Culture et mémoire républicaine

 

Recherche

A propos du site

19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 23:11

Dans l'affaire qui nous occupe, personne ne s'est posé une question de fond, celle de la réalité des actes et paroles du personnage fameux appelé dans certains milieux " le Prophète ". Une multitude de textes musulmans, faisant autorité absolue, permettent pourtant de reconstituer avec précision les événements de sa vie, considérée par beaucoup comme une " Conduite " idéale, celle du " Beau Modèle ".

Il s'agit d'abord d'abord du Coran provenant de Muhammad ibn Abdallah, des recueils de Hadiths, surtout celui de Bukhari, de la biographie officielle de Ibn Hisham (la " Sîra "), des Annales de Tabari, des Biographies d'Ibn Sad, des catalogues de raids de pillages de Waqidi, etc.

Partout dans le monde musulman, ces sources sont abondamment proposées ou imposées en exemple à la population. En revanche, elles ne sont que très difficilement abordables pour les non-musulmans, et ce n'est sans doute pas un hasard. Comme nous aurions été heureux que monsieur Boubakeur nous informe que la Sîra d'ibn Hisham est bien l'ouvrage idéal pour quiconque désire se renseigner sur le Grand Homme.

Hélas, c'est à d'autres de le dire, et d'ajouter que des traductions complètes de la biographie incontournable n'existent qu'au Liban, en français, et au Pakistan, en anglais.

L'examen critique des historiens impose cependant une restriction : la plupart de ces textes sont très largement postérieurs à la période de prédication de Muhammad en tant que personne physique, entre 60 et 200 ans après 632, date de sa mort, ce qui autorise toutes les déformations et manipulations postérieures. On ne peut donc pas être absolument certain de la réalité de ce qui s'est passé en Arabie, entre Médine et la Mecque, au début du VIIème siècle. Ce n'est pas l'important ici : le personnage de Muhammad est une création ultérieure de la " Tradition Islamique ", qui est devenu par la suite une norme vouée à l'adoration, inaccessible à la critique, et ceci depuis plus de 1000 ans. Dès lors, la référence prophétique musulmane s'est constituée, devenant un phénomène historique avéré . L'ignorer aura de graves conséquences, car Muhammad est à bien des égards toujours notre contemporain, qui est entré avec fracas dans notre XXIème siècle.

Observons donc quelques faits jalonnant la carrière du personnage, tels qu'ils sont admirés ici et là depuis des centaines d'années, par des milliards d'individus, dont beaucoup de Muhammad. Le traditionniste Ibn Sad ne rapportait-il pas ce propos: " Si vous avez cent fils, appelez-les tous Muhammad ".

Voici Muhammad tel que l'islam l'a construit.

Quand Muhammad s'installe à Médine, il fait exhumer les tombes et arracher les arbres du terrain qu'il a choisi pour implanter sa mosquée ; de nos jours, le fait ne paraît pas considérable ; pourtant, il a embarrassé jusqu'aux auteurs musulmans.

Il a fait assassiner par des commandos de tueurs au moins trois auteurs de textes critiquant sa personne : Abu Rafi, Kab ibn Ashraf, Asma bint Marwan, une femme. Cette dernière est tuée alors qu'elle est entourée par ses cinq enfants dont le dernier qu'elle allaite encore.

Il a fait trancher la tête de plusieurs centaines de Juifs de la tribu des Banu Qurayza, en assistant à l'exécution durant une journée entière.

Il ordonne de torturer un chef de tribu juive, Kinana, pour que celui-ci lui révèle où se trouve le trésor de son clan. L'homme, brûlé vif à petit feu et qui n'arrive plus à parler, finit par être décapité.

Il fait détruire les palmiers des Banu Nadir, pour les contraindre à la reddition. Il se ravise ensuite, puisque les Juifs parlent de se rendre ; l'affaire a laissé des traces dans son Coran.

Il fait détruire tous les sanctuaire arabes concurrents de la Ka'ba de la Mecque ; les prêtres et les fidèles qui résistent sont massacrés.

Il tue en personne plusieurs adversaires, au combat, notamment au cours de la bataille d'Ohod.

Il fait attaquer les caravanes arabes en pleine trêve religieuse (la première fois, à Nakhla).

Il fait boucher un puit, avant la bataille de Badr. L'acte est scandaleux, du point de vue des Bédouins.

Il capture, asservit et abuse de plusieurs femmes, et parmi elles, Saffiya, dont il vient de faire tuer l'époux, au cours de la prise de Khaybar.

Il exige l'exécution de dix personnes au moment de la conquête de la Mecque, dont deux chanteuses, qui ont chanté des vers contre sa personne. L'une est tuée, l'autre parvient à s'enfuir ; certaines sources précisent qu'on leur a cassé les dents. Une autre victime est éventrée alors qu'elle s'accroche au voile de la Ka'ba.

