Culture et mémoire républicaine

 

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 12:23

par Henri Pena-Ruiz, écrivain et philosophe, ancien membre de la Commission Stasi, auteur de « Qu'est-ce que la laïcité ? « (Gallimard) et des « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)

En France, la sécularisation des institutions et des normes publiques a pris la forme de la laïcisation (en grec, laos veut dire peuple indivisible). L'idée en est simple : considérer que le rôle de la puissance publique n'est pas de promouvoir une option spirituelle particulière –religion ou athéisme- car cela privilégierait une partie des citoyens. L'égalité de tous va ainsi de pair avec la liberté de conscience, et l'État n'entend s'occuper que de ce qui est d'intérêt universel. La laïcité n'est donc pas plus antireligieuse qu' « antiathée ». Pour garantir cette neutralité qui est la condition de l'universalité ainsi visée, la loi du 9 décembre 1905 a séparé l'Etat de toute Église. Une double émancipation s'est ainsi réalisée. Certes l'Église ne jouit plus de privilèges publics, mais elle s'affranchit de tout contrôle de l'État. Celui-ci, émancipé de toute tutelle cléricale, devient l'État de tous et le cadre qu'il constitue assure à tous une égalité d'accueil comme une liberté de conscience authentique. La loi de séparation laïque est remise en question aujourd'hui par certains nostalgiques des privilèges publics des religions, avec des prétextes divers issus des évolutions récentes. L'article qui suit propose une analyse et une approche critique de cette remise en question.



Un libéralisme clérical : paradoxe


Nous vivons un paradoxe. En ces temps d'ultralibéralisme économique, les missions sociales de l'État sont contestées, et la privatisation générale des services publics est mise à l'ordre du jour. L'État n'aurait plus à dépenser autant d'argent dans ce qui pourtant concerne tous les citoyens : santé publique, école publique, culture de haut niveau pour chacun, logements décents pour tous, énergie et communication accessibles à tous, humanisation des espaces urbains. En revanche, le même État devrait consacrer des fonds à la restauration du financement public des religions, qui ne concernent pourtant que leurs seuls fidèles. Ainsi, l'universel serait sacrifié sur l'autel du particulier. Voici venir l'alliance de l'ultra-libéralisme économique et d'un nouveau cléricalisme.

Une telle perspective reproduit la formule thatchérienne. Celle-ci conjugua naguère l'éradication du rôle social de l'État, comme des lois qui le faisaient valoir dans la régulation de l'économie, et l'encouragement prodigué aux religions pour qu'elles remplissent le vide ainsi créé. La charité en lieu et place de la justice ; le supplément d'âme d'un monde sans âme. La religion préposée au traitement de la délinquance que nourrit la déshumanisation mercantiliste. On sait le risque pris alors. Les religions ainsi reconnues dans un rôle social consacré par la sphère publique se contentent rarement de leur dimension spirituelle désintéressée. Dans leur dérive dominatrice, certains de leurs représentants entendent rétablir à leur profit des privilèges publics, et régenter ce qui peut l'être des individus qu'ils prétendent secourir, parfois pour mieux les encadrer. Les pressions du Vatican pour garder à l'Église une place prépondérante dans la construction européenne, les cas de l'intégrisme protestant aux USA, ou de l'intégrisme islamiste, en sont des exemples.

Cette politique religieuse s'affirme souvent au nom de la « culture », voire de la « différence » opprimée. La menace communautariste n'est pas loin, qui dévoie la solidarité en soumission, et compromet la liberté de se définir individuellement au nom d'une « identité collective » contraignante. Il ne faut pas disqualifier ici la charité, mais rappeler qu'elle n'opère que sur les effets de la détresse sociale, non sur ses causes. Du fait du retrait d'un État garant du bien commun et de la solidarité, les ressorts de l'exclusion, du chômage, et des discriminations à l'emploi ou au logement demeurent intacts, et leurs conséquences s'aggravent. La référence religieuse, dans ce contexte, peut se transformer en crispation identitaire et faire naître un ressentiment compensatoire, lourd de danger, qui stigmatise tout à tour la modernité, la démocratie, la raison, la laïcité, rendues responsables de tous les maux. Le fanatisme découle d'un tel processus.

