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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 01:46
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Par Georges Sarre, ancien ministre, adjoint au maire de Paris (MRC), chargé de la sécurité et de la prévention.


Dans la République, l’identité nationale se confond avec la citoyenneté, impliquant l’exercice en commun de la souveraineté. Si celle-ci est ignorée, livrée à quelque instance supranationale, si donc la nationalité est déconnectée de la citoyenneté, il ne reste plus que l’ethnicité. Voilà pourquoi le débat sur l’identité nationale, proposé par le président de la République, piège tous ceux qui acceptent le traité de Lisbonne, et par-là même atteint son objectif premier, son objectif politicien. Mais voilà aussi pourquoi ce débat peut se retourner contre son initiateur, si les républicains sont suffisamment forts pour y faire entendre la conception française de la nation, pour isoler les quelques tenants de la conception allemande, qui se situent à l’extrême-droite de l’éventail politique.

Une trop grande partie de la gauche est paralysée de peur devant le mot « nation », oubliant qu’il est à la racine même d’« internationalisme ». Et l’internationalisme, loin d’être la négation des nations, est la coopération entre les nations, mais entre des nations souveraines, des nations dans lesquelles les peuples s’expriment librement. Cette gauche craintive croit pouvoir dissoudre les nations dans des ensembles plus ou moins artificiels, dans lesquels les peuples sont sommés de voter conformément aux exigences de couches dirigeantes cooptées. Si un peuple n’obtempère pas, il est condamné soit à revoter jusqu’au moment où il se conforme, comme en Irlande, quitte à lui faire quelques concessions formelles, soit il est contourné, comme en France. Ainsi, la volonté du peuple français exprimée le 29 mai 2005 a été bafouée par le congrès le 4 février 2008.

À partir du moment où la France n’est plus l’expression d’une volonté politique souveraine, à partir du moment où l’objet même de l’espace public devient flou, les Français, quelles que soient leurs origines culturelles et géographiques, ne trouvent plus dans la citoyenneté le support à leur intégration dans la collectivité nationale. Pour légitimement se donner une identité qui dépasse leur propre personne, ils sont contraints de puiser dans leur sphère privée, faisant appel à la religion, à l’origine ethnique ou à tout autre critère qui, en France appartient au particulier de chacun. Alors, les nouveaux Français, et les anciens, ne voient plus que les différences, souvent les plus superficielles, qui les séparent entre eux. Il ne leur reste plus que le repli communautariste. Pour les Français immigrés ou de parents immigrés, ce communautarisme permet de combiner leurs liens avec leurs « compatriotes de là-bas » et un étroit localisme limité au lieu d’habitation.

Si la souveraineté inclut la coopération sous forme intergouvernementale, elle exclut la démarche européenne dite communautaire. Dans la République, pour qu’une décision s’impose au peuple français, il faut que les instances qu’il a démocratiquement désignées à cet effet aient dûment et librement approuvé ladite décision. Une directive européenne devrait pouvoir être amendée par le parlement français. Les décisions des cours de justice supranationales devraient être indicatives, et non impératives.

Mais il ne suffirait pas que les citoyens aient enfin retrouvé leur capacité à agir sans contrainte extérieure dans l’espace public. Il faut encore qu’ils soient fiers de leur citoyenneté, qu’ils soient fiers de la nation à laquelle ils appartiennent, non pas au détriment des autres, mais en connaissant l’histoire dont ils sont les héritiers. La fierté républicaine ne repose pas sur le sang, sinon sur le sang versé pour la liberté. La fierté républicaine repose surtout sur la culture dont les citoyens doivent être les promoteurs et les défenseurs. Cette culture dont tout citoyen français est l’héritier simplement parce que juridiquement il est citoyen français. Or, précisément, en ce moment même, le gouvernement porte un nouveau coup à l’enseignement de l’histoire, la discipline qui permet de comprendre que l’identité nationale, en France, ne repose pas sur la génétique, mais sur le politique. Pour appréhender le débat public, sinon y participer, un citoyen doit au moins se percevoir dans une continuité temporelle, qui lui permet d’envoyer son arbre généalogique dans sa sphère privée.

Il faut donc ouvrir les portes de ce débat sur l’identité nationale, ne pas les laisser coincées dans l’opération électoraliste où voudrait les confiner le président de la République, ne pas laisser la patrie, notre bien commun le plus précieux, dans des marécages peu ragoutants. Au contraire, la question nationale doit prendre toute son ampleur pour interroger et modifier la politique française dans son ensemble, pour la remettre à l’endroit, pour maintenir l’intime fusion entre identité nationale et identité républicaine. Alors, seront traitées dans un même mouvement la question nationale et la question sociale, parce que le problème des quartiers dits sensibles est à la fois celui du chômage et celui de la culture. Et la France ne retrouvera le chemin de l’emploi que par une politique volontariste de réindustrialisation, politique qui demande que les nouvelles productions, quelles qu’elles soient, soient protégées, au moins dans un premier temps. Le grand emprunt n’a de sens que s’il sert à investir dans des industries permettant d’assurer l’avenir et de rééquilibrer la balance commerciale.

