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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 17:15
41xiR1f-T6L.-SS500-.jpg"J'ai vécu, pour ma part, le moment historique des années 1980 à un bon poste d'observation. Douze ans député, puis deux ans président de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, j'ai pu analyser les gestes, les déclarations, les attitudes de nombreux acteurs importants de ce moment de rupture, avant et après 1983. Si j'ai décidé d'écrire cet ouvrage, ce n'est pas pour expliquer une fois de plus les nouvelles relations sociales, économiques ou politiques construites au cours des années 1980. C'est pour décrire comment des esprits de gauche, pourtant préparés avant 1981 à une explosion de liberté, se sont lentement mais sûrement soumis à une nouvelle souveraineté qui perdure aujourd'hui. Nous, élus des années 1980, sommes collectivement coupables d'avoir participé à un jeu politique perverti. Combien exprimèrent-ils leur réprobation d'une politique contraire aux principes affichés ? Que sont devenues les mœurs politiques et les principes républicains censés les régir ? Et la liberté de penser ? Les citoyens ont trop vite et trop bien intégré l'idée qu'aucune autre politique n'est possible. Il fallait se soumettre au nouvel ordre mondial. Certains jugeront le terme de vassalité excessif. Il m'arrive de le trouver trop faible. Voici ma modeste contribution à l'histoire politique des années 1980."

André Bellon, Une nouvelle vassalité, Contribution à une histoire politique des années 1980,  Mille et Une Nuits, 2007


André Bellon, socialiste et républicain intransigeant, décrit sans complaisance aucune cette période clé de notre histoire contemporaine où, une fois parvenu au pouvoir, le Parti Socialiste renonca à ses principes et entama la mise à terre de la République, tout cela au nom de la construction européenne et d'une prétendue inéluctable mondialisation libérale. Cette période qui aurait dû annoncé l'émancipation a vu éclore une nouvelle dictature, celle de la bien-pensance libéral-mondialiste dont nous subissons encore le joug aujourd'hui.

Plus qu'un simple procès du PS, cet essai est un appel à la libération des esprits et à la renaissance d'une véritable éthique républicaine. A l'heure où les cadors "socialistes", au terme d'une nouvelle déconvenue électorale, n'ont d'yeux que pour la "rénovation", véritable nouvelle farce des gardiens de la renonciation, voilà un livre qui ne fait pas dans le coutumier faux semblant, et dont ceux qui veulent vraiment un changement de cap - républicain et... socialiste ! - au PS seraient bien inspirés de lire.
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Published by le Citoyen Thimèle - dans Livres à lire
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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 23:00
undefined"Dès les premières années du XIXe siècle, la Révolution française a suscité des débats passionnés parmi les historiens et les intellectuels, français comme étrangers : quel sens historique fallait-il donner à cet événement politique extraordinaire ? Dans quelle mesure a-t-il transformé le visage de l’Europe ? Quelles en furent les origines intellectuelles, économiques, sociales ? La Révolution avait-elle ouvert un horizon d’émancipation pour la France et les peuples du monde ou, au contraire, annonçait-elle les catastrophes politiques du XXe siècle ?
À l’occasion du bicentenaire en 1989, alors que les controverses sur l’héritage de la Révolution faisaient rage, notamment autour des travaux d’inspiration marxiste d’Albert Soboul puis de Michel Vovelle et de ceux, d’inspiration libérale, autour de François Furet, Eric J. Hobsbawm est revenu sur toutes les lectures et interprétations qui s’étaient succédé depuis deux siècles. Il montre ici que les historiens écrivent l’histoire à l’aune de leur expérience du présent. Formulant une critique roborative de ceux qui veulent rompre avec l’héritage révolutionnaire, Hobsbawm réaffirme que la Révolution a transformé le monde de façon définitive et qu’elle continuera de le faire évoluer.
Aux armes, historiens, mélange stimulant d’historiographie et d’analyse politique rédigé par l’un des plus éminents historiens du XXe siècle, constitue un outil indispensable à qui souhaite comprendre les enjeux d’une Révolution dont l’écho nous parvient encore."


Eric J. Hobsbawn, Aux armes, historiens, Deux siècles d'histoire de la Révolution française, La Découverte, 2007



-Critique de Léa Giret (Marianne2.fr) :


" Français, ne malmenez pas votre Révolution !"

En 1989, l'historien Eric Hobsbawn publiait un ouvrage sur l'héritage inouï qu'a laissé la Révolution française.