La tentation d'attribuer à la laïcité la responsabilité de l'exclusion, et du sentiment de stigmatisation éprouvé par certaines composantes de la population, est devenue trop fréquente pour qu'on laisse se répandre une telle erreur de diagnostic. C'est en solidarisant l'affirmation de l'idéal laïque et celle d'un État promoteur de la justice sociale et du bien commun qu'on rendra crédible la dimension émancipatrice de la République.

Laïcité : le sens de la loi de séparation de l'État et des Églises

Première évidence, longtemps niée : ce qui est de certains ne peut s'imposer à tous, ni être à la charge de tous. Ainsi des croyances religieuses et de leur mise en œuvre cultuelle, qui ne doivent engager que les croyants, et ne sauraient engager les athées ou les agnostiques. La religion n'est pas un service public. Sa fonction sociale ne concerne que ceux qui se reconnaissent dans un credo. On n'imagine pas plus que les croyants aient un jour à financer la diffusion de l'humanisme athée.

D'où l'indissociabilité de trois principes laïques et républicains : la liberté de conscience, l'égalité de droits sans distinction d'option spirituelle, et l'universalité de l'action de la sphère publique, dévolue au seul intérêt général. Ce n'est donc pas la seule égalité des religions qui doit animer la conscience républicaine, mais l'égalité de traitement des croyants, des athées et des agnostiques. La loi du 9 décembre 1905, en France, en tire les conséquences en mettant un terme au régime discriminatoire des cultes reconnus : « La République ne reconnaît aucun culte » (article deux). Conséquence matérielle immédiate : la République ne peut non plus salarier ni subventionner les cultes, pas plus qu'elle n'a à financer des maisons de la libre-pensée ou des temples maçonniques.

Dans un État laïque, tourné vers le bien de tous, la conviction religieuse et les convictions athée ou agnostique sont reconduites au libre choix de la vie spirituelle que permet l'émancipation de la sphère privée. Celle-ci a pour condition l'indépendance de la sphère publique par rapport à toute emprise confessionnelle. Dans les cas où la sphère privée ne dispose pas de son autonomie, comme par exemple dans les communautés fermées où de fait se déroule la totalité de la vie (les prisons, les hospices, les établissements scolaires avec internat, les casernes) la liberté de la sphère privée suppose logiquement l'accès des croyants à des services d'aumônerie, que l'État se donne les moyens d'organiser, comme le prévoit la loi du 9 décembre 1905. Mais de tels services ne sont pas de plein droit dans les établissements scolaires dépourvus d'internat, ni dans les communautés ouvertes, si du moins on respecte la loi de 1905. La règle de la laïcité est donc simple : l'État ne doit se soucier que de ce qui est commun à tous les citoyens, et ne saurait privilégier une partie d'entre eux. Ni athéisme officiel ou subventionné ni religion officielle ou subventionnée.

La République a déjà bien assez à faire avec la promotion du bien de tous pour ne pas se charger de ce qui ne concerne que la croyance de certains. La distinction entre l'intérêt général et l'intérêt particulier implique entre autres une frontière nette entre la culture et la religion, entre le culturel et le cultuel. Brouiller ou relativiser cette distinction, c'est subvertir insidieusement le partage laïque, pourtant clair. Il en est de même de la distinction entre sphère privée et sphère publique. Ce qui est juridiquement privé s'applique aussi bien à l'association collective de ceux qui partagent une conviction particulière qu'à l'individu. La laïcité ne nie pas la dimension sociale de la foi religieuse ou de l'humanisme athée, mais rappelle que leur caractère particulier ne saurait sans mauvaise foi se donner comme universel.

