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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 15:14

Alain Duhamel a encore fait très fort dans sa chronique ce matin sur RTL.
Evoquant l'incident de Durban, qui a vu l'ambassadeur de France quitter la séance pour protester contre un discours du président iranien, l'indéboulonnable journaliste a réussi par un tour de passe-passe assez incroyable à mettre sur le même plan la "tentation" du protectionnisme, avec celle du racisme et de la xénophobie (ses propos sont exactement les suivants : "on sait qu'on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie").

Pourquoi Alain Duhamel a-t-il choisi d'établir un lien implicite entre protectionnisme et racisme ? Quel rapport entre les deux ? Nous avons d'un côté une attitude individuelle, condamnable d'un point de vue moral et fondée sur l'existence de préjugés, et de l'autre une théorie économique qui prétend viser l'efficacité et le bien-être.
Il n'y a donc strictement aucun rapport entre ces deux notions, qui se situent sur des plans radicalement différents.

Quand le prix nobel d'économie 2008 Paul Krugman promeut un protectionnisme raisonné, il n'est pas raciste. Quand le sociologue Emmanuel Todd et l'économiste Jean-Luc Gréau défendent un point de vue comparable, ils ne sont pas davantage racistes ou xénophobes.

En réalité, Alain Duhamel est suffisamment cultivé et intelligent pour savoir tout ça. Sa petite phrase n'est évidemment pas le fruit de l'ignorance ou du hasard.
Glissée au milieu de 3 minutes 45 s de chronique, elle vise à décrédibiliser le combat protectionniste en l'assimilant inconsciemment dans les esprits à une attitude de rejet de l'autre, de fermeture sur soi, attitude qui confinerait au racisme et à la xénophobie.

Alain Duhamel, comme ses pairs de la bien-pensance, sait bien que le protectionnisme connaît un véritable renouveau dans la pensée économique. La crise qui débute est largement le résultat d'un libre-échange généralisé qui a oublié les nations et les protections légitimes, particulièrement en Europe où l'Union européenne a poussé à l'ouverture sans retenue.

Il faut donc sauver le soldat libre-échange. Et pour y parvenir, tous les coups sont permis, y compris les comparaisons et les insinuations les plus fallacieuses.

En vérité, l'argument du "racisme et de la xénophobie" est couramment utilisé dans le débat public pour compromettre des propositions qui dérangent le pouvoir en place.
Ainsi, soulever la question de l'immigration et celle des échecs patents de l'intégration est assimilé à du racisme, ce qui clôt immédiatement le débat et pousse à l'autocensure.
Dire que l'immigration est depuis des décennies prioritairement réclamée par le grand patronat soucieux de disposer d'une main d'oeuvre abondante pour faire pression à la baisse sur les salaires et les droits sociaux, est presque impossible pour la même raison.

Derrière cette petite manip', on retrouve bien sûr ceux qui profitent à fond de ce Système et qui ont intérêt à ce que rien ne change. Maquillant leur volonté de maintenir le statu quo en un combat moral, ils parviennent parfois à tromper quelques naïfs persuadés de servir le "Bien" en épousant leur cause...

Alain Duhamel n'a donc pas fait preuve d'une très grande originalité ce matin. Il a utilisé une vieille technique qui a malheureusement fait ses preuves.
Ce qui est assez nouveau en revanche, c'est d'avoir pris comme cible le protectionnisme. Preuve qu'en haut lieu on s'inquiète de sa popularité croissante...


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Liberté de la presse
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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 23:49
Par Augustin Scalbert

Un site d'opposition a été fermé tandis qu'un blogueur est menacé de six mois de prison pour "offense au chef de l'Etat".

Le soleil estival frappe fort sur le Rocher: en moins de dix jours, un site d'opposition a été fermé, et un sujet du prince a comparu pour "offense au chef de l'Etat". Il risque six mois de prison ferme parce qu'il avait voulu importer l'esprit "Charlie Hebdo" sur le web de la principauté.

Son site, Monaco Politic Circus, a tenu à peine un mois, en mai-juin, avant d'être fermé. "Il a dû avoir une cinquantaine de visiteurs", estime son avocat, Me Patrick Bérard, du barreau de Nice. Marc Giacone, organiste reconnu, a tellement lu l'hebdo satirique français que l'envie lui a pris d'ironiser sur la vie politique monégasque. Il a affublé Son Altesse Sérénissime Albert II d'un nez rouge, et l'a baptisé "chef clown séducteur": "offense au chef de l'Etat", a clamé le procureur lors de son procès en correctionnelle, le 7 août.

Une douzaine de dignitaires politiques ont eu droit au même appendice écarlate et à des surnoms de clowns: "insultes". Plus grave, il a relayé une rumeur concernant l'un des hauts fonctionnaires de la principauté, en écrivant qu'il participait à des "ballets de couleur pastel": "diffamation".

Le procureur a requis 6 mois de prison ferme et 1500€ d'amende à son encontre. Jugement le 9 octobre. En attendant, le musicien a dû abandonner son orgue Cavaillé-Coll de la chapelle des Carmes: il a été renvoyé à la fin du mois de juin. Selon son avocat, Giacone est désormais l'un des rares Monégasques au chômage.

"Propagation d'expressions outrageantes"

Certains des visiteurs de son site étaient venus par un lien posté sur celui de l'Association pour la défense des intérêts et droits à Monaco (ADIDM). Elle a été dissoute la semaine dernière par arrêté ministériel, aux motifs notamment de "propagation d'expressions outrageantes" et d"'intention de troubler la paix publique et d'alimenter dans la population l'hostilité et le rejet à l'encontre d'une catégorie de personnes (des étrangers travaillant en Principauté)". Pas des immigrés clandestins, mais les hauts fonctionnaires français employés par le gouvernement. Dont Jean-Paul Proust, l'ancien préfet de police de Paris devenu ministre d'Etat –l'équivalent local du Premier ministre. Le site Internet de l'ADIDM a été fermé, mais on peut se rendre compte dans le bas de sa page d'accueil (visible en cache) de l'insolence de sa ligne éditoriale.

