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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 13:13

Par Aurélien Bernier


En consacrant toute leur énergie à promouvoir un système libre-échangiste à l’échelle planétaire, les grandes entreprises occidentales poursuivent des objectifs multiples : s’approvisionner à bas prix en matières premières ; bénéficier d’une main d’œuvre peu coûteuse et corvéable à merci ; rechercher les conditions fiscales les plus avantageuses pour les détenteurs de capitaux ; trouver de nouveaux marchés dans les pays émergents ; et, de plus en plus, profiter des réglementations environnementales les plus permissives.

Les stratégies pour y parvenir sont finalement assez claires. Il s’agit d’une part de créer les conditions pour pouvoir implanter leurs activités dans les Etats présentant de ce point de vue les plus beaux avantages et, d’autre part, d’éliminer les obstacles « non nécessaires » au commerce — et notamment les barrières douanières — afin de vendre produits et services aux meilleures conditions dans n’importe quel pays. L’essentiel des mesures défendues par les lobbies néo-libéraux s’inscrivent dans ce double mouvement. Il s’agit en quelque sorte des deux jambes sur lesquelles marche ce système économique : la liberté de produire où bon lui semble et celle de vendre comme bon lui semble. Depuis des décennies, ces objectifs n’ont eu de cesse d’être théorisés, c’est à dire habillés des parures de la « science économique », puis rabâchés par les puissances dominantes et les médias. Chacun est censé savoir, à présent, que la concurrence possède des vertus bienfaitrices et que, pour en retirer les avantages maximums, elle se doit d’être libre, totale et mondialisée.

Malheureusement, une simple observation de la réalité nous montre que la ficelle est bien grosse : alors que la mondialisation devait être heureuse, les statistiques officielles prouvent la supercherie, le nombre de malnutris sur le globe ne cessant d’augmenter, les écarts entre riches et pauvres ne cessant de se creuser. De plus, la cohérence du discours s’arrête toujours aux limites des intérêts des firmes. Ainsi, cette concurrence libérée des contraintes politiques, à défaut d’être non faussée, n’interdit pas aux grandes puissances de continuer à subventionner grassement leurs économies en puisant dans les fonds publics, pour peu que ces cadeaux ne soient pas trop ostentatoires. Grâce à la totale hypocrisie des règles de l’OMC, les Etats-Unis et l’Europe ont pu par exemple convertir leurs aides directes à l’agriculture en aides indirectes et pérenniser un dumping dont les conséquences pour les paysans du Sud sont réellement désastreuses.

Faussée, la concurrence l’est donc délibérément. En premier lieu, par ce choix des instruments de régulation qui resteront tolérés, ou dont la suppression sera au contraire décrétée. L’établissement de barrières douanières ne nécessite qu’une réglementation assortie d’une police pour la faire respecter. En cela, il s’agit d’un outil accessible à la plupart des nations, même parmi les plus pauvres. A l’inverse, le fait de subventionner son économie est réservé aux Etats puissants. Les accords commerciaux comme ceux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) visent donc à priver les pays pauvres d’un outil relativement simple de protection de leur économie, tout en laissant les pays riches soutenir leurs multinationales par des biais détournés.

Mais qui plus est, en offrant aux firmes la possibilité de s’implanter où bon leur semble et de vendre leur production avec le moins de restrictions possible, le libre-échange fausse totalement la concurrence en donnant un avantage évident, en tant que terre d’accueil, aux pays pratiquant le moins-disant fiscal, social et environnemental. Ce choix politique maintient des régions entières du globe dans des conditions de vie inacceptables, à l’image de la Chine pour laquelle le quasi-esclavage auquel est soumis une grande partie de son salariat est un argument majeur pour attirer les investisseurs. Il en va de même avec l’absence de réglementation environnementale qui deviendra, au fur et à mesure que les pays développés durciront la leur, une caractéristique prisée par les grands groupes.

Et dès lors que le politique ne s’autorise plus à protéger une économie nationale de cette concurrence hautement faussée, le libre-échange tire également vers le bas les réglementations dans les pays développés. La destruction plus ou moins rapide selon les gouvernements des acquis sociaux en France et dans le reste de l’Europe est bel et bien un objectif de la mondialisation. Le mouvement de régression prend une telle ampleur que, la crainte du chômage aidant, la pression n’épargne même plus les secteurs les moins exposés aux délocalisations, comme la production d’énergie ou les services de proximité.

Dans ces conditions, il est strictement impossible d’inverser la tendance sans s’attaquer à la cause. Prétendre rétablir une réelle contrainte sur les entreprises si ces dernières peuvent y échapper en s’installant sous des cieux plus cléments est totalement illusoire. Le libre-échange mondialisé possède cette vertu incroyable de priver les Etats du moindre levier politique sérieux vis à vis des entreprises, qu’il s’agisse de fiscalité, d’environnement ou de social. Dès lors, pour tenter de convaincre l’opinion publique que la nation n’est pas tout à fait dissoute dans le néo-libéralisme, des gouvernements comme celui de M. Nicolas Sarkozy se rabattent sur des politiques ultra-sécuritaire, avec l’intention évidente de donner le change tout en détournant l’attention des questions fondamentales. Si ces rideaux de fumée sont parfois efficaces d’un point de vue électoral, ils ne modifient en rien la réalité : les pouvoirs politiques, de droite comme de gauche, se sont peu à peu interdits d’agir sur l’économie et sont devenus des gestionnaires plus ou moins complaisants du néo-libéralisme.