La laïcité serait-elle mise à mal par le fait que l'Etat entretient les lieux de culte construits avant 1905 ? Ce point mérite analyse. La France comptait en 1905 environ 34500 églises, biens nationaux depuis la Révolution. Dans un état de droit, aucune loi n'est rétroactive. Comme il n'était pas question de faire violence aux fidèles, ces édifices, hérités d'une histoire qu'on ne peut réécrire, ont été laissés à leur disposition, l'État en restant propriétaire avec les charges que cela implique. Privilège ? Non. Simple souci de paix, et d'assumer un héritage tout en déliant la loi nouvelle de sa pesanteur. La nouvelle règle, qui entre en vigueur à compter du premier janvier 1906, est bien que désormais tout nouveau lieu de culte sera à la charge des fidèles de ce culte, et d'eux seuls. Et ce point ne saurait être remis en question sans atteinte à la laïcité. En revanche le droit pour les fidèles de construire de nouveaux lieux de cultes doit être absolument respecté, ce qui interdit toute discrimination foncière, toute entrave à sa mise en œuvre. Quant aux édifices existants en 1905, ils ont également statut de patrimoine commun, d'héritage culturel, et c'est aussi à ce titre que l'Etat, ou les communes, doivent désormais les entretenir. C'est d'ailleurs au Ministère des Beaux Arts de l'époque qu'est transférée la responsabilité de cet entretien, pour ce qui concerne les monuments classés, les communes devant entretenir les autres édifices.

Un nouveau paysage spirituel ?

1905-2005…Les choses ont bien changé, dit-on couramment, pour justifier une remise en question des principes évoqués. Prenons donc la mesure exacte de tous ces changements, sans en privilégier aucun. En 1905, l'Islam était peu présent dans le paysage religieux. Il ne disposait donc pratiquement pas de lieux de culte. Mais ceci n'était dû qu'à l'héritage historique. La laïcité a mis toutes les religions sur le même plan en matière de droits, à compter du 1er janvier 1906. Il faudrait, selon certains, corriger l'héritage historique de la France en édifiant des mosquées sur fonds publics, du fait de l'importance prise par la religion musulmane, notamment en raison de l'immigration maghrébine ou turque. Il serait cependant hâtif et inexact de dire que toutes les personnes issues de cette immigration sont forcément de confession musulmane, ou qu'elles le sont de façon forte, ou encore qu'elles demandent un tel financement. Ne sont-elles pas plutôt soucieuses de disposer d'un travail, d'un logement décent, d'équipements scolaires et éducatifs de qualité, et de soins accessibles, toutes choses dont la République a la charge, et qui facilitent une intégration réussie bien plus que le privilège qu'on accorderait à ceux qui parmi eux croient en Dieu et ont une pratique cultuelle assidue, très minoritaires selon une enquête récente du Cevipof? Il faut noter ici que les personnes issues de l'immigration « économiseraient » dès lors des sommes non négligeables. Celles qui le souhaiteraient, et seulement elles, pourraient ainsi d'autant mieux se cotiser pour financer des lieux de culte.

Nul besoin donc de remettre en question la laïcité. La vraie solution ne se trouve pas dans une révision de la loi de 1905, mais dans une authentique politique sociale. Peut-on d'ailleurs oublier ce que le cadre de l'intégration doit à la mise à distance des emprises cléricales catholiques sur la sphère publique ? Cette laïcisation a signifié l'émancipation du droit par rapport à toute vision religieuse particulière, son ouverture à l'universel du fait de l'émancipation de ses références. Qui peut oublier la disparition de la notion religieuse de chef de famille, le droit au divorce, l'émancipation de la vie sexuelle, la liberté reconnue de décider d'avoir un enfant, le progrès de l'égalité des sexes, bref l'avènement d'une liberté réelle de se choisir et de définir son mode d'accomplissement, à mesure que la loi commune se laïcisait ?

Le souci de l'égalité des religions est certes louable, mais l'exigence d'égalité républicaine doit prendre en considération les divers croyants, les athées et les agnostiques. La sociologie du « changement spirituel » ne peut s'arrêter au constat de la montée de l'Islam. C'est tout le paysage spirituel qui a changé, et non le seul paysage religieux. Une enquête CSA-La Vie–Le Monde de mars 2003 faisait apparaître que l'athéisme et l'agnosticisme sont le fait d'environ 40 % de la population française. Pour assurer l'égalité de traitement de toutes les options spirituelles, faudra-t-il financer également sur fonds publics des maisons de l'humanisme athée, voire des temples maçonniques ? En réalité, la communautarisation de l'argent public n'est évidemment pas souhaitable, au regard de ce que requiert le soin à apporter au bien commun à tous.