Tant de vigilance incite à s'interroger sur la réalité de la liberté d'opinion dans ce "paradis fiscal non coopératif" (selon l'OCDE) de 32000 citoyens. Avec la liberté des cultes, elle est théoriquement garantie par l'article 23 de la Constitution, "sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés". Tout est dans le "sauf".

"La justice est systématiquement très sévère, sauf en ce qui concerne l'argent", estime Roger-Louis Bianchini. Fin connaisseur des moeurs politiques du Rocher, ce journaliste avait révélé dans son livre "Monaco, une affaire qui tourne" (Seuil, 1992) l'existence d'une "police des bruits", qui "traîne l'oreille dans les bars pour recueillir les rumeurs qui circulent en ville". "C'est un Etat policier", considère-t-il. "Ils font des procès à tout va. Les journalistes, qui exercent avec une autorisation de l'Etat, pratiquent donc l'autocensure. On ne peut pas dire du mal de Monaco."

Albert II, "Altesse Stupidissime"

Dans la Principauté,un journaliste travaillant sans autorisation doit rester discret. "Les journaux nationaux français peuvent être retirés des kiosques", assure Bianchini. Le paysage médiatique local se limite à quelques supports français (Nice Matin ou TMC) et à "une papardelle de publications très publicitaires appartenant à des promoteurs immobiliers qui s'en servent comme outils d'influence", selon un autre journaliste, Hervé Mari. Un rédacteur en chef de télévision privée peut envoyer un mail à son équipe demandant de le prévenir avant tout sujet concernant les Grimaldi: c'est arrivé en 2006, les journalistes français du Rocher s'en amusent encore. Un Marc Giacone, "pauvre hère" selon certains, "innocent du village à l'humour un peu lourd" selon son avocat, est rapidement réduit au silence. Mais on trouve en "vente libre" un DVD des Guignols de l'Info qualifiant le prince Albert d'"Altesse Stupidissime".

"Je ne suis pas du genre fouille-poubelles"

"Moi, j'ai toujours travaillé très librement", assure Patrick Casavecchia, chef du bureau de Nice Matin pendant quatorze ans avant de terminer sa carrière comme rédacteur en chef de Monaco-Info, la télévision d'Etat monégasque. "Il est évident que je suis passé à côté d'affaires. Mais je ne suis pas du genre fouille-poubelles." Le jeune retraité se gausse des "bruits qui prétendaient qu'un motard venait du palais princier pour relire les articles avant parution". "J'ai toujours dit ce que je voulais dire, dans le respect de la vie privée." Il y va de son anecdote: dans les années 80, alors que les photos de la princesse Caroline en compagnie de ses enfants valaient de l'or, il croise la petite famille sur le port, le jour de la fête du Prince (fête nationale). "Le photographe avec qui j'étais a rangé son appareil. C'est normal."

"L'Etat a intérêt à entretenir la discrétion"

Hervé Mari, son successeur à la direction de l'agence locale de Nice Matin -appelé là-bas Monaco Matin en vertu d'une convention entre le groupe Lagardère et la principauté-, loue "l'esprit de tolérance totale" en vigueur dans la monarchie azuréenne. "Toutes les publications sont en vente libre, du moment qu'elles ne sont pas infamantes. Evidemment, il n'y a pas d'oeuvre satirique autour du prince. Personne ne s'y risquerait." Quand une "affaire" éclate, le palais appliquerait "la stratégie du vent sur le sable", selon l'expression d'Hervé Mari. Une version locale du "chien aboie, la caravane passe". "Ce n'est pas la Chine, ici", poursuit le chef d'agence de Monaco Matin. "Albert n'est pas un adepte de la censure." Roger-Louis Bianchini le confirme : "Albert est plus cool que Rainier."

Mais sur le fond, Monaco n'a pas changé depuis la disparition du veuf de Grace. Pour Mari, "on vient à Monaco pour se reposer, jouir discrètement de sa fortune et éventuellement pour gagner de l'argent. Pas pour communiquer. L'Etat a intérêt à entretenir cette ambiance de discrétion."

Un attaché de presse "non habilité à communiquer"

Les pronostics sont donc pessimistes quant au devenir de Marc Giacone: "Albert a une image de "faible". Je ne serais pas étonné qu'il saisisse cette occasion pour affirmer son autorité", avance Roger-Louis Bianchini. Un autre journaliste pense que "si Giacone écope de prison ferme, il n'y aura pas de réactions indignées de la part des Monégasques. Ils se feraient couper en quatre pour leur prince."

En cherchant à recueillir une réaction du gouvernement sur la liberté d'opinion, Rue89 a joint un chargé de communication qui n'était "pas habilité à communiquer". Une première. Finalement, il a rappelé pour préciser que les saisies de journaux ne sont possibles "que dans le cadre d'une procédure judiciaire". Puis que la loi n°1299 du 15 juillet 2005 autorise "toute publication sur tous types de support". On n'en saura pas plus: "L'information est contrôlée à la source, au niveau de la communication", remarque Hervé Mari.

Heureusement, le 19 septembre, dans un grand hôtel parisien, Monaco tiendra "à destination de la presse" un salon sur ses "trois pôles d'excellence, le bien-être, le business & congrès et la culture".

(Titre original : A Monaco, la liberté de prospérer impose le silence)

 

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