Culture et mémoire républicaine

 

Recherche

A propos du site

12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 23:06

380216969Nous ne souhaitons pas revenir, dans cet article, sur les différentes rumeurs de collusion qui bruissent sur Internet. Nous ne nous intéressons en aucun point aux convictions du ministre de l’intérieur (nous avons d’ailleurs tendance à estimer que sa seule religion est le sarkozysme).

La question légitime, et politique, que nous voulons poser vise la représentation que le ministre de l’intérieur (et des cultes) se fait des religions, des sectes et des « mouvements spirituels » (comme il dit) et notamment de la scientologie.

1. Un arrière plan général de mépris de la laïcité

Nicolas Sarkozy a, à plusieurs reprises, montré sa légèreté sur la question essentielle de la laïcité.

Cela a commencé avec son énorme investissement personnel pour intégrer dans le Conseil français du culte musulman (CFCM) la frange radicale, intégriste et financée par les pays du Golfe qu’est l’UOIF. « Cet accord marque le triomphe des Frères musulmans de l’UOIF qui ont reçu les félicitations de Nicolas Sarkozy », déclarait Abderrahmane Dahmane, président de la coordination des musulmans de France, défenseur d’un Islam modéré, ex colistier de Philippe Séguin. Sarkozy « donne les clés de l’Islam français à des fondamentalistes », ajoutait-il (Le Parisien, 12 février 2003).

Cela a continué en novembre 2003, sur France 2, lorsque le ministre de l’intérieur annonça sa décision de nommer un « préfet musulman », comme si la religion de Monsieur Aïssa Amouche pouvait le rendre digne d’être nommé au grade de préfet de la République. Dans son livre témoignage sur les religions, Sarkozy dévoile le fond de sa pensée : « On ne peut pas éduquer les jeunes en s’appuyant exclusivement sur des valeurs temporelles, matérielles, voire même républicaines [...]. La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain. [...] La morale républicaine ne peut répondre à toutes les questions ni satisfaire toutes les aspirations. » (Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance, 2004). Plus grave, le dernier chapitre du livre marque une réelle complaisance envers les mouvements sectaires, invitant même à la reconnaissance des « nouveaux mouvements spirituels ». Tous les spécialistes de la scientologie bondirent en reconnaissant cette expression, fer de lance du lobbying scientologue dans les pays anglo-saxons…

2. Des entorses régulières à la laïcité

Persuadé que la religion est l’un des ciments du lien social, relativement indifférent à l’idéal laïc, proche en ceci de ses modèles néoconservateurs américains, Nicolas Sarkozy va naturellement parfois franchir la ligne jaune. C’est ainsi que, lorsqu’il installe, en 2006, la commission Machelon, chargée de lui remettre un rapport sur le financement des lieux de culte par les communes, ce n’est pas un détail, tous les membres de cette commission sont religieux ou engagés dans une Eglise. Pas de militant laïc, pas d’athée revendiqué… Résultat ? A la surprise générale, la commission Machelon remet en septembre 2006 un rapport favorable à ce financement.

3. Une faiblesse coupable envers la secte appelée « Eglise de scientologie »

Dans le cas précis de la scientologie, la faiblesse vire à la complaisance. Chacun se souvient de ce 30 août 2004, au cours duquel Nicolas Sarkozy recevait en grandes pompes, au sein même du Ministère de l’Economie et des Finances, l’acteur Tom Cruise, grand prosélyte de l’Eglise de scientologie. La presse française, et de nombreuses associations de lutte contre les sectes, s’en était émues, mais avaient finalement considéré que le ministre avait agi ainsi pour bénéficier de l’image internationale de la star d’Hollywood.

Problème, un an plus tard, de retour à Paris, le célèbre prosélyte reconnaîtra avoir parlé avec le Ministre de cette secte : « Nous avons parlé de tout, de scientologie, de cinéma, de vie familiale » (Conférence de presse de Tom Cruise à Paris, 17 juin 2005)

Dérapage du bouffeur de vedettes ? Pas si sûr. En 2002, Arnaud Palisson, en charge des sectes aux RG, publie sa thèse d’Etat à la Sorbonne et obtient la plus haute mention et les félicitations du jury malgré la saisine du Tribunal administratif par l’Eglise de scientologie. Favre, l’éditeur universitaire suisse le contacte et décide de publier cette thèse… et de la diffuser en ligne sur Internet. A partir de ce moment (Nicolas Sarkozy est ministre de l’intérieur), les pressions hiérarchiques sur M. Palisson commencent, et ce dernier est finalement « déchargé » du dossier des sectes, et remplacé par un inspecteur ne connaissant rien à la scientologie…

A la même époque, sous les gouvernements Raffarin / Sarkozy, la mission gouvernementale qui s’occupe des sectes,  la Mils, Mission interministérielle de lutte contre les sectes, créée par Alain Vivien devient la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Petit détail hautement signifiant : alors que les RG faisaient partie de la Mils... les voilà tout bonnement écartés de la Miviludes… (Charlie Hebdo, 18 novembre 2003)

4. des méthodes de combat politique qui rappellent quelque chose

Alors, faiblesse des convictions laïques, spiritualisme généreux, un peu trop tolérant pour certaines dérives sectaires ? Goût immodéré pour l’ordre, y compris, comme ses collègues républicains, lorsque cet ordre est maintenu par les Religieux, y compris barbu ?