Quant à la réintroduction d'un financement public des lieux de culte, elle ne pourrait sans discrimination être réservée aux seules mosquées. Les protestants, les catholiques, les Israélites, en demanderaient également le bénéfice, car en république aucune loi n'est sélective, et l'on ne peut reconnaître aux uns ce qu'on refuse aux autres. Certains partisans de la révision antilaïque de la loi de 1905 déguisent leur volonté de bénéficier des deniers publics en défense de l' « opprimé musulman ». Mais gageons que s'ils obtiennent le financement public de mosquées, ils demanderont ensuite, logiquement, celui de temples protestants ou d'églises catholiques. Dans le même esprit, la volonté d'étendre le périmètre du « cultuel » à des activités culturelles et sociales est une façon de rétablir un financement indirect des cultes. Si les mots ont encore un sens, on ne saurait confondre cce qui est culturel, et partant d'intérêt général, avec ce qui est cultuel, qui n'engage par définition que les adeptes d'un culte. Le brouillage de la distinction est une manœuvre grossière pour rétablir le financement indirect du culte par le biais du financement direct de la culture. Dans de telles hypothèses, ce n'est pas une « adaptation », mais une destruction de la laïcité, que l'on propose. À cet égard, la déductibilité fiscale des versements au denier du culte a déjà esquissé ce rétablissement en infraction avec l'article 2 de la loi de 1905. Cela s'est fait à la faveur d'un glissement illégitime de ce qui est d'intérêt général (par exemple l'action humanitaire du Secours Catholique ou du Secours Populaire en faveur des plus démunis) à ce qui est d'intérêt particulier (le culte n'engageant que ses fidèles). Veut-on généraliser cette confusion qui n'a rien d'innocent ? Ne soyons pas dupes de ce qui apparaît comme un prétexte pour déconstruire les lois laïques.

Quant à l'argument du financement comme instrument de contrôle et de prévention contre des interventions étrangères, il est à la fois juridiquement irrecevable, moralement blessant pour les croyants, et politiquement injuste pour les athées. Il relève d'une logique néo-gallicane et concordataire, diamétralement opposée à la laïcité. « On paye, donc on contrôle »…Est-ce à dire, si l'on pense à l'Islam, qu'on ne mettra une mosquée publique à la disposition d'un imam que s'il a d'abord montré patte blanche et satisfait à un examen de conformité à ce qui est jugé religieusement et politiquement correct ? C'est oublier qu'il appartient aux seuls fidèles d'une religion d'en juger, et d'en tirer les conséquences. Quant à la République, la seule chose qu'elle soit en mesure d'exiger, au nom de tous les citoyens, et elle est essentielle, c'est que tout responsable religieux, qu'il soit étranger ou non, respecte dans ses prêches les lois du droit commun qui permettent à tous de vivre ensemble. Pour cela, il n'est pas besoin de payer. Un imam qui dans ses discours appelle à battre une femme adultère, ou à faire violence à une femme qui ne porte pas le voile, tombe évidemment sous le coup de la loi, et quelle que soit sa nationalité, l'arsenal juridique de la République suffit pour le sancttionner. Il en irait de même pour des religieux qui appelleraient les fidèles à entraver les actes médicaux de l'interruption volontaire de grossesse, comme l'ont fait des commandos anti-IVG d'inspiration protestante intégriste aux USA.Pour les fidèles musulmans, il est d'ailleurs choquant que l'on fasse une sorte de chantage en maniant la carotte du financement public. Pour les citoyens athées, il est illégitime qu'on les conduise ainsi à financer une croyance religieuse qu'ils ne partagent pas.

Laïcité et progrès social

Comment donc résoudre le problème soulevé sans détruire l'émancipation laïque ? À l'évidence en assurant à tous les hommes, immigrés ou non, des conditions de vie décentes, telles qu'elles leur permettent de choisir et de pratiquer librement leurs options spirituelles respectives. Ne nous trompons pas de revendication, notamment lorsqu'il s'agit de corriger des inégalités. Ne clouons pas non plus les individus à un groupe, et le groupe à une religion. Ce double amalgame détruit deux niveaux essentiels de liberté :celui qui affranchit chaque personne de toute tutelle communautariste, et celui qui fait que la richesse multiforme d'un être humain ne saurait se résorber dans une appartenance religieuse.