Mais, alors, il faut remettre en cause les dogmes libre-échangistes du FMI, de l’OMC et de l’Union Européenne. Mais, alors, il faut que le peuple français retrouve sa pleine souveraineté. Ainsi donc, ce débat sur l’identité nationale est soit une politicaillerie qui confine à la canaillerie, soit à l’inverse, si les Républicains s’en emparent, le prélude à une véritable modernisation de la France.

Le Monde
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 22:22

Nous pénétrons aujourd'hui en pleine "modernité socialo-carpentrasienne". L'adjointe du maire Francis Adolphe, Mme Laurence BOSSERAI, Adjointe déléguée à l'enseignement et à la petite enfance exerçant la profession de professeur agrégée (!) a décidé de dénommer la crèche Emile Zola pour cause de "misérabilisme lié à l'auteur qui démoraliserait les enfants" (!) et de renommer cette crèche "berlingot".

L’adjointe à la petite enfance explique , sans rire « c’est une question de perception mais Zola évoquait le déterminisme social ».

Ce fait participe pleinement du débat sur l'identité de la France.

Un petit rappel:

Émile Zola naît Italien à Paris de Francesco Zola et d’Émilie Aubert. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, meurt en 1847 après avoir été responsable de la construction du canal Zola à Aix-en-Provence, lieu pas très éloigné de Carpentras.
Dès sa  jeunesse, Émile Zola accumule les lectures  et considère  l'écriture comme sa véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades.
Adulte, c'est au travers de ses interventions dans la presse politique que l'engagement de Zola est le plus marquant.  Zola entre au nouvel hebdomadaire républicain La Tribune, où il pratique ses talents de polémiste par l'écriture de fines satires anti-impériales (Napoléon III règne depuis 1852).
Courageux, Zola s'attaque avec dureté aux ténors de l'Assemblée. Il vilipende une Chambre peureuse, réactionnaire, « admirablement manipulée par Thiers» (le fusilleur de la commune). Il tombe deux fois sous le coup de la loi, et est mis en état d'arrestation en mars 1871.
Il défend aussi activement les communards graciés par la loi d'amnistie, en évoquant les parias de la Révolution de 1848 dans Le Ventre de Paris et en soutenant notamment Jules Vallès afin qu'il puisse publier ses propres textes. Ce seront les derniers articles politiques de Zola, puisqu'il a entrepris le cycle des Rougon-Macquart qui va l'occuper pendant vingt-deux années.
Le romancier intervient dans l'affaire Dreyfus à la fin de l'année 1897. Les campagnes de haine antisémite incitent Émile Zola à s'engager en faveur des juifs. Son premier article est publié dès le lendemain dans Le Figaro. Il est suivi de Le Syndicat le 1er décembre et de Procès-verbal le 5 décembre. Il le conclut par la phrase prophétique, restée célèbre : « La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera ». Le véritable traître en lieu et place d'Alfred Dreyfus, le commandant Esterhazy, est dénoncé puis jugé par un Conseil de guerre à Paris le 10 janvier 1898. Il est acquitté le lendemain. Après la condamnation d'un innocent, c'est l'acquittement du coupable, ce qui amène Zola à la réaction.
Émile Zola avait préparé depuis plusieurs semaines un résumé de l’affaire Dreyfus. Le Figaro ayant refusé ses derniers articles afin de conserver son lectorat le plus conservateur, l’écrivain se tourne vers L’Aurore. Il termine la rédaction de l’article dans les quarante-huit heures suivant le verdict. Initialement nommé « Lettre à M. Félix Faure, Président de la République », Ernest Vaughan (le directeur de L'Aurore) et Clemenceau lui trouvent un autre titre, plus ramassé et percutant : « J'Accuse...! »  Cet article est la première synthèse de l’affaire Dreyfus, que le public découvre enfin dans sa globalité. Le retentissement de l’article est considérable en France comme dans le monde.  La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, en assignant Émile Zola pour diffamation.

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Et voici qu'une adjointe PS par ailleurs enseignante (professeure agrégée; diantre!) trouve une identité culturelle dans...  le berlingot. La France depuis la Révolution française repose sur le socle de sa construction politique sur laquelle l'auteur de Germinal à sa part de construction, identitaire comme de nombreux métèques (dont l'auteur de ces lignes).

Peut-être sera-t-il loisible à Mme BOSSERAI lors de congés mérités et payés par les conquêtes ouvrières dont elle doit par ailleurs se réclamer lors des coktails branchés, de lire la geste des Rougon-Macquart. Occasionnellement et sans misérabilisme, pourra-t-elle également se pencher sur le misérabilisme hugolien, accessoirement celui de Voltaire et bien entendu sur le programme du Conseil national de la résistance.

Si Zola évoque le déterminisme social, comme l'évoque la lignée des Lumières, le crétinisme déterminant se rapporte à ceux qui, année après année s'éloignent de la République au profit du... berlingot.

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