Tout comme il est irrépressible de décrire l'autre à travers le prisme de ses propres schémas mentaux, l'interprétation du passé pourrait n'être induite que par la situation politique et idéologique dans laquelle se trouve l'individu qui en est l'auteur : c'est le propos d'Eric Hobsbawm dans son livre sur la Révolution française, Aux armes historiens, Deux siècles de la Révolution française.

Le livre, paru pour la première fois en langue anglaise en marge du bicentenaire de la Révolution, est singulier à plusieurs égards. Tout d'abord, Eric Hobsbawm s'inscrit en faux par rapport aux historiens « révisionnistes » qui, à l'instar de François Furet, jugent la Révolution française comme une « péripétie cruelle ». Alors que la période du bicentenaire était dominée par les historiens qui n'appréciaient guère la révolution et son héritage, l'auteur estime au contraire que la Révolution a transformé le visage de l'Europe de façon définitive : les références innombrables à cet épisode par des acteurs fort différents des XIXème et XXème siècles justifient qu'on le tienne pour acquis.

L'historien a privilégié dans sa démarche la réception et l'interprétation de la Révolution plutôt que l'histoire factuelle. Il démontre savamment que la période révolutionnaire a été utilisée par des groupes, à chaque période de l'histoire, pour servir un dessein politique ou idéologique parfois éloigné des problématiques de la fin du siècle des Lumières. Ainsi les bourgeois de la période post-révolutionnaire tiennent la Révolution jusqu'à la restauration pour « bourgeoise » ou « libérale » : il s'agissait pour cette catégorie sociale montante de trouver une caution à son triomphe. Mais Eric Hobsbawm est formel : « leur analyse en termes de classes et de lutte des classes aurait surpris les observateurs de 1789 ».

De la même manière et dans un tout autre contexte, les anti-fascistes se sont réappropriés les thèmes de la Révolution pour marquer leur opposition farouche aux fascistes qui rejetaient violemment 1789. Et Jean Renoir, fervent anti-fasciste, d'être financé par les syndicats français pour tourner en 1938… La Marseillaise. Les exemples donnés par l'auteur sont nombreux et démontrent à chaque fois le poids de l'idéologie dans la vision de la période révolutionnaire tout au long des XIXème et XXème siècles.

Bien à l'inverse des révisionnistes et autre sceptiques, l'auteur rappelle les références considérables en France et dans le monde au processus révolutionnaire. Tous ceux qui ont proposé des révolutions ayant pour but de modifier l'ordre social s'en sont réclamés, depuis les communards de 1871 jusqu'aux bolchéviks de 1917. En 1848, Marx s'exprimait ainsi : « Le jacobin de 1793 est devenu le communiste d'aujourd'hui ». Plus généralement, le monde doit à la Révolution des concepts aussi fondamentaux que le libéralisme, la bourgeoisie, la démocratie et la dictature.

La postface de l'ouvrage, écrite en 2007 pour la parution en français, dresse un bilan mitigé du débat historique sur la Révolution française depuis 1989. Car si d'une part la « révolution furétienne » avec son déni de la portée historique de l'événement a eu tendance à être abandonnée, la recherche historique sur la Révolution française s'est également considérablement réduite dans le pays des Lumières. Cela vaut à l'auteur une injonction finale : « Peut-être le temps est-il venu pour les Français de prêter à nouveau l'oreille aux échos universels de La Marseillaise et de les entendre aussi fortement que dans le reste du monde. » Il ne dit pas si pour cela, le prix à payer est de passer…pour un vilain patriote.

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  - Extraits de Aux armes, historiens