Veut-on favoriser ceux qui croient et oublier ceux qui souffrent, dans les hôpitaux, qu'ils soient croyants ou athées ? La misère de certains hôpitaux, le peu de considération financière pour l'admirable travail des infirmières mériteraient davantage les deniers publics que la construction de lieux de cultes qui ne concernent que certains citoyens. Il en va de même pour les logements sociaux, si cruellement insuffisants là où se joue l'intégration des populations issues de l'immigration. Et aussi, sans doute, des écoles publiques comme de tous les lieux de culture, qu'un volontarisme politique mieux affirmé par un effort financier de toute la nation se devrait de promouvoir, avec notamment un soutien scolaire et un encadrement plus poussés pour les élèves en difficulté. Après plus de 150 auditions, la commission Stasi avait rappelé toute l'importance de ce volet social, conjugué avec la réaffirmation de la laïcité.

On invoquera pour finir les « besoins spirituels » des hommes dans un monde en perte supposée de repères. Mais la spiritualité ne se réduit pas à sa version religieuse. L'art, la philosophie, la recherche scientifique, sont des activités spirituelles. L'humanisme rationaliste n'a rien à envier aux spiritualités religieuses, qui d'ailleurs gagnent à se dissocier des projets de domination cléricale ou des quêtes de privilèges publics. La puissance du témoignage spirituel n'est-elle pas directement proportionnelle à son désintéressement ? On ne niera pas que la croyance religieuse puisse être éventuellement le levier d'une certaine espérance. Mais l'on niera qu'elle soit le seul possible. C'est avoir peu d'égards pour les humanistes athées ou agnostiques que de dénier à leur option spirituelle un tel caractère. Albert Camus rappelait que la lutte pour la vie ici-bas suffit à remplir un coeur d'homme. La religion n'a ni le monopole du cœur ni celui de l'espérance. Gabriel Péri résistant athée rejoint Honoré d'Estienne d'Orves catholique résistant : tous deux fusillés par les nazis étaient unis dans l'espérance d'une liberté future des peuples. On ne fera pas de discrimination entre l'engagement humaniste de l'un et la foi religieuse de l'autre. « Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas, qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leurs pas, que l'un fût de la chapelle et l'autre s'y dérobât » (Louis Aragon).

Les besoins spirituels universels sont ceux d'une culture riche et exigeante, ouverte à tous et conçue comme un instrument de mixité sociale cultivée par le haut. L'élévation globale du partage du savoir et de la raison que l'instruction publique rend « populaire », selon le mot de Condorcet, fait au moins autant partie des besoins spirituels du peuple que la seule conviction religieuse, version particulière respectable tant qu'elle ne s'impose pas ou ne demande pas de privilège. Les services publics promoteurs de solidarité et de redistribution sont aujourd'hui une priorité, y compris sur le plan spirituel.

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17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 23:57

Un Cri contre le racisme et contre l’intégrisme

Citoyens à la fois opposés au racisme et à l'intégrisme, nous poussons un cri. Depuis le 11 septembre 2001, le débat public semble avoir perdu tous ses repères. Tandis qu'une droite populiste et raciste surfe sur la peur de l'autre et de l'islam (en amalgamant Arabes avec musulmans, musulmans avec intégristes et intégristes avec terroristes), une certaine gauche a abdiqué tout esprit critique face à l'obscurantisme et traite d'«islamophobe» toute personne ayant l'audace de dire non à l'islam politique réactionnaire. Même lorsque cette résistance se fait au nom de l'attachement à la laïcité, à l'égalité hommes-femmes, par refus de l'incitation à la haine sexiste, homophobe ou antisémite. Il faut d'urgence sortir de ce double piège. Et redire, haut et fort, que nous voulons nous battre à la fois contre le racisme et contre l'intégrisme. Tous les racismes (antiarabe comme antijuif, comme antifemme ou antihomosexuel) et tous les intégrismes (de toutes les religions).


