nom de l'exigence scientifique, et utilisant leur liberté pédagogique reconnue par leur statut, les professeurs qui liront ces lignes sont aussi invités à apporter toutes les modifications nécessaires à la main ! Aussi proprement que possible, mais qu'on se rassure : il y a de la place sur les années 2005 et 2008 laissées entièrement libres ! Merci donc au concepteur pour cet encouragement à une pédagogie active et transdisciplinaire.

Ainsi, Monsieur le Ministre aura la satisfaction d'avoir effectivement été à l'origine d'une belle campagne participative d'instruction civique...

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections européennes 2009
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:00

Attention, nous publions un avis d'enfumage !

Le coupable, le parti socialiste, qui a décidé une nouvelle fois de mener sa campagne des élections européennes sur le thème de l'"Europe sociale".
Salaire mimum européen, harmonisation fiscale, tout y sera de nouveau. Comme tous les 5 ans, à chaque élection du parlement européen, le PS rejoue le même morceau, en continuant en parallèle de voter les directives et les Traités.

Une nouveauté malgré tout cette année, un article du Monde, le parti socialiste mènera aussi campagne contre José Manuel Barroso, le président de la commission de Bruxelles, "un homme de droite dont le libéralisme économique, le conservatisme et l'atlantisme ne sont plus à prouver".

Tout cela est vrai, mais il est bien dommage que le parti socialiste n'ait rien fait plus tôt et qu'il ait presque toujours voté au parlement européen puis à l'assemblée nationale les textes proposés par ce même Barroso...
Notons aussi que les grands technocrates bruxellois issus de ses rangs, Pascal Lamy ou Jacques Delors, ne se sont pas fait beaucoup remarquer de leur temps pour leur antilibéralisme militant.

Plus grave, et c'est en cela que ce positionnement relève de l'enfumage, le parti socialiste ne fera rien contre les Traités européens, et notamment le très libéral Traité de Lisbonne, digne héritier de la Constitution européenne.

Alors qu'il ne s'était déjà pas opposé à son adoption en catimini par le parlement français en février 2008, le parti socialiste considère aujourd'hui le Traité de Lisbonne comme "une donnée".
"Les querelles institutionnelles ne sont plus de saison car l'ordre du jour de la nouvelle mandature est économique et social" nous explique-t-on au PS, comme si les Traités européens n'avaient rien à voir avec le contenu des politiques européennes et nationales, comme si toutes les directives et plus de 80% de nos lois n'en découlaient pas directement.

C'est pourtant bien dans le Traité de Lisbonne qu'est inscrit le pouvoir exorbitant de la Commission de Bruxelles, seule autorisée à proposer des directives.
C'est bien dans ce Traité qu'est gravée dans le marbre l'indépendance totale de la Banque centrale européenne. C'est dans Lisbonne qu'on retrouve le carcan de l'euro, qui nous empêche d'agir face à la crise et nous plonge plus vite et plus fort que les autres dans la récession (cf les derniers chiffres publiés par Eurostat).

C'est dans ce Traité que figurent la déréglementation des services publics, le culte de la concurrence libre et non faussée, l'obligation absolue de libre-échange à l'intérieur de l'Europe et à l'extérieur, pourtant à la source de la crise mondiale et des délocalisations en cascades.

Et dans ces conditions  le PS voudrait nous faire croire, comme en 1989, comme en 1994, comme en 1999, en 2004 et à chaque échéance européenne, qu'il défendra "l'Europe sociale" ?

C'est une nouvelle fois se moquer du monde.

C'est déjà très grave en temps normal. Mais en période de crise généralisée et de faillite du modèle euro-libéral, c'est criminel.


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