Une référence symbolique incontestable


Des premiers soubresauts de l'année 1789 aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la Révolution française a dominé non seulement l'histoire, mais également la langue et le symbolisme des politiques occidentales. Il faudrait ajouter aussi les politiques menées par les élites des pays qui forment ce qu'on appelle le tiers monde, et qui ont cru répondre aux espoirs de modernisation de leurs peuples en suivant l'exemple des États européens les plus développés. Ainsi, pendant près d'un siècle et demi, le drapeau tricolore français a servi de modèle dans toutes les parties du monde, pour les bannières de la majorité des États nouvellement indépendants ou unifiés : en lieu et place du bleu, blanc, rouge, l'Allemagne a choisi le noir, le rouge et l'or (et plus tard le noir, le blanc et le rouge) ; l'Italie de l'Unité s'est, quant à elle, parée de vert, de blanc et de rouge. À la fin des années 1920, vingt-deux pays s'étaient choisis des drapeaux constitués de trois bandes de couleurs, verticales ou horizontales ; et deux autres présentaient des blocs de trois couleurs avec du rouge, du blanc et du bleu, suggérant également l'influence française. En comparaison, les étendards rappelant la « bannière étoilée » américaine étaient vraiment peu nombreux ; même dans des versions extrêmement réduites – une seule étoile dans le coin supérieur gauche –, on compterait au maximum cinq drapeaux, dont trois pour des États virtuellement créés par les États-Unis (Libéria, Panama et Cuba). Même en Amérique latine, les drapeaux dénotant une influence tricolore surpassaient en nombre ceux témoignant d'une influence nord-américaine. Le rayonnement international comparativement modeste de la Révolution américaine – à l'exception évidente de son influence sur la Révolution française – doit retenir l'attention. En tant que modèle de transformation des systèmes politiques et sociaux, elle a, pour ainsi dire, été absorbée et remplacée par la Révolution française. Cela s'explique en partie par le fait que, dans les sociétés européennes, les réformateurs ou les révolutionnaires ont pu se reconnaître plus directement dans l'Ancien Régime français que dans les colons, libres et propriétaires d'esclaves, de l'Amérique du Nord. En outre, bien plus que la Révolution américaine, la Révolution française s'est elle-même considérée comme un phénomène global, un modèle pionnier de la destinée du monde. Enfin, sans même parler de son caractère dramatique, elle se distingue des nombreuses révolutions de la fin du XVIIIe siècle, non seulement par son échelle et – du point de vue du système d'état – sa centralité, mais aussi, dès le départ, par sa dimension consciemment oecuménique.

L'inspiratrice des révolutionnaires au XIXème

Pour d'évidentes raisons, le modèle français a particulièrement inspiré et influencé ceux qui ont proposé de mettre en oeuvre des révolutions, et notamment des révolutions ayant pour objet la transformation fondamentale de l'ordre social (les « révolutions sociales »). Dans les pays industriels, c'est à partir des années 1830, ou au plus tard, des années 1840, que la référence à la Révolution s'est installée au coeur des mouvements sociaux de la classe ouvrière, du moins dans les organisations qui prétendaient parler au nom de celle-ci. En France, après 1830, l'idéologie et le langage de la Révolution se sont diffusés dans les régions et dans les couches de la population qui étaient restées à l'écart de la période révolutionnaire initiale, c'est-à-dire principalement dans les campagnes. Ce processus a été admirablement décrit et analysé par Maurice Agulhon pour une partie de la Provence dans La République au village. Hors de France, les paysans sont dans l'ensemble restés hostiles aux idéologies portées par les citadins. Et même s'ils pouvaient les comprendre, c'est par une terminologie différente qu'ils ont justifié leurs propres mouvements de contestation.

Jusque tard dans la seconde moitié du XIXe siècle, les gouvernements, les classes dirigeantes et les idéologues de la gauche se sont accordés habituellement – avec satisfaction ou résignation – pour dire que les paysans étaient conservateurs. Cette sous-estimation du potentiel radical des agriculteurs par la gauche est tout à fait notable dans les révolutions de 1848 – comme en témoigne leur historiographie encore longtemps après la Seconde Guerre mondiale –, même si, dans le sillage de 1848, Friedrich Engels ne considérait pas comme totalement utopique, semble-t-il, une deuxième édition de la guerre des Paysans qu'il appelait de ses voeux, tout en en écrivant une histoire populaire. Il avait bien sûr assisté à l'action des révolutionnaires armés dans le sud-ouest de l'Allemagne, une partie du pays où, comme les historiens sont en train de le réaliser, 1848 fut essentiellement un mouvement agraire, peut-être le plus important de la sorte depuis la guerre des Paysans au XVIe siècle. Néanmoins, même pour les paysans révolutionnaires, la Révolution française était déjà lointaine. À ce titre, il est tout à fait révélateur de rappeler que ce n'est pas dans la langue des Jacobins que le jeune Georg Büchner, auteur de l'étonnante Mort de Danton, s'est adressé à la paysannerie de la Hesse, sa région natale, mais dans la langue de la Bible
luthérienne.