Pour éviter que le 11 septembre ne sonne le glas de la laïcité, il faut cesser de se taire face à l'offensive de l'islam intégriste. Elle gagne partout du terrain. En Palestine et en Egypte, les Frères musulmans (matrice de l'islam politique réactionnaire) viennent de remporter des succès électoraux comme jamais. Ailleurs, ils se placent en médiateurs, voire en tuteurs des communautés musulmanes sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Comme en Angleterre ou en France. Après avoir invité l'UOIF à s'asseoir à la table de la République et du Conseil français du culte musulman, Nicolas Sarkozy ne propose-t-il pas de modifier la loi de 1905 ? Dans le même temps, des députés UMP, comme Eric Raoult ou Jean-Marc Roubaux, ne proposent-ils pas de réactiver le délit de blasphème à la demande d'organisations musulmanes refusant le droit à l'irrévérence et à la caricature ? Si ces deux piliers, la loi de 1905 et la liberté d'expression, tombaient ou du moins s'effritaient, avec quelles armes pourrions-nous nous défendre face à cet obscurantisme qui a bien le visage de nouveau totalitarisme ? Sur quoi pourrions-nous bâtir notre résistance face à la montée de tous les fanatismes ?


Pour éviter un second 21 avril 2002, tout en menant ce combat contre l'intégrisme, il faut aussi reprendre la lutte contre le racisme et l'extrême droite. Dire et redire que le combat contre l'obscurantisme n'est pas un combat contre l'immigration ou contre les croyants. Mais un combat républicain et laïque devant unir tous les citoyens, quelle que soit leur origine, croyants, athées ou agnostiques. Même si les médias ne veulent pas l'entendre et préfèrent souvent donner la parole aux barbus ou aux filles voilées, ce combat est remarquablement porté aujourd'hui par des citoyens de culture ou de confession musulmanes (81 % sont attachés au principe de laïcité). En particulier, ceux d'origine algérienne ou iranienne (10 % des chauffeurs de taxis parisiens sont des Iraniens réfugiés en France). Ceux-là ont fui l'islamisme et connaissent, mieux que personne, le prix à payer lorsque la religion fait la loi. Les musulmans du monde entier, comme les habitants des quartiers populaires français, sont les premières victimes de l'intégrisme. Nous refusons de laisser ces quartiers être mis sous tutelle par des groupes religieux parce que l'Etat se désengage du social.


De même que nous refusons de laisser croire que les émeutes de novembre dernier ou les explosions de violence sont dues à l'«islamisation» de la France. Les islamistes n'en ont pas été les inspirateurs, même s'ils ont essayé d'apparaître auprès des pouvoirs publics comme des médiateurs pouvant se substituer aux autorités de la République. Sans succès. Pour l'instant... Qu'en sera-t-il lorsque le lien social et interculturel ne sera plus qu'un champ de ruines, à cause des subventions qui n'arrivent pas aux associations citoyennes, ou qui arrivent trop aux associations confessionnelles ? La colère, la rage, la recherche du profit et de l'argent facile, sont bien à l'oeuvre dans les quartiers défavorisés. Si «islamisation» il y a, elle est due certes à la propagande des intégristes mais aussi au fait d'abandonner des citoyens et des quartiers entiers à l'exclusion, à l'inégalité et à la stigmatisation.


En cela, les discours plein de haine et de raccourcis de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers, ou encore celui de Nicolas Sarkozy (qui dit dans son livre préférer l'espérance religieuse à l'espérance sociale), ne peuvent que contribuer à grossir les rangs des islamistes. Nous refusons de leur laisser le combat pour l'égalité, les libertés et la laïcité. Les signataires de ce cri demandent donc à chaque formation qui postule aux prochains suffrages de s'engager clairement à combattre sans concession à la fois l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme.

 

Pour signer la pétition


Initiateurs : Caroline Fourest (essayiste et rédactrice en chef de la revue ProChoix), Corinne Lepage (ancienne ministre et présidente de Cap 21), et Pierre Cassen (Les Amis de Respublica)

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