Il rompt tous les traités et accords convenus avec ses adversaires, quand son intérêt l'exige.

Il encourage l'agressivité de ses troupes en leur promettant le paradis, du vin, des vierges dans l'au-delà, et des femmes, des biens volés aux autres tribus et aux caravanes, ici-bas.

Il fait trancher les pieds et les mains, puis crever les yeux de voleurs et apostats, qui ont eu la mauvaise idée de voler ses chameaux ; auparavant, il leur avait ordonné de boire de l'urine de chamelle, pour se soigner.

Il autorise le viol des captives par ses troupes, comme dans l'expédition des Banu Mustaliq.

A la fin de la bataille de Badr, il fait jeter les cadavres des chefs Quraysh (sa propre tribu) et les insultent, suscitant l'étonnement gêné de ses guerriers.

Il fait démolir puis enterrer toutes les statues qui entouraient la Ka'ba mecquoise, au début de 630. Lui-même s'amuse à leur crever les yeux.

Il instaure la polygamie pour animer la ferveur guerrière de ses troupes. Rappelons que la polygamie exige un afflux constant de femmes nouvelles, et que la principale source d'approvisionnement est alors le jihad.

Il absout ou même encourage plusieurs de ses officiers, coupables de crimes de guerre : Zayd ibn Haritha ou Khalid... Ils avaient tendance à massacrer même ceux qui avaient accepté de se soumettre à l'islam.

Il met sur pied plusieurs expéditions de pillage en Syrie, pour tester la capacité de résistance de l'empire byzantin.

Après avoir vaincu la tribu bédouine des Hawazin, il s'amuse à proposer à ceux-ci de leur rendre soit leurs troupeaux, soit leurs femmes. Après concertation, ceux-ci réclament leurs femmes et sont contraints de se soumettre à l'islam.

Il exige de son fidèle serviteur Zayd que celui-ci lui cède sa propre femme Zeynep, qu'il avait vue en tenue affriolante. Zayd est trop heureux de lui offrir celle-ci.

Il terrorise les habitants de la Mecque, en rassemblant une armée de 10 000 hommes, supérieurement armée, en progressant lentement vers la ville, en usant de stratagèmes pour paraître plus puissant encore, de telle façon que la ville finit par se rendre.

Il utilise des machines de siège pour attaquer Ta'if, ce qui constitue une innovation en Arabie.

Pour finir, voici le décompte le plus vraisemblable des actions militaires entreprises par et pour Muhammad, établi par J.M.B. Jones. La liste est longue et rébarbative, mais le document est très rarement publié.

Cet historien britannique a eu accès à un manuscrit original du British Museum qui contient une édition complète des "Expéditions" de Waqidi . Il a pu dresser une liste chronologique de ces raids de pillage, batailles, sièges, opérations punitives et assassinats. Malheureusement, elle ne correspond pas toujours exactement aux données des autres sources. Il s'agit néanmoins de la meilleure vision d'ensemble que l'on puisse avoir de ces activités musulmanes .

Rappelons enfin que tout ceci s'est déroulé en moins de dix années.


ReSPUBLICA

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans HISTOIRE
commenter cet article
19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 19:54
Une nouvelle fois hier, lors de la cérémonie d'entrée des Justes au Panthéon, Jacques Chirac a réaffirmé la responsabilité de la France dans les crimes perpétrés par le régime de Vichy. Erreur historique !



Par Anne-Cécile Robert


En rupture avec la doctrine officielle depuis la Seconde guerre mondiale, la responsabilité de la France pour les crimes commis par le régime de Vichy a été reconnue par le président de la République Jacques Chirac, dans un discours prononcé le 16 juillet 1995, à l’occasion de l’anniversaire de la rafle du Vel d’hiv. Le Premier ministre socialiste Lionel Jospin s’est rallié, en 1997, à cette nouvelle vision, lui apportant ainsi un soutien de poids « à gauche ». Ce sont notamment les familles de déportés qui ont poussé les autorités publiques à cette légalisation du régime de Vichy, dans un climat global de repentance vis-à-vis de l’Histoire qui n’a fait que s’accentuer depuis. Jusqu’en 1995, le gouvernement de Vichy était qualifié « d’autorité de fait » (et non pas de droit) et ses actes avaient été, en bloc, frappés de nullité lors du rétablissement de la légalité républicaine en 1944 (1).

Salué par la presse et des personnalités tel Robert Badinter, ce revirement officiel semble à la fois erroné, dangereux et suspect au regard de la défense des principes républicains.