L'appropriation du discours révolutionnaire


De leur côté, les travailleurs urbains ou les ouvriers de l'industrie n'ont eu aucune difficulté à adopter la langue et le symbolisme de la révolution jacobine, que l'extrême gauche française avait spécifiquement adaptés à leur situation – notamment après 1830 – en identifiant le peuple au prolétariat. En 1830, les ouvriers français, tout en devenant conscients de leur existence en tant que mouvement de classe contre les autorités libérales, qui, elles aussi, faisaient appel à la rhétorique révolutionnaire, l'avaient ajustée à leurs propres besoins. À l'époque, ce processus d'appropriation du discours révolutionnaire ne concernait pas seulement la France. Les mouvements socialistes allemands et autrichiens, mus probablement par l'identification de leurs leaders avec la révolution de 1848 – les travailleurs autrichiens ont commémoré le souvenir des victimes de mars 1848 (Märzgefallene) avant de célébrer le 1er mai –, insistaient ouvertement sur l'inscription de leur mouvement dans la continuité de la Grande Révolution. La Marseillaise (selon différentes adaptations) était alors l'hymne de la social-démocratie allemande, tandis que, à l'occasion du défilé du 1er mai 1890, les badges des sociaux-démocrates autrichiens arboraient le bonnet phrygien et le slogan « Égalité, liberté, fraternité ». Il n'y a rien de surprenant à cela. Après tout, l'idéologie et le langage de la révolution sociale étaient venus de France, n'atteignant l'Europe centrale qu'à l'occasion du retour au pays de ces radicaux allemands, voyageurs au long cours, ou à la faveur des départs des émigrés politiques allemands, des touristes du Paris d'avant 1848 et à travers les publications parfois très bien informées et très influentes rapportées dans ses bagages, par Lorenz von Stein notamment. Le temps que se développent les importants mouvements ouvriers de l'Europe continentale, la Révolution française comme tradition de transformation politique active et insurrectionnelle avait, de fait, été réduite à sa composante populaire et prolétaire. Ainsi, la commune de Paris de 1871 rattachait les jacobins à la tradition révolutionnaire prolétarienne, en particulier à travers la nécrologie analytique éloquente qu'en proposait Marx.

L'ultime point de comparaison

La Révolution française survivait autant à travers 1793-1794 qu'à travers 1789. Cette relation intrinsèque semblait tellement évidente qu'elle n'inquiétait pas les observateurs. Bien que très court en apparence et vaincu rapidement dans la plupart des nombreux pays qu'il avait ébranlés, le mouvement de 1848 démontrait que le processus révolutionnaire n'était pas mort. En France, les libéraux, qui avaient espéré que 1830 y mît un terme définitif, s'adonnaient aux déclarations les plus pessimistes. « J'ignore quand finira ce long voyage », s'exclamait Tocqueville avec indignation dans les années 1850. « Je suis fatigué de prendre successivement pour le rivage des vapeurs trompeuses, et je me demande souvent si cette terre ferme que nous cherchons depuis si longtemps existe en effet, ou si notre destinée n'est pas plutôt de battre éternellement la mer ! ». Dans les années 1870, Jakob Burckhardt ouvrait son cours sur la Révolution française en utilisant la même métaphore : « Nous savons que la tempête qui a atteint l'humanité en 1789 nous emmène toujours vers le futur. » Dans ces conditions, la Révolution française en est venue à servir des intérêts divers. Pour ceux qui voulaient transformer la société, elle fournissait une inspiration, une rhétorique, un vocabulaire, un modèle et un point de comparaison. Pour ceux qui n'en avaient ni le besoin ni l'envie, les trois premières références étaient moins essentielles (sauf en France), bien qu'il faille admettre qu'une grande part du vocabulaire politique de tous les États occidentaux du XIXe siècle a trouvé son origine dans la Révolution et a souvent été directement emprunté ou adapté du français, à l'exemple du champ lexical associé au mot « nation ». C'est donc avant tout comme point de comparaison qu'on considérait la Révolution, parce qu'il est simplement plus fréquent d'en avoir peur que de la désirer. Comme nous allons le voir, pour la grande majorité de la nouvelle gauche prolétaire et socialiste européenne, la pertinence opérationnelle de 1789-1799 est devenue, à la différence de sa pertinence idéologique, de plus en plus vague. À l'inverse, les gouvernements et les classes dirigeantes n'ont cessé de réaffirmer les risques de subversion et de rébellion chez des hommes et des femmes qui, comme ils étaient bien placés pour le savoir, avaient de nombreuses raisons d'être insatisfaits. Les révolutions du passé servaient donc de points de comparaison incontestables. En 1914, à la veille de ce qui sera la Première Guerre mondiale, le ministre britannique John Morley se demandait si le climat du pays, qui traversait alors une période d'agitation sociopolitique considérable, n'était pas semblable à celle qui avait précédé 1848. Quand une révolution éclatait, elle était immédiatement rapprochée de ses devancières, à la fois par ceux qui l'attendaient et par ceux qui voulaient à tout prix l'éviter. Plus l'événement était imposant, plus la comparaison avec 1789 s'imposa
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