Pourtant, la ré-appropriation par les Etats des leviers politiques permettant d’orienter l’économie vers la satisfaction des besoins sociaux n’est pas une douce utopie, car les moyens existent. Elle suppose par contre de s’attaquer clairement et prioritairement au libre-échange, en imposant des outils de régulation qui n’ont pas grand chose de nouveau. Nous pourrions par exemple en envisager deux, qui, utilisés conjointement, stopperaient cette machine à détruire l’environnement et le social.

Le premier consisterait à rétablir ce que l’OMC s’est évertuée à éliminer, à savoir les barrières douanières. Mais, en taxant les produits importés en fonction des conditions sociales et environnementales du pays d’origine, il ne s’agirait plus de mettre en place un protectionnisme nationaliste. Il s’agirait au contraire de réintroduire dans le prix des produits les externalités, ce qui constitue un point de passage obligé pour aller vers une concurrence réellement non faussée. Si le tee-shirt chinois produit dans des conditions sociales et environnementales désastreuses doit assumer le coût de ses externalités, les entreprises réfléchiront sans doute à deux fois avant de délocaliser. Ou bien elles seront contraintes d’améliorer les conditions de travail de leurs ouvriers et d’intégrer la question environnementale dans les pays où elles exercent. Le produit de cette taxe aux frontières pourrait être réinjecté dans le pays taxé afin de mener des projets respectueux de l’environnement et des conditions sociales des travailleurs, ce qui produirait alors un véritable double dividende.

Le deuxième outil, qui limiterait la chasse perpétuelle aux nouveaux marchés rentables dans les pays du Sud, serait la mise en œuvre d’une taxe élevée sur le rapatriement des bénéfices des multinationales. Les firmes comme Suez, qui se goinfrent de la privatisation des services de distribution des eaux dans les pays en développement, changeraient sans doute de stratégie si les profits étaient lourdement taxés à l’occasion de leur retour en France. A la place du comportement prédateur des grands groupes privés, pourrait alors émerger en matière de services publics de nouvelles formes de coopération et de transfert de technologie dans le cadre d’accords économiques basés sur l’équité.

Prises simultanément et mises en œuvre de façon progressive, ces deux mesures amorceraient un double processus : une relocalisation de la production, et une véritable perspective de développement pour les pays du Sud qui pourraient à la fois se protéger du dumping ou des conquêtes de marchés par les entreprises occidentales et bénéficier de ressources financières nouvelles.

Dans la pratique, le plus difficile sera bien-sûr de créer un contexte permettant de passer de la théorie à l’action, en se soustrayant notamment aux foudres libre-échangistes de l’Union européenne. En France, aucune des grandes organisations politiques n’ose assumer de telles revendications. Certains, à l’extrême gauche, préfèrent les mots d’ordre sympathiques — comme celui d’interdire les délocalisations — mais éludent la question du « comment ? ». Depuis longtemps, le Parti socialiste et, par ricochet, ses alliés électoraux, a abandonné l’idée d’une rupture réelle avec le néo-libéralisme par crainte d’avoir à affronter les lobbies. Au final, les citoyens ne voient plus où trouver des alternatives crédibles. Ils votent et s’engagent par défaut. Nous devons rapidement nous attacher à combler ce vide idéologique et à faire émerger un mouvement qui, en tapant là où ça fait mal, crée l’enthousiasme sans lequel nous ne pourrons rien changer.

Le blog d'Aurélien Bernier

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Environnement
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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 20:14

Les médias français font leurs grands titres de ce mercredi 14 mai 2008 sur le revers cinglant infligé par l'Assemblée nationale à Sarkozy-Fillon sur le texte de loi autorisant l'extension généralisée des OGM en France. 


Mais, comme les adhérents et sympathisants de l'UPR pouvaient s'en douter, aucune radio ni aucun journal -à la seule exception du journal économique Les Echos - ne rappelle que ce projet de loi résulte d'une exigence de la dictature européiste. Tous les médias se contentent d'une lecture superficielle, politicienne et anecdotique, en insistant sur les déboires du gouvernement, la mauvaise maîtrise de Jean-François Copé sur le groupe UMP qu'il est censé présider, ou l'habileté manœuvrière de la gauche.

La Commission européenne menace la France d'une amende de 50 millions d'euros et de considérables pénalités par jour de retard si les OGM ne sont pas étendus au plus vite en France

Il ne se trouve donc que le seul journal Les Echos - très lu dans le monde des affaires et de la haute administration - pour rappeler ce matin qu'"une chose est sûre, la France ne peut tarder trop longtemps pour adopter un nouveau projet de loi. La directive sur les OGM devait être transposée en droit français depuis six ans. Alors qu'elle s'apprête à prendre la présidence de l'Union européenne en juillet, la France ne peut se permettre une nouvelle condamnation pour non-transposition. Aux dernières nouvelles, la Commission menace la France d'une sanction de 50 millions d'euros sans compter les pénalités de retard ".

D'après nos informations, ces pénalités dont le journal ne précise pas le montant atteindraient 366.744 € par jour de retard.

Notons donc bien que ce « détail » capital n'est jamais rappelé par les médias, ni par aucun député, qu'ils appartiennent à la majorité ou à l'opposition.
   

PS et Verts complices du gouvernement pour cacher la dictature européiste


Ainsi le député Verts Noël Mamère a lancé devant les journalistes que "c'est une très belle leçon donnée au gouvernement et à Nicolas Sarkozy, j'espère qu'à l'instant où je parle le président de la République est en train de manger la moquette de l'Elysée, parce que c'est une victoire des Français contre le gouvernement qui voulait faire passer une loi en force ".

Voilà certes une belle envolée. Mais M. Mamère " oublie " d'indiquer aux journalistes que ce texte de loi n'est que la transposition des directives exigées par Bruxelles depuis 6 ans et que la Commission européenne menace la France de très lourdes amendes journalières si le texte n'est pas adopté. Pourquoi M. Mamère ne dit-il pas que ce "passage en force" n'est pas de la faute du gouvernement mais qu'il lui est imposé par l'Europe ?

De même, le député PS Arnaud Montebourg a affirmé que " c'est un coup de tonnerre dans le ciel des producteurs de semences. Il n'y a plus de texte sur les OGM, il est sorti de l'ordre du jour, le gouvernement est maintenant obligé de reprendre la procédure au départ avec le même chemin de croix, c'est-à-dire la désapprobation profonde d'une partie de sa propre majorité sur sa libération des OGM en France ".

Rien à redire sauf que M. Montebourg, par ailleurs membre de la French American Foundation, " oublie " lui aussi d'indiquer que ce texte de loi n'est que la transposition des directives exigées par Bruxelles depuis 6 ans et que la Commission européenne menace la France de très lourdes amendes si le texte n'est pas adopté. Pourquoi M. Montebourg ne dit-il pas que cette "désapprobation profonde" devrait se manifester non pas contre le gouvernement, qui n'est que le greffier des décisions prisées à Bruxelles, mais contre le principe même d'avoir cédé notre souveraineté à une instance supranationale dirigée en sous-main par Washington ?

De même encore, le mouvement " altermondialiste " Attac a publié un communiqué selon lequel " les députés ont eu raison de rejeter une loi qui n'assurait pas la non-dissémination des OGM dans nos champs. Le Parlement doit rédiger maintenant une proposition de loi garantissant une réelle liberté de produire et consommer sans OGM. ". Parfait, sauf que Attac à son tour " oublie " de rappeler que c'est l'Europe qui exige cette loi.

Le mythe de l'autre Europe permet à la gauche de ne pas aller au fond des choses

En réalité, PS, Verts et mouvements altermondialistes sont parfaitement complices de ce qui se passe. Ils s'opposent – certes – puisque c'est leur rôle. Mais c'est une opposition de pacotille, qui refuse systématiquement d'aller au fond des choses et de dénoncer la vraie racine du mal.

Si on les pousse dans leurs retranchements sur la question européenne, ils s'en tirent par la même sempiternelle pirouette de " l'autre Europe ", c'est-à-dire d'une Europe qu'ils voudraient réorienter dans le sens qui leur convient, mais qui ne convient qu'à eux et dont un demi-siècle d'histoire est là pour prouver que les autres Etats-membres n'en voudront jamais, pas plus que les lobbys américains qui règnent en maîtres dans les couloirs de Bruxelles. Et pendant qu'ils tirent ainsi des plans sur la comète de l'Europe de leurs rêves, ils ne s'opposent pas à la véritable Europe qui se met en place et qui plonge la France dans un Empire euro-atlantiste qu'ils font semblant de ne pas voir.

Conclusion provisoire

Du reste, le ministre de l'Agriculture Michel Barnier vient de tirer, sur la radio Europe 1, la conclusion provisoire de cette affaire avec une grande philosophie. Pour ce prétendu " ministre français " qui a carrément installé son bureau et son cabinet ministériel à Bruxelles, ce rejet du projet de loi sur les OGM à l'Assemblée nationale " n'est pas une crise mais un épisode de la vie parlementaire. La gauche a privilégié la tactique sur le projet. [...] C'est un petit coup d'arrêt mais le processus parlementaire continue ".

Ancien Commissaire européen, ancien ministre des affaires européennes et des affaires étrangères, Michel Barnier sait de quoi il parle : la construction européenne est une dictature et elle ne va pas se laisser arrêter pour si peu. Et il sait très bien que le PS et les Verts ne s'opposent pas à cette dictature-là....

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