Malheureusement, il y a un peu plus dans cette affaire. Une compréhension mutuelle, une sorte de connivence.

Sur la méthode, par exemple. L’une des méthodes tristement célèbres de la scientologie est le Mooding, technique de harcèlement concerté qui finit par faire craquer l’adversaire… Un Mooding qui a souvent été porté devant la justice, qui est bien connu des spécialistes de la lutte antisectes, et qui n’est pas sans rappeler quelque chose que nous avons connu en janvier dernier, au début de la campagne présidentielle.


Betapolitique.fr

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans République & Laïcité
commenter cet article
10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 00:01

20041015Par Gilbert Legay



La loi de 1905 qui, en France institue la séparation des Églises et de l'État, résistera-t-elle aux jurisprudences des cours de justice instituées par les traités ?

Nous sommes à deux mois de l’élection présidentielle, et les candidats qui se succèdent sur nos écrans s’affirment, presque tous, partisans sincères de la laïcité. Seule l’idée d’un toilettage vient troubler périodiquement cette belle unanimité. Mais il n’est pas certain que nous parlions tous de la même chose, et que progressivement, on ne tente pas de nous persuader que la laïcité se résume à la liberté de conscience de l’article 1 de la loi de 1905, oubliant en chemin que l’article 2 de cette même loi institue la séparation des Églises et de l’État. Or ceux qui confondent liberté de conscience et liberté de religions écartant de leur réflexion les athées et les agnostiques.

La confusion subsiste d’ailleurs, depuis que certaines voix autorisées ont affirmé que l’Europe était laïque par prétérition, c’est à dire laïque sans le savoir, mais que cette même laïcité ne pouvait être acceptée parmi les valeurs communes de l’Europe!

Cette confusion persuada nombre de fervents partisans de la laïcité, de voter oui le 29 mai 2005, croyant de bonne foi que la loi de 1905 serait préservée, en particulier par l’article I-5 du projet de traité constitutionnel européen, qui stipulait, sous le titre Relations entre l’Union et les États membres :

L’Union respecte l’égalité des États membres devant la Constitution ainsi que leur identité nationale, inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, …

Cet article confirme en théorie que nul ne peut contester que la France est une République « indivisible, laïque, démocratique et sociale », qui assure l’égalité devant la loi de « tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », avec un régime parlementaire bicaméraliste, soumis à la démocratie représentative, etc. Mais cela ne concerne pas le corpus des lois, lesquelles peuvent être modifiées au gré des circonstances. Rien ne s’oppose par exemple à ce que la loi de 1905 soit un jour « toilettée » par un vote des députés. Cette éventualité est d’autant plus difficile à exclure que l’article 6 du traité stipule :

La Constitution et le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celles-ci, priment le droit des États membres.

Dans un tel contexte, la laïcité est potentiellement menacée à la fois par des forces intérieures, à gauche comme à droite, et par la pression des instances européennes qui chercheront à nous faire entrer dans la « normalité ». Car cette normalité est affirmée dans le projet de traité constitutionnelle européen par l’article 52/3 (maintien d’un dialogue transparent et régulier avec les Églises) et l’article 70 (droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion). Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

L’article 5 du traité n’est donc qu’un miroir aux alouettes destiné à rassurer temporairement les électeurs. Si une majorité en France dénonçait l’article 2 de la loi de 1905, elle le ferait avec d’autant plus d’aisance qu’elle ne ferait que se ranger dans la règle commune européenne, affirmée dans les articles 52 et 70 précités. Et nous entendrions alors le discours habituel avec appel à la nécessaire solidarité (uniformité ?) européenne.

La chose serait d’autant plus aisée que la jurisprudence des tribunaux européens pousse aussi dans ce sens. Rappelons qu’il faut distinguer deux cours de justice.

- La Cour européenne des droits de l’homme ( CEDH) siégeant à Strasbourg applique la Convention signée le 4 novembre 1950 à Rome.

- La Cour de justice de l’Union européenne siégeant à Luxembourg, créée en 1957, est appelé à appliquer la les traités de l'Union européenne.

Concernant la liberté de conscience et la pratique religieuse, les deux Cours font référence au même texte, l’alinéa 1 de l’article 70 du Traité est identique à l’article 9 de la Convention.

En août 1994, l’Autriche conteste la projection d’une œuvre jugée blasphématoire, Le concile d’amour ; la CEDH lui donne raison en arguant que dans de nombreux pays européens, la pénalisation du blasphème existe toujours et qu’il n’est donc pas possible de dégager une conception uniforme dans ce domaine. Bien que très critiqué, cet arrêt fait maintenant jurisprudence et a notamment été repris en 2005, condamnant un éditeur turc pour publication du roman  Les phrases interdites au prétexte de blasphème concernant l’Islam.

Mais surtout, cet arrêt se réfère implicitement aux pratiques les plus répandues dans les États de l’Union. La laïcité française risque, par de telles méthodes, d’apparaître bien affaiblie !

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans République & Laïcité
commenter cet article