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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 18:00

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De Robert Schuman, considéré comme l'un des "pères de l'Europe" pour sa fameuse déclaration du 9 mai 1950 qui lança la construction européenne, le grand public ne sait relativement peu de choses, d'autant que la propagande européiste en a fait une icône quasi-intouchable. C'est à cette icône qu'a voulu s'attaquer l'Union Populaire Républicaine en lui consacrant un dossier d'une trentaine de pages, grâce auquel on apprend beaucoup sur le personnage mais aussi sur les origines et les finalités de la construction européenne. Utile et même indispensable.


Le dossier est téléchargeable ici

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Published by le Citoyen Thimèle - dans HISTOIRE
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 16:20


 


Le dimanche 27 juillet 1214, dans les plaines des Flandres, à Bouvines, les troupes du roi de France Philippe Auguste écrasent celles d'une coalition regroupant l'empereur germanique Otton IV, des comtes de Flandre et de Boulogne, soutenues par le roi d'Angleterre, Jean sans Peur. Cette victoire de modestes miliciens des villes, exaltés par une foi patriotique nouvelle, contre une armée de professionnels équipés et préparés à la guerre est considérée pour beaucoup comme l'acte de naissance de la nation française.

La France naissait à peine. Elle était en train de devenir autre chose que le simple butin des Mérovingiens et que la simple province des Carolingiens. Les Capétiens, et en premier lieu le roi Philippe Auguste, s'évertuaient à lui donner une âme. Celui-ci décida ainsi de ne plus se nommer « roi des Francs », mais désormais « roi de France ». Ce changement de titulature va affirmer toute son ambition, celle d'être le maître d'un peuple, et non d'un simple domaine royal partagé entre grands vassaux.

En cette année 1214, le royaume de France est menacé. Jean sans Terre, roi d'Angleterre, a décidé une bonne fois pour toute d'en finir avec ce petit royaume orgueilleux qui aspire à s'agrandir à ses dépens. Il réussi en effet à monter une coalition avec Renaud de Dammartin, le comte de Boulogne, le comte Guillaume Ier de Hollande, Ferrand, fils cadet du roi de Portugal et comte de Flandre et surtout Othon IV, empereur romain germanique. La plupart des seigneurs installés entre l'Escaut et le Rhin se joindront à cette coalition. L'année précédente, alors que Philippe Auguste guerroyait déjà contre Ferrand de Flandre, les Anglais avaient anéanti la flotte française dans le port de Damme (31 mai 1213). Les coalisés envisagent un plan d'invasion d'envergure dans lequel les troupes anglaises de Jean sans Terre attaqueront par La Rochelle et Othon et ses alliés par le Nord.

Pourtant un véritable miracle se produit. Le 2 juillet, le prince Louis, futur Louis VIII, défait l'armée anglaise à la bataille de la Roche-aux-Moines, près d'Angers.

A la nouvelle de cette victoire, Philippe Auguste décide de prendre l'initiative sur le front nord avec le reste de son armée, avant que les renforts lorrains et allemands ne rejoignent les troupes de l'empereur.

Ces coalisés, forts de 80 000 hommes au total, écrasent numériquement les forces du roi de France, estimés à à peine 25 000. De Tournai où il s'est établi, Philippe Auguste décide prudemment de faire retraite vers Lille. Il entame son mouvement le 27 juillet au matin.

Informé de cette nouvelle, l'empereur décide alors de l'attaquer sans attendre, ne se souciant guère que ce jour soit un dimanche, interdit à toute action de guerre par la Paix de Dieu. Il se porte sur l'arrière-garde de l'armée française qui commence à traverser la rivière de la Marcq, sur le pont de Bouvines. A la vue de l’ennemi, Philippe Auguste rappelle sans délai les troupes qui ont déjà franchi le pont. L'armée française se déploie alors face aux coalisés. La bataille s'engage à la manière féodale, dans un corps à corps indescriptible où chacun cherche son ennemi pour le tuer ou le capturer.