Sans entrer dans un de ces débats doctrinaux que les juristes affectionnent mais qui font souvent perdre de vue la signification politique des événements, la légalisation (sa validité au regard du droit) du régime de Vichy semble peu justifiable. On peut se limiter à trois arguments essentiels. Certes, le gouvernement de Vichy est issu d’un vote de l’Assemblée nationale (réunion du Sénat et de la Chambre des députés) et revêt donc les formes de la légalité. Cependant, la fameuse loi dite des « pleins pouvoirs » attribués au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940 outrepasse les pouvoirs de l’Assemblée. En effet, elle revient pour l’Assemblée à déléguer un pouvoir (celui d’établir une Constitution) qui ne lui appartient pas en propre mais qui lui a été délégué par le peuple. Une telle subdélégation des pouvoirs constituants est interdite en droit constitutionnel classique car le lien avec la souveraineté populaire devient alors trop distendu. Même si, compte tenu des circonstances exceptionnelles de juillet 1940, on admettait une telle entorse au droit, il faudrait alors qu’elle soit validée a posteriori par la souveraineté populaire (suffrage universel direct), détentrice en dernier ressort du pouvoir constituant (2). Or on sait qu’aucune élection ne fut organisée par le régime de Vichy pendant quatre ans.

L’inconstitutionnalité demeure donc pleine et entière et est confirmée par au moins deux faits : d’une part, le régime de Vichy était un régime de confusion des pouvoirs (législatif et exécutif), formellement interdite par le droit classique, comme le rappelle l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. D’autre part, le premier acte du Maréchal Pétain, le 11 juillet, est de supprimer la République (abrogation de l’amendement Wallon qui instaura la République en 1884). Or une telle abrogation était explicitement interdite par les lois constitutionnelles de la IIIe République. La première mesure adoptée par la souveraineté populaire en 1945 sera le rétablissement de la République (référendum du 21 octobre).

Mais, s’il est donc juridiquement contestable de légaliser le régime de Vichy, une telle vision apparaît aussi dangereuse en raison du signal politique qu’elle envoie. En effet, elle revient à légaliser les coups d’État. D’ailleurs, tirant les leçons de juillet 1940, les Constitutions de 1946 et 1958 interdiront les révisions constitutionnelles lorsque le territoire national est envahi – l’influence d’une puissance étrangère représentant évidemment un facteur aggravant. Dans ces circonstances, il est en effet bien difficile d’organiser une manifestation sereine de la souveraineté populaire ou une intervention légitime de ses représentants. Les conditions politiques du vote de juillet 1940 le confirment : elles relèvent en partie d’une manipulation : pressions et rumeurs, notamment de la part de Pierre Laval (vice-président du Conseil), furent utilisées pour affoler des élus privés d’informations ; un député – Bertrand Badie – fut même empêché de présenter une motion.

Au total, la légalisation du régime de Vichy est loin d’être innocente. Elle s’inscrit dans la vision dépréciative et mortifère de l’histoire de France qui se répand de nos jours et qui ne fait que distiller repentance et esprit de soumission. Cette légalisation tend surtout à dévaloriser la République dont Vichy devient une émanation. Elle participe de ce courant médiatique qui cherche à discréditer la République en l’associant à toutes sortes de crimes. Il en est ici de Vichy comme de la colonisation qui serait aux yeux de certains « historiens » – tel Pascal Blanchard – un produit des valeurs républicaines. Mais c’est aussi le peuple qu’on veut humilier car les « légalisateurs » sont aussi souvent les mêmes qui estiment, sans preuves tangibles, que le gouvernement du Maréchal Pétain était « populaire ». En l’absence d’élections, comment mesurer une telle popularité ? Les foules que l’ont voit sur les images d’archives ne représenteront jamais qu’elles-mêmes sans qu’on sache par ailleurs ce qu’elles venaient vraiment acclamer.

L’idée gaulliste d’une République en exil à Londres, même si elle paraît un peu simple, semble plus cohérente que celle d’un gouvernement de Vichy légal. Car la légalisation de Vichy a pour aboutissement logique de faire assumer par la République les actes d’un régime qui n’avait que haine pour elle et dont le premier acte fut de la détruire.

_________________________________________________


(1) Cette abrogation en bloc concernait en premier lieu les lois racistes et les restrictions aux libertés publiques ; elle laissait cependant subsister, pour des raisons pratiques, les actes de gestion quotidienne.

(2) C’est la doctrine du Conseil constitutionnel exprimée en 1962. En violation des procédures prévues par la Constitution de 1958, le général de Gaulle avait soumis à référendum l’élection du président de la République au suffrage universel direct, essuyant l’accusation de forfaiture prononcée par le président du Sénat Gaston Monnerville. Le Conseil constitutionnel a considéré que l’approbation des électeurs lors du référendum lavait l’irrégularité.


Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans HISTOIRE
commenter cet article