Les Français sortent finalement, et contre toute attente, vainqueurs de cette bataille, qui fit 1000 tués de chaque côté et près de 9000 prisonniers du côté des coalisés.

Pour Philippe Auguste, sorti vainqueur de la journée, la bataille s'avère un immense succès militaire. Elle est aussi une victoire politique et dynastique majeure, et, selon l'expression de Jean Favier, « l'une des batailles décisives et symboliques de l'histoire de France ».

Othon s'enfuit et perd sa couronne. Le Saint Empire romain germanique éclate en morceaux. Ferrand de Portugal passa quinze ans en prison au Louvre. Dépossédé de la Normandie, du Maine, de l'Anjou de la Touraine et de la Bretagne depuis 1206, Jean Sans Terre cesse les hostilités contre la France, et regagne l'Angleterre. Pour sauver sa couronne, Jean sans Terre est contraint d'accorder à ses barons la Grande Charte (1215). Du côté français, la dynastie capétienne sort renforcée tandis que les récentes acquisitions de Philippe Auguste sur Jean sans Terre sont consolidées. Contrairement à ce dernier, Philippe Auguste n'a plus aucun compte à rendre à ses barons. Il est le maître absolu du royaume de France, l'incarnation même du peuple, de ce peuple patriote qui a combattu à ses côtés en ce jour.

Victoire du roi de France, cette victoire est avant tout celle d'un peuple qui prend, face au péril, conscience de son unité, de son identité commune. Ce jour de dimanche est celui, dit Max Gallo, de « l'irruption éclatante de la nation ». Les peuples de France, que rien ne prédisposaient pourtant à s’entendre, laissent place à un peuple de France. Les chroniqueurs, extasiés par la force de la victoire, exaltent les « fils de France » «  à la bouillante saveur » qui « n'hésitent jamais à braver toute sorte de danger ».

Le retour de Philippe Auguste à Paris est ainsi triomphal. Pour la première fois, la foule des anonymes, aussi diverse que nombreuse, fête la victoire qu'elle considère comme leur. Ce qui se passe à ce moment est étincelant. La nation montre là ses premiers jours d'une déroutante auto-proclamation.

Les chroniqueurs ont font leur choux gras, non sans abuser d'extase :

« Dans tout le royaume, on n'entend partout qu'un applaudissement ; toute condition, toute fortune, toute profession, tout sexe, tout âge chantent les mêmes rythmes d'allégresse... Les innombrables danses des gens du peuple, les chants suaves des clercs, les sanctuaires parés au-dedans comme au-dehors, les rues, les maisons, les routes, dans tous les villages et dans toutes les villes, tendues de courtines et d'écoles de soie, tapissées de fleurs, d'herbe et de feuillage vert... Ceci se passa sur la route jusqu'à ce qu'on fût arrivé à Paris. Les bourgeois parisiens et par-dessus tout la multitude des étudiants, le clergé et le peuple allaient au-devant du roi, chantant des hymnes et des cantiques... Durant toute la nuit, les cierges ne cessent de briller dans les mains de tout le monde, chassant les ténèbres, de telle sorte que la nuit, se trouvant subitement transformée en jour et resplendissant de tant d'éclats et de lumières, dit aux étoiles et à la lune : Je ne vous dois rien ! Tant l'amour du roi portait les peuples à se livrer aux transports de leur joie dans tous les villages... »

Ce mouvement magnifié va renforcer durablement le pouvoir royal. Il fait ainsi naître les premières tentatives de centralisation, qui seront indissociablement lié jusqu’à aujourd’hui à la recherche de l'unité nationale. La bataille de Bouvines, décrite par Georges Duby comme un des événements fondateurs et constitutifs de la nation française et du sentiment d'appartenance à la France, fut ignoré et laissé à la marge de l’Histoire de France jusqu’au début du 20e siècle, quand la IIIe République décida de remettre sa symbolique nationale au goût du jour.  1914 vit ainsi, dans les semaines qui précédèrent la guerre, la célébration en grande pompe du 700ème anniversaire de cette